Danny Brown: commissaire d'oeuvres

Avant de se faire connaître dans le milieu... (Photo Chad Batka, archives The New York Times)

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Avant de se faire connaître dans le milieu du rap sous le pseudonyme Danny Brown, Daniel Dewan Sewell a eu de nombreux démêlés avec la justice.

Photo Chad Batka, archives The New York Times

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Daniel Dewan Sewell, qui se produira le 2 août au festival Osheaga, a construit le rappeur Danny Brown au terme d'un parcours difficile. Voilà une autre série de victoires contre l'adversité, ce carburant qui fait marcher l'Amérique depuis des lustres.

Le père de Daniel Dewan Sewell, alias Danny Brown, était aussi DJ house, ce qui n'a certes pas nui à l'apprentissage musical de fiston. La désintégration de la cellule familiale n'a pas nui non plus à sa carrière... de revendeur d'herbes folles, spécialité familiale qui lui valut de nombreux démêlés avec la justice.

En 2007, il a abandonné définitivement le commerce illicite et s'est mis au rap qu'il pratiquait en dilettante depuis l'adolescence. Au début de la vingtaine, il avait travaillé au sein du groupe Rese'vor Dogs, pour ensuite s'égarer dans un épais brouillard de fumées vertes.

Résolu à risquer le tout pour le tout, il a pris l'autocar pour New York, y a enregistré le mixtape Hawaiian Snow aux Fire&Ice Studios dans le quartier Queens, pour ensuite décider d'enregistrer dans sa ville natale.

Après la sortie des quatre chapitres de son mixtape intitulé Detroit State of Mind, sa notoriété acquise lui a permis d'enregistrer trois autres albums: The Hybrid en 2010, XXX en 2011 et l'excellent Old en 2013, avec entre autres réalisateurs A-Trak, le trio torontois BadBadNotGood et le réalisateur-DJ écossais Rustie.

Les fans de hip-hop savent que cet album figure parmi les meilleurs du genre de 2013. Et que la crédibilité de Danny Brown, MC ébouriffé à l'orifice bien en vue sur sa mâchoire supérieure, est actuellement à son plus haut niveau depuis ses débuts professionnels.

Encore associé au hip-hop alternatif, Danny Brown, 33 ans, est devenu une tête d'affiche. Qui plus est, il a la particularité de s'intéresser aux musiques électroniques.

«Puisque mon père rêvait de devenir DJ professionnel, car il était à Detroit lorsque la techno a été créée par Juan Atkins, Derrick May ou Kevin Saunderson, les musiques électroniques ont forcément fait partie de ma culture. Dans le sous-sol de notre maison, il y avait un équipement complet de DJ, mais mon père avait une famille à nourrir... Plus tard, je me suis intéressé au style ghettotech, prolongement de la techno originelle», explique le rappeur, joint à son domicile dans l'État du Michigan.

Voilà qui justifie clairement les affinités de Danny Brown avec des réalisateurs et DJ de différentes souches stylistiques.

«Pour l'album Old, j'étais en discussion avec l'Écossais Hudson Mohawke et ça n'a jamais fonctionné. J'ai dû me pencher sur un autre choix. Rustie, aussi de Glasgow, était le meilleur. Il m'a fait parvenir quatre beats, j'en ai utilisé trois. Mon ami A-Trak, qui m'a mis sous contrat, vient de Montréal.»

«Quant à BadBadNotGood, un autre groupe d'artistes canadiens, je l'ai connu par l'entremise du réalisateur Frank Dukes, avec qui j'ai travaillé sur mon album XXX. Durant cette même période, SKYWLKR est aussi devenu un de mes réalisateurs et mon DJ sur scène.»

Danny Brown se dit d'abord et avant tout MC. «Je ne touche pas aux machines, mais je sais qui peut les faire fonctionner.»

«Je suis un commissaire d'oeuvres, une sorte de directeur artistique qui réunit des mecs pour me créer et me fournir des sons. J'écoute beaucoup de musique, je sais qui choisir. Je traverse une période très Björk. J'aime beaucoup me retrouver en Angleterre car j'aime aussi le grime, qui n'est pas une imitation du hip-hop américain.»

Toujours résidant de sa ville natale, Danny Brown ne se sent aucunement redevable à sa scène musicale.

«On ne se rend pas au centre-ville de Detroit pour y signer un contrat de disques. J'ai dû me déplacer à l'extérieur pour que ma carrière démarre vraiment. Aujourd'hui, je ne représente pas plus Detroit que Jack White, qui en est aussi originaire. Mais... oui, je dirais que cette ville m'inspire.

«Cette ville est fucked up, mais les dures conditions vécues ici m'ont conduit à demeurer humble malgré le succès. Si j'y reste aujourd'hui, c'est aussi parce qu'on peut y acquérir des propriétés à des prix très bas. Et que plusieurs y ont le sentiment de repartir à zéro.»

Dans un avenir proche, Danny Brown parachèvera un album complet de son groupe Bruiser Brigade (un maxi a été lancé en 2012), pour ensuite se consacrer à l'écriture et à l'enregistrement de son prochain opus solo. En toute indépendance, insiste-t-il.

«J'ai observé que plusieurs artistes hip-hop avaient créé leur propre label, j'ai réalisé que je pouvais faire de même. Et c'est ce que je fais. J'aime la musique, j'aime mener mes affaires moi-même et j'aime aider mes amis à enregistrer. C'est pour moi un cheminement naturel que de fonder ma propre boîte.»

Conséquence normale de son opiniâtreté? On l'imagine hausser les épaules...

«Vous savez, je ne pense pas trop à ces choses-là. Idem pour l'orientation artistique de mes albums. Je fais ma musique avec mon coeur.»

Dans le cadre du festival Osheaga, Danny Brown se produit le samedi 2 août, de 20h05 à 21h05, sur la scène Verte.




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