MUTEK: une 18e édition truffée de belles découvertes

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Le 18e MUTEK s'est conclu dans la nuit d'hier. Voici quelques temps forts de ce festival montréalais toujours pertinent, toujours important, truffé de découvertes et d'expériences immersives. Pour celles et ceux n'ayant pas assisté à ces performances, voilà aussi l'occasion d'en faire partager parmi les plus concluantes.

Sculpture: Mercredi, Société des arts technologiques (SAT)

Le musicien britannique Dan Hayhurt et le cinéaste d'animation et artiste visuel néo-zélandais Reuben Sutherland forment le tandem audiovisuel Sculpture, invité à MUTEK pour la deuxième fois. L'angle d'attaque est incomparable: les procédés anciens de films d'animation côtoient les technologies les plus actuelles pour leur diffusion en direct. Idem pour les représentations visuelles; on se croirait parfois devant un très vieux dessin animé de Disney pour ensuite être téléporté dans l'avenir! Plus précisément, Reuben Sutherland fait tourner ses images sur une platine qu'une caméra filme en contre-plongée, ses images peuvent aussi être secouées sous la caméra. L'effet est tout simplement saisissant! Qui plus est, les collages et surimpressions sonores de Dan Hayhurt confèrent une dimension audiovisuelle parfaitement appropriée à ces projections kaléidoscopiques. Fragments de son et de rythmes, déferlante de référents qui percolent, frémissent, bouillonnent, et plus encore. La SAT étant tapissée d'écrans pour l'occasion, cette performance souscrivait parfaitement au qualificatif immersif. Très fort!

Lao, Lauro Robles de son vrai nom, est... (PHOTO FOURNIE PAR MUTEK) - image 2.0

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Lao, Lauro Robles de son vrai nom, est un des piliers du label mexicain NAAFI.

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Lao: Jeudi, Société des arts technologiques

Lao, Lauro Robles de son vrai nom, est un des piliers du label mexicain NAAFI. On l'avait souligné précédemment dans le contexte d'une interview, mais on l'a pleinement réalisé à l'écoute de son excellent set, jeudi soir. On a aussi pigé que les contraintes de la profession dans la mégapole mexicaine mènent ses artistes les plus aventureux à travailler sur tous les fronts, et c'est ce que Lao nous a éloquemment démontré. Ainsi, les imbrications de culture populaire mexicaine étaient subtiles, mais on ressentait clairement les origines géographiques de sa création en direct: explorations rythmiques des plus concluantes, imbrications de bass music, trap, drum'n'bass, dubstep, grime, bandes originales de série B, dub, techno, reggaeton, samba, baile funk... Et tout s'enfile sans qu'on ait l'impression d'un banal étalage de références.

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Le Norvégien Helge Sten, alias Deathprod

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Deathprod: Jeudi, Métropolis

Dire que le drone et le dark ambient ne s'adressent qu'aux masochistes est une erreur fondamentale. Ces fréquences apparemment linéaires portent en elles des facultés que n'ont pas les variantes du métal ou du hard rock. L'épaisseur et le relief des fréquences proposées laissent émerger une foule de microdétails pour qui accepte d'en faire l'expérience. Jeudi soir dernier, le Norvégien Helge Sten, alias Deathprod, nous a offert une version choc sur la scène du Métropolis, devant des nuitards recueillis (et peu nombreux) pour une plongée dans un océan de saturation. Le paradoxe de cette violence est qu'elle tient davantage de la méditation que du défoulement libérateur associé aux plus rudes propositions du rock. On prend néanmoins quelques épaisses vibrations dans le thorax, sans que ça fasse mal. Quant aux oreilles, les bouchons sont essentiels à une expérience hautement recommandable pour les plus aventureux.

Le duo Space Afrika... (PHOTO FOURNIE PAR MUTEK) - image 4.0

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Le duo Space Afrika

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Space Afrika: Vendredi, Espace Wilder

Qu'on cesse de qualifier d'afro-futuristes tous les projets électros des artistes d'origine africaine; Space Afrika est un bon exemple pour démanteler ce préjugé caucasien. La techno et la house n'ont-elles pas été inventées par des Noirs américains de Detroit et de Chicago? De Londres, d'autres Blacks ont mis au point un mélange exploratoire, extrêmement subtil, de techno, dub et ambient. Les cellules rythmiques y sont à la fois entraînantes et complexes, les enrobages harmoniques et texturaux témoignent d'une vraie recherche, signée Joshua Reid et Joshua Inyang. Ces derniers mixent ensemble devant public comme on a pu en apprécier le travail à MUTEK. Ils animent également une émission à la webradio anglaise NTS. Jusqu'à maintenant, on connaît du tandem l'album Above The Concrete/Below The Concrete (Where to Now?, 2015), les EP Annanan (LL.M, 2015) et Primrose Avenue (Where to Now?, 2015). Force est d'observer que le set de vendredi allait encore plus loin: c'est vous dire que Space Afrika est encore en pleine expansion créatrice.

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La Montréalaise Marie Davidson

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Marie Davidson: Samedi, Société des arts technologiques

La Montréalaise Marie Davidson a fait beaucoup de chemin depuis qu'on observe son travail, c'est-à-dire il y a quelques années. Le tandem Essaie Pas, dont elle est la cofondatrice, a généré un succès international, et sa carrière solo la mène désormais aux quatre coins de l'univers électro - notamment Berlin, où elle passe aussi beaucoup de temps. Inutile d'ajouter que son set de samedi était très attendu. On aurait aimé une sono lui permettant plus d'intelligibilité vocale (car elle chante et déclame), ce set n'en fut pas moins concluant. L'artiste a su créer un amalgame de genres musicaux et littéraires, fondu bellement enchaîné de techno, punk, dance-punk, krautrock, synthwave à la française, fragments poétiques exprimés en anglais comme en français. Elle nous balance tout ça et permet aussi quelques improvisations en temps réel, du haut de ses machines. Sans conteste, elle s'avère une nouvelle ambassadrice québécoise de la culture technoïde dont on apprécie les enregistrements de plus en plus maîtrisés - Adieux au Dancefloor (Cititrax, 2016), Un autre voyage (HoloDeck, 2015), Perte d'identité (Weyrd Son Records, 2014), Marie Davidson (HoloDeck, 2012).




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