Tyondai Braxton, les origines et le présent

«Normalement, explique Tyondai Braxton, nous nous produisons sur... (Photo Ports Bishop, fournie par Nonesuch)

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«Normalement, explique Tyondai Braxton, nous nous produisons sur cinq nacelles disposées dans une pièce où se trouve le public. À Montréal, cependant, les nacelles seront sur scène.»

Photo Ports Bishop, fournie par Nonesuch

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Tyondai Braxton est un compositeur américain dont le paternel est parmi les plus illustres jazzmen d'avant-garde. Saxophoniste, improvisateur, compositeur et leader d'ensemble, Anthony Braxton est en outre l'un des rares créateurs afro-américains de tradition jazzistique s'étant approchés de très près de la musique contemporaine occidentale. Le fiston, lui, a carrément choisi ce territoire d'expression.

Le trentenaire préconise des formes hybrides entre musiques instrumentales et électroacoustiques et vient nous en suggérer la plus récente illustration: Hive est une installation sonore et performance en temps réel pour trois percussionnistes et deux claviéristes. Présentée au musée Guggenheim de New York en 2013, l'oeuvre a investi le circuit international depuis lors. Au tour de MUTEK de l'accueillir à Montréal.

Joint à son domicile de Brooklyn, Tyondai Braxton est au bout du fil. Réglons d'abord le possible «problème» fils-père:

«Assurément, il exerce une grande influence sur mon entière existence, mais depuis l'enfance, il m'est apparu évident que je ressentais la musique différemment. Il me fallait donc en trouver le moi.»

Il a grandi en Californie et au Connecticut,  soit dans les États où enseignait le paternel - le Mills College d'Oakland et l'université Wesleyan au Connecticut. Il étudia la composition au Hartt School de l'université d'Hartford. Sa vie de musicien professionnel a d'abord été marquée par le rock; il fut notamment claviériste, guitariste et chanteur au sein du groupe indie Battles, avant de mener ses propres projets de composition et d'orchestration pour des ensembles de différentes tailles. Endossé par la prestigieuse étiquette Warp, son projet Central Market fut interprété par le London Sinfonietta et l'Orchestre philharmonique de Los Angeles, c'est dire.

Dans sa vie publique, donc, Tyondai Braxton ne fut ni jazz, ni R&B, ni hip hop. Il s'est avéré plutôt féru de rock, d'électroacoustique et de musique contemporaine écrite.

«Lorsque j'étais à l'école secondaire, raconte-t-il, je faisais partie de groupes rock, je jouais la musique qui me semblait celle de ma génération. Puis je me suis mis à chercher des manières de déconstruire le son, avant de m'intéresser aux musiques symphoniques, musiques de chambre, musiques de petits ensembles et aussi musiques électroacoustiques. Je me suis alors penché sur principes algorithmiques appliqués au monde des sons. Je suis toujours dans cet univers électronique, mon intérêt pour la musique orchestrale y rejaillit néanmoins.»

Dans le cadre de MUTEK, Tyondai Braxton présente à la fois une installation et une performance, si ce n'est que pour l'environnement esthétique dans lequel évoluent les interprètes.

«Normalement, explique le concepteur, nous nous produisons sur cinq nacelles disposées dans une pièce où se trouve le public. À Montréal, cependant, les nacelles seront sur scène. Entièrement écrite pour synthétiseurs modulaires et percussions, cette performance n'a rien à voir avec un set normal de musique électronique, bien que l'expérience soit dynamique.»

«Au départ, je me suis inspiré de la musique contemporaine pour percussion, je pense notamment à celles de Varèse ou de Xenakis. Ces musiques devaient ensuite être hybridées avec d'autres parties écrites pour les synthés. Or, il m'a été plutôt difficile d'arrimer le tout, à tel point que j'ai dû reconsidérer la composition des percussions, tant l'empreinte des synthétiseurs était considérable.»

Si l'exécution des pièces (qu'on peut entendre sur l'album Hive 1 sous étiquette Nonesuch) prévoit une certaine latitude chez les interprètes, l'improvisation n'y est pas envisagée. Pas plus que l'intégration de musiques associées à la culture afro-américaine.

«Bien sûr, cela fait partie de mon identité, mais je ne ressens pas la nécessité d'affirmer quoi que ce soit à ce titre. Je peux aussi improviser si je le désire, mais la musique que autour de laquelle je gravite actuellement est plus fixée, en ce sens que l'improvisation n'y joue pas un rôle crucial dans sa finalité. Ainsi, la maîtrise d'une forme musicale et la démarche pour y parvenir m'intéressent davantage qu'une exécution aléatoire.»

Choix personnel et légitime, en quelque sorte.

«À notre époque où cohabitent toutes les cultures, conclut Tyondai Braxton, j'estime qu'un artiste n'a plus l'obligation d'évoquer ses origines culturelles, nationales ou raciales, mais bien ce qui le fait sincèrement vibrer.»

Dans le cadre de MUTEK,  série A/VISIONS2, TYONDAI BRAXTON présente HIVE ce samedi, 19h30, au Théâtre Maisonneuve.

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