La barbotte: raconter pour durer

Comme beaucoup d'artistes de cirque «vieillissants», Gonzalo Coloma, Andy... (Photo André Pichette, La Presse)

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Comme beaucoup d'artistes de cirque «vieillissants», Gonzalo Coloma, Andy Giroux et Philippe Dreyfuss ont opté pour un spectacle plus théâtral, où ils évoquent leurs souvenirs de tournées et leurs faits d'armes, tout en intégrant bien sûr des figures acrobatiques.

Photo André Pichette, La Presse

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Le monde des acrobates est petit. La barbotte réunit trois artistes de cirque qui ont fait le tour du monde avec le Cirque du Soleil, les 7 doigts de la main, Éloize ou encore la compagnie suédoise Cirkus Piloterna avant de revenir à leur point de départ : Montréal. Les trois jeunes trentenaires présentent la semaine prochaine leur premier spectacle sur le thème... du vieillissement.

Leurs chemins se croisent sans cesse depuis 10 ans. Le jongleur péruvien Gonzalo Coloma et l'acrobate suisse Philippe Dreyfuss, qui sont tous deux passés par l'École nationale de cirque de Montréal, se sont connus à Québec dans le spectacle ambulant Les chemins invisibles du Cirque du Soleil.

Ironiquement, le seul acrobate québécois de la bande, Andy Giroux, a plutôt été formé en Suède (!), multipliant les numéros d'équilibre et de roue Cyr dans les cirques européens. Il a fait la connaissance de Gonzalo grâce à un ami commun suédois. Ensemble, ils ont créé un spectacle de rue baptisé Les Lol Brothers.

«C'est un spectacle qu'on donne tous les étés depuis 2011 et qui a beaucoup de succès», nous dit Gonzalo Coloma de l'appartement montréalais où il vit avec sa femme et son nouveau-né. La pièce acrobatique a été jouée plus de 400 fois dans une quinzaine de pays. «Le Lol signifie Look Out Ladies», précise Gonzalo en riant.

L'idée de faire un spectacle à trois - en incluant Philippe Dreyfuss - est née du désir de témoigner de toutes ces années de tournées. Le nom de la compagnie - La barbotte (le poisson) - n'a aucun lien précis avec ce qu'ils font. «Je ne savais même pas ce que c'était qu'une barbotte, affirme le Péruvien. Les gars ont proposé ce nom, mais ça aurait pu être n'importe quoi...»

«Le titre du spectacle, Entre deux eaux, fait référence au fait que nous sommes pris dans des corps d'acrobates trentenaires, précise Gonzalo Coloma. Nous ne sommes pas vieux, mais nous avons l'âge où le corps ne peut plus suivre comme avant. Paradoxalement, le désir d'être sur scène est beaucoup plus fort.»

Le désir, mais aussi l'aisance, ajoute Gonzalo Coloma.

«Avec l'âge, on découvre la scène d'une tout autre façon. On a beaucoup d'expérience, on est vraiment à l'aise sur scène et on a un rapport différent avec le public. Comme on ne peut plus compter uniquement sur nos corps, il faut se réinventer», dit-il.

Comme beaucoup d'artistes de cirque «vieillissants», nos trois amis ont donc opté pour un spectacle plus théâtral, où ils évoquent leurs souvenirs de tournées et leurs faits d'armes, tout en intégrant bien sûr des figures acrobatiques. Le trio s'est même tourné vers la dramaturge de Québec Véronique Côté pour concevoir les numéros.

«D'habitude, les artistes de cirque savent ce qu'ils veulent faire comme numéro, indique Gonzalo Coloma. Ils n'ont qu'à trouver une musique et à le chorégraphier. Pour nous, ça a été le contraire. On a établi ce qu'on voulait dire, puis on s'est demandé ce qu'on pouvait faire pour le dire et avec quelles figures acrobatiques.»

Jongler, c'est mathématique

Et que veulent dire ces trois bêtes de cirque ? «On veut montrer aux gens ce qu'est la vie d'un artiste de cirque, répond Gonzalo Coloma. 

«On est trois chums, et on veut partager nos expériences de tournées, nos anecdotes de voyages, nos ambitions, nos angoisses, nos renoncements et notre évolution en tant qu'artistes.» - Gonzalo Coloma

Pour Gonzalo Coloma, le plus difficile a été de gagner sa vie comme artiste de cirque. «Je suis né au Pérou, j'ai commencé le cirque relativement tard dans ma vie [à 21 ans], après avoir étudié en génie. Ça ne m'a jamais dérangé de m'entraîner six heures par jour, c'est ce que je voulais faire, mais je me suis souvent demandé si j'y arriverais.»

Pourquoi avoir renoncé à une carrière d'ingénieur ? «Je me trouvais très jeune pour entrer sur le marché du travail, répond Gonzalo Coloma. Et puis je trouvais que le métier d'ingénieur était trop carré, trop mathématique, j'avais besoin de m'exprimer artistiquement, mais la seule chose que je savais faire, c'était jongler...»

L'artiste péruvien s'est rendu compte que de nombreux jongleurs avaient une formation d'ingénieur ou de mathématicien... «Il y a beaucoup de jongleurs amateurs qui se basent sur des séquences mathématiques pour jongler, constate-t-il. Finalement, c'est peut-être pour ça que j'ai eu autant de facilité à jongler !»

Sa recherche artistique l'a amené à faire un parallèle entre les quilles de jongleurs et les humains. «Au fil des ans, j'ai ajouté des éléments plus théâtraux en imaginant que toutes les sortes de quilles représentaient des êtres humains différents.» Entre deux eaux lui a permis de revenir sur ces projets personnels.

«Je jongle, bien sûr, mais on fait un peu de tout dans ce spectacle, indique Gonzalo Coloma : de la planche sautoir, de l'équilibre, de la roue Cyr. À 35 ans, on est encore capables de faire des acrobaties, dit-il fièrement, mais on est surtout capables de monter sur scène et de divertir un public.»

Au Quat'Sous du 7 au 10 juillet, dans le cadre de Montréal complètement cirque

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