Stephan Eicher, en toute liberté à Montréal en lumière

Clin d'oeil au pays à l'honneur cette année... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Clin d'oeil au pays à l'honneur cette année (la Suisse), une tyrolienne permet de voir le site de Montréal en lumière du haut des airs.

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Festival Montréal en lumière

Consultez notre dossier complet sur le Festival Montréal en lumière 2011. »

Josée Lapointe

La Suisse étant le pays en vedette à Montréal en lumière cette année, il était normal que Stephan Eicher se trouve en haut de l'affiche. Coprésident d'honneur de l'événement, le plus connu des chanteurs helvètes y présentera, en clôture, un tout nouveau spectacle entouré d'automates, qui lui permet de sortir des sentiers battus de l'industrie musicale.

Stephan Eicher... (Photo: archives La Presse) - image 1.0

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Stephan Eicher

Photo: archives La Presse

«Il fait froid comment, chez vous? Est-ce que m'habiller en Suisse, ce sera assez?», nous demande d'abord Stephan Eicher avec son charmant accent suisse-allemand, s'inquiétant des rigueurs de notre hiver. L'interprète de Déjeuner en paix est manifestement loin de l'image ténébreuse qu'il projette: c'est un homme bavard, curieux et amusant qui peut discuter autant de l'élection du gouvernement d'extrême gauche en Grèce que d'art contemporain ou de la révolution industrielle.

L'artiste débarque à Montréal en prenant son rôle de coprésident d'honneur au sérieux. «C'est un honneur qu'on me fait, dit l'artiste de 54 ans, qui ne s'était pas produit ici depuis plus de cinq ans. Je vais essayer de voir le plus de spectacles possible pendant mon séjour.»

Mais ce qui compte le plus, c'est celui qu'il donnera le 28 février pour clôturer le festival. Un spectacle complètement libre, aucunement lié à la promotion d'un album - son plus récent, le très beau L'envolée, est sorti il y a plus de deux ans déjà.

«Vous connaissez L'envolée? Vous voyez la pochette avec le renard dans le petit bateau? À l'endos de la pochette, le bateau est vide, et ça montre ce que je pensais faire depuis longtemps. J'avais envie de briser cette dictature d'écrire des chansons, de les enregistrer, de faire la promo, d'aller en tournée, de tomber en dépression, de réécrire des chansons un peu chiantes parce que les chansons sur la dépression sont toujours chiantes, de faire la promo et la tournée, de retomber en dépression...»

Automates

Faire des spectacles «sans avoir rien à vendre», là était son objectif. Il en a donc créé un dans lequel il sera seul sur scène entouré... d'automates - en fait, des instruments acoustiques transformés et programmés qui s'animent autour de lui, «comme par magie».

Stephan Eicher a conçu ces instruments mécaniques adaptés à son univers dans une usine d'Anvers, avec des spécialistes qui rénovent, décapent et travaillent pour des «fous furieux» comme lui. Sur scène, il active cet «orchestrion» - terme utilisé pour décrire ce type d'ensemble qui date du XIXe siècle - à partir de sa guitare, de son clavier et de ses pieds. «J'ai l'air de danser, mais ce n'est pas ça! En fait, je dirige les automates...»

Mais comment fait-il pour rester concentré? «C'est l'aspect le plus difficile. J'ai consulté un magicien pour la mise en scène; on a imaginé ensemble comment je peux diriger cet orchestre de fantômes tout en restant relax et léger.» Cela explique le côté mystérieux et rétro de son habillage.

Après neuf mois de travail, la tournée vient tout juste de commencer. Huit spectacles ont déjà eu lieu en Europe, et le chanteur affirme y trouver beaucoup de plaisir... malgré les bogues qui peuvent survenir. «Ça plante de temps en temps, mais les spectateurs aiment ça. Moi, je trouve ça poétique, quelque chose qui ne marche pas!»

Lumière

Pour Stephan Eicher, cette «tournée avec des machines» est une manière de sortir carrément de l'industrie de la musique... pour mieux faire vivre la musique.

«J'entends les gens parler de chiffres, de la crise, mais la musique n'a rien à faire dans ça! La musique, c'est la lumière, le bonheur; mon coeur s'ouvre quand je l'entends. Alors que tout le monde autour est en train de se transformer en pierre», dit celui qui trouve encore un plaisir naïf à composer la musique, «à jouer une note, puis à en ajouter une deuxième», pour voir ce que ça donnera.

Son pote l'écrivain Philippe Djian, auteur de la majorité de ses chansons depuis 25 ans, lui a dit récemment: «On va pas arrêter d'écrire des chansons parce qu'il n'y a plus de marché!» Une phrase qui l'a libéré du diktat «un peu con» de la «pop song de trois minutes», affirme-t-il. Et qui lui permet de revenir sur scène pour deux heures «absolument futiles, deux heures qui n'ont pas de prix», façon de répondre à la dématérialisation de l'époque.

Il chante d'ailleurs de nouveaux textes de Djian dans ce nouveau spectacle, «de nouveaux petits cailloux» qui l'émerveillent et le surprennent toujours autant. Eicher a toujours su s'entourer d'auteurs solides (Martin Suter, Miossec) et ne voit pas pourquoi il écrirait ses propres textes.

A-t-il l'impression, avec les années, que l'auteur de 37,2 le matin est bien installé dans sa tête? «Non, c'est plus fascinant que ça. C'est comme si, ensemble, on créait une troisième personne, un frère qui serait un des personnages les plus importants de notre vie.»

Le chanteur puise dans tout son répertoire pour ce spectacle, «comme un musicien classique qui joue un récital», et chantera bien sûr les chansons qui l'ont fait connaître.

Véritable star du rock dans les années 90, pendant lesquelles il a fait le tour du monde plusieurs fois, il admet avoir vécu une histoire d'amour particulière avec le Québec. Comment l'explique-t-il?

«D'abord, les Québécois ont toujours été sensibles à la langue, parce que vous vivez sur une île et que vous respectez ça. Et aussi pour le côté rock de ma musique, parce que vous êtes nord-américains. On va essayer de continuer cette histoire, c'est gentil de me donner une chance... Bon, maintenant, je m'en vais me tricoter un pull!»

Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts le 28 février, 20h, dans le cadre de Montréal en lumière.

D'autres artistes suisses à Montréal en lumière

Anna Aaron

Le plus récent album de cette chanteuse et pianiste de 30 ans, Neuro, lancé l'hiver dernier, a récolté de très bonnes critiques. Née à Bâle mais ayant grandi en Angleterre et en Nouvelle-Zélande, cette artiste indie s'est beaucoup inspirée de PJ Harvey pour son premier disque solo, sorti en 2011. Anna Aaron est parfois comparée à Agnes Obel, parfois à Lykke Li, mais ce qui est certain, c'est que cette auteure-compositrice-interprète trimballe un univers planant et mystérieux. Les thèmes abordés dans Neuro sont d'ailleurs tirés du livre Neuromancien, de l'écrivain cyberpunk William Gibson. Une vraie belle découverte.

À L'Astral, le 27 février, 20 h ; au Théâtre Maisonneuve, en première partie de Stephan Eicher, le 28 février, 20 h.

Eliana Burki

Elle a 31 ans et joue du cor des Alpes depuis qu'elle est toute petite. La musicienne suisse allemande originaire de Soleure connaît un joli succès en dépoussiérant cet instrument traditionnel qui mesure 3,7 mètres et qui ressemble à un didgeridoo géant légèrement courbé au bout. Son premier disque, Heartbeat, sorti en 2007, portait d'ailleurs un sous-titre qui donnait le ton : Funky Swiss Alphorn. Le suivant, Travellin' Root, est dans les mêmes eaux, donnant au son très profond du cor des Alpes des teintes de jazz, blues, soul, rock et même de tango. Il faut l'entendre pour le croire.

Sur la scène RBC de la place des Festivals, le 22 février, 17 h. Gratuit.

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