Acrobates: la poésie des corps

Les acrobates Alexandre Fournier et Matias Pilet présentent... (Photo Érick Labbé, Le Soleil)

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Les acrobates Alexandre Fournier et Matias Pilet présentent un spectacle au carrefour du théâtre et du cirque.

Photo Érick Labbé, Le Soleil

Josée Lapointe

Le spectacle Acrobates, de la troupe française Le Monfort, arrive au Festival Montréal complètement cirque après un court passage à Québec... au Carrefour international de théâtre. Entre théâtre et cirque, le metteur en scène Stéphane Ricordel ne veut pas choisir.

«Il est vrai que ce spectacle est proche d'une dramaturgie théâtrale et de la danse, mais je défendrai toujours le mot cirque, dit Stéphane Ricordel. C'est notre origine, les deux interprètes sont des circassiens, c'est ce que les spectateurs voient.»

Acrobates est d'abord un hommage à un ami disparu, le trapéziste Fabrice Champion, devenu tétraplégique en 2004 après un accident survenu pendant un numéro. Il est mort en décembre 2011, lors d'un voyage chamanique au Pérou, après avoir ingéré de l'ayahucasca, une drogue sensée «purifier l'âme et l'esprit».

«Nous avons tous perdu Fabrice. Moi, qui avais été son partenaire de trapèze et qui était son ami intime. Olivier Meyrou, qui était en train de tourner un documentaire sur la reconquête de ses jambes. Et les deux jeunes acrobates Alexandre Fournier et Matias Pilet, avec lesquels il était en train de monter un spectacle. Ils avaient inventé la discipline de la tétradanse et ils étaient à quelques jours de leur première quand il est mort.»

Acrobates est ainsi né d'une réelle «nécessité artistique», du besoin pour ceux qui avaient connu de près Fabrice Champion de créer un spectacle sur l'amitié, la transmission, l'acrobatie. Le défi était de rendre universelle cette trame extrêmement intime.

«C'est un spectacle sur la vie, mais où on parle de la mort. C'est très fort; nous donnons tout ce que nous avons à chaque représentation», explique Stéphane Ricordel.

Sur scène: deux jeunes acrobates et interprètes virtuoses qui vont traverser différents univers oniriques, qui vont se séparer et se retrouver pour finalement amener le spectacle «vers le soleil». Avec pour seul décor un plancher en pente sur lequel sont projetées des images du trapéziste disparu, des fragments de vie.

«C'est une scénographie en mouvement permanent, assez simple et esthétique. On est davantage dans la qualité cinématographique et poétique que dans la vidéo un peu agressive.»

Main à main

Les deux acrobates, Alexandre Fournier et Matias Pilet, font essentiellement des numéros au sol et de main à main. Mais si, techniquement, ils peuvent «tout faire», le but du metteur en scène est davantage de «transcender» la discipline plutôt que d'innover.

«J'aime toutes les disciplines où il y a un engagement physique, où les gens vont plus loin que le saut périlleux, même si l'acrobatie m'intéresse en soi.»

Stéphane Ricordel apprécie particulièrement le main à main pour cette relation à deux «très forte», car on a besoin de l'autre tout le temps. «Cette connivence, cette amitié, ce partage de choses très intimes avec quelqu'un par le corps, je trouve ça très beau.»

«On se porte toujours dans la vie. Un joli couple, c'est deux personnes qui se sont trouvées, qui se portent mutuellement et qui s'apportent des choses», dit-il.

Avec Acrobates, l'ex-trapéziste assume complètement son rôle de metteur en scène. «C'était déjà arrivé avant, mais je jouais aussi dans les spectacles», dit l'homme de 51 ans, qui a arrêté officiellement le trapèze il y a cinq ans.

«Trente ans de trapèze, c'est beaucoup! Mais c'est le corps qui parle. Un jour il dit "stop", alors la tête dit "on va trouver autre chose". C'est un métier qui vous reste aux tripes.»

Malgré l'accident de son ami Fabrice, Stéphane Ricordel n'a jamais eu l'impression de pratiquer un métier dangereux. Comme on ne pense pas tous les jours qu'on peut mourir en prenant sa voiture ou en traversant la rue.

Jamais, ajoute-t-il, il n'a joué avec sa vie. «Je n'ai jamais été dans ce jeu-là et ce n'est pas le cas dans Acrobates non plus. Énormément d'émotion peut passer par la gestuelle. Ce qui m'intéresse d'abord, c'est la poésie que raconte un corps.»

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À l'Usine C du 4 au 7 juillet.




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