Run The Jewels: classique, critique, volcanique

El-P et Killer Mike, de Run The Jewels.... (PHOTO FOURNIE PAR SONY MUSIC)

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El-P et Killer Mike, de Run The Jewels.

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Pour les amateurs purs et durs de hip-hop exprimé dans sa forme originelle, les MC Michael Render - alias Killer Mike - et Jaime Meline - alias El-P - forment le tandem le plus explosif, propulsé sur scène par Trackstar the DJ. Après une annulation de dernière minute en novembre dernier, Run The Jewels donnera deux spectacles consécutifs à Montréal: celui de jeudi au Club Soda sera destiné aux fans de la première ligne, celui de vendredi à Osheaga s'adressera à un public plus vaste. Entrevue.

À l'heure des rappeurs avec groupe et des grandes orchestrations, vous mettez de l'avant le rap dans sa forme originelle. Pourquoi?

Killer Mike: Nous voulons reprendre cette pratique des groupes classiques du hip-hop. C'est le style Run DMC, soit deux MC devant et un DJ derrière. Dans ce contexte, nous donnons tout ce que nous avons dans le ventre. Nous constatons que notre public s'en trouve rempli d'énergie, et nous en sommes très heureux.

El-P: Run the Jewels est un hommage aux grands groupes de rap. Nous avons grandi à l'époque des Run DMC, EPMD, LL Cool J, Public Enemy, Slick Rick, UGK et tant d'autres. Beaucoup ont oublié la puissance de tels spectacles de rap classique.

Avez-vous la nostalgie de cette époque?

El-P: Pas du tout! Nous avons ces influences, mais nous ne tentons pas d'en ramener quoi que ce soit. Nous essayons de faire du neuf. Nous ne sommes plus des enfants, nous avons tous deux 40 ans et n'avons jamais arrêté de chercher à innover. Nous voulons encore créer ce hip-hop que vous n'avez jamais entendu et qui vous rendra dingues!

Killer Mike: El-P et moi-même avons grandi à une époque plus classique du hip-hop, soit les années 80 et 90. Dès le début, les pionniers nous ont incités à développer un style personnel. Encore aujourd'hui, good enough isn't good enough. Il nous faut sans cesse repousser nos limites: phrasé, écriture, musique, gestuelle.

La qualité de votre amitié y est certainement pour quelque chose dans votre succès artistique, n'est-ce pas?

Killer Mike: Je m'estime très chanceux de travailler avec El-P. Excellent réalisateur, il nous procure les meilleurs sons imaginables pour le type de hip-hop que nous préconisons. J'ai l'impression de rapper sur des sons avec lesquels je suis à l'aise depuis toujours. Il y a un vrai mariage artistique entre El-P et moi; notre groupe transcende ce que nous avons accompli individuellement.

El-P: Mike, Trackstar et moi avons une super vibration ensemble. En tant que réalisateur, j'essaie de fusionner tous les sons qui nous plaisent et qui nous distinguent. Ainsi, il y a plusieurs points d'intersection, et c'est pourquoi le public embarque. Notre groupe, en fait, est beaucoup plus qu'un lien d'affaires: nous grandissons ensemble en tant que créateurs et en tant qu'êtres humains.

Vos origines raciales sont différentes, vous ne provenez pas des mêmes régions (Atlanta et New York) et vous formez une équipe du tonnerre. N'êtes-vous pas un exemple d'ouverture pour le hip-hop?

El-P: Lorsque nous nous produisons devant nos amis de New York ou devant ceux d'Atlanta, tout le monde ressent la même chose. Ça fonctionne rondement, car on ne peut aller contre une amitié vraie. Nous sommes des personnes authentiques qui ont grandi dans des contextes différents et qui sont devenus amis. Notre relation est fondée sur le respect de nos différences.

Sur le contenu, on peut vous qualifier de rappeurs progressistes. Killer Mike est réputé pour son engagement contre le racisme et la brutalité policière et pour l'équité sociale. De manière générale, quelle est votre quête en tant que paroliers?

Killer Mike: Je souhaite évoquer de la façon la plus élégante possible l'existence difficile des travailleurs, des cols bleus, de ces gens modestes qui se battent au quotidien. C'est ma plus grande inspiration. Dans la chanson Early, par exemple, je raconte cette histoire d'un jeune père qui trime dur pour faire vivre sa famille. Or, pour un sac d'herbe de 10$, il a une altercation avec la police au terme de laquelle sa femme se fait descendre. Tout le monde peut comprendre cet abus du pouvoir policier, quelle que soit son origine raciale. Tout le monde peut comprendre la tragédie de la mort d'une mère. C'est, je crois, le rôle que la poésie doit jouer.

El-P: Mike et moi sommes d'accord sur les enjeux. Nous avons cette même ferveur de dépeindre la réalité et de signifier notre désaccord avec une foule de choses que subissent les gens ordinaires.

Votre pensée critique s'exerce-t-elle aussi à l'endroit de votre propre communauté?

Killer Mike: Depuis les années 80, le rap a évolué avec la guerre de la drogue. La drogue en a toujours été un thème important. Certains MC s'opposent à la consommation, d'autres se pètent les bretelles avec leur fortune amassée en tant que dealers. C'est aussi l'occasion de se débarrasser de leurs démons, et d'exprimer des sentiments partagés sur leur passé et leur présent. Cela peut-être même thérapeutique...

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Au Club Soda, le 30 juillet, 20h, précédé de Bliss N Esso et The Narcicyst; à Osheaga, sur la scène Verte, le 31 juillet, 15h25.

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