Quand la culture s'empare de la science

Dans son livre Si la science m'était conté,... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Dans son livre Si la science m'était conté, Jean-François Chassay, professeur de littérature à l'UQAM, «s'intéresse aux malentendues culturels issus de la science».

Photo: André Pichette, La Presse

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Depuis quelques décennies, la science est sortie des laboratoires pour envahir la culture et la littérature. Jean-François Chassay est fasciné par l'interaction entre ces deux mondes en apparence incompatibles. Le professeur de littérature de l'UQAM vient de publier, au Seuil, sept portraits de grands scientifiques, de Galilée à Einstein, pour illustrer comment la culture s'approprie et transforme leurs travaux.

La maîtrise en littérature de Jean-François Chassay portait sur le roman montréalais des années 70. Les descriptions des différents quartiers lui donnaient une impression d'ordre dans le désordre. Ce concept l'a mené à s'intéresser à la cybernétique, à la représentation de la complexité du monde par des successions de chiffres. Depuis, il nourrit une passion pour la science qui ne l'a jamais quitté.

 

Le dernier livre de M. Chassay, Si la science m'était contée, raconte comment la culture, et plus particulièrement la littérature, s'est emparée de sept scientifiques, Giordano Bruno, Galilée, Newton, Darwin, Marie Curie, Einstein et Robert Oppenheimer (le père de la bombe atomique).

«La science est au coeur de la culture», estime M. Chassay, qui enseigne à l'Université du Québec à Montréal, et a publié des romans à forte teneur scientifique. «On a l'idée des scientifiques froids, qui ne s'engueulent jamais. Mais la science n'est pas toujours objective, elle suscite des débats parmi les chercheurs. Les découvertes débordent du labo et mènent à des questions éthiques, culturelles, religieuses.»

L'auteur dans la quarantaine déboulonne certains «mythes». Par exemple, la pomme qui serait tombée sur la tête de Newton serait une invention - M. Chassay a d'ailleurs tenté sans succès d'obtenir les droits de cette scène telle qu'imaginée par le bédéiste Gotlib. Galilée n'a quant à lui probablement jamais prononcé son célèbre «et pourtant elle tourne».

«Je m'intéresse aux malentendus culturels issus de la science. Prenez le big bang. L'expression a été inventée par un physicien qui s'opposait à ce concept, et qui voulait le ridiculiser en faisant référence à un bruit qu'on n'entendrait évidemment pas dans l'espace.»

Parfois, la littérature influence même la science. «En 1933 à Londres, Leo Szilard a eu la vision de la bombe atomique. Or, en 1914, H. G. Wells avait justement publié à Londres un roman où il donnait une description assez précise de ce que pourrait être la bombe A.»

Le professeur de littérature a tout d'abord tenté de faire un amalgame avec Galilée et Giordano Bruno, qui ont vécu tous les deux à la fin du XVIe siècle et auraient pu se rencontrer. Mais finalement, il a trouvé sa plume avec Oppenheimer. «J'ai toujours été intéressé par la Deuxième Guerre mondiale, explique M. Chassay. J'étais fasciné par l'opposition d'Oppenheimer à la bombe H après la guerre, par le fait qu'il était tellement connu à l'époque que simplement montrer son chapeau caractéristique signifiait qu'on faisait référence à lui.»

Au passage, il évoque un débat relancé ces dernières années par le 60e anniversaire de la fin de la guerre, et par une évolution dans la réflexion allemande sur la guerre qui a permis d'évoquer les souffrances des civils. «Quand Vonnegut est sorti de sa prison souterraine à Dresde, après le bombardement qui a fait plus de 100 000 morts, il n'a pas compris pourquoi ses gardes allemands ne le tuaient pas par vengeance après ce que les bombardiers alliés avaient fait. Et Hiroshima n'avait pas à être bombardée. Les Japonais étaient prêts à capituler. Les Américains voulaient simplement impressionner les Russes pour limiter leur progression en Asie.»

Jean-François Chassay, dont les prochains essais et romans porteront aussi sur la science et la culture, a beau évoquer les débats scientifiques, il estime que la science a tout de même des réponses à apporter à de nombreuses questions. Il estime par exemple qu'on tire les mauvaises leçons de l'affaire Sokal - en 1997, un physicien français a envoyé à une revue américaine de sociologie un texte bourré d'erreurs de physique, qui a tout de même été publié. À la base, c'est un problème de comité de lecture, qui n'a pas fait son travail, selon lui.

«La science permet d'avoir un certain sens critique, d'avoir des instruments pour discuter, pour ne pas se faire avoir par les astrologues, par les créationnistes. Ceux qui clament que leurs théories ne sont pas acceptées par le milieu scientifique parce qu'elles sont incomprises, en se posant comme des martyrs tel Galilée, ont généralement tort. Des cas comme ça, on en trouve un par siècle, au mieux.»

Si la science m'était contée

Jean-François Chassay

Seuil, 304 pages, 34,95$

 




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