Reda Saoui: tordre la raison

L'humoriste québécois Reda Saoui présente J'ai tort, mais j'ai raison,... (PHOTO LOUIS LONGPRÉ, FOURNIE PAR LE ZOOFEST)

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L'humoriste québécois Reda Saoui présente J'ai tort, mais j'ai raison, son premier spectacle solo d'une heure, à l'Espace Zoofest jusqu'au 29 juillet. Une première cuvée convaincante, l'artiste natif de Saint-Eustache étant parvenu à captiver son auditoire.

En 2013, Reda Saoui avait brillé lors de la demi-finale du concours En route vers mon premier gala. Au printemps dernier, il faisait partie des huit humoristes de la relève que La Presse avait présentés à ses lecteurs. On avait donc hâte de voir ce qu'il produirait en une heure, et le public (plutôt jeune) venu le voir mardi dernier n'a pas été déçu.

Reda Saoui a d'abord un très bon sens de l'improvisation. Ça aide à créer rapidement des liens avec le public, ce qu'il fait en posant d'entrée de jeu quelques questions à l'assistance. Pauvres Français qui se sont fait niaiser le jour de leur fête nationale, mardi! Mais l'humoriste a réussi à les mettre dans sa poche quand ils ont compris que l'humour était aussi pour lui une façon de se rapprocher d'eux.

Son premier segment traitait de la ponctualité, mais c'est surtout quand il a commencé à parler du fait qu'il est musulman que ses blagues ont été efficaces. Il a notamment imité l'accent libanais. Un Libanais était dans la salle et trouvait ça visiblement très bien fait. «Toi, tu as des bancs en cuir? Moi aussi, j'ai!», a dit Reda Saoui.

L'humoriste de 29 ans a raconté à quel point les immigrants «se faisaient petits» au Québec quand il était jeune, dans les années 90; il a dû lui aussi s'intégrer à la société québécoise, même s'il est né ici.

«J'ai déjà fréquenté une personne de sexe québécois!», a-t-il dit avec humour. Il a parlé des parents de cette première blonde pure laine qui ne savaient pas ce qu'était un musulman, précisant qu'ils avaient été très ouverts envers lui, même si le père l'avait averti: «Tout ce que je te demande, c'est touche pas à ma bière ni à mon char

Une «charte de la gifle»

Il a parlé de l'homophobie dans les différentes religions, notamment la sienne, et a expliqué combien il peut être compliqué de révéler son homosexualité à ses parents quand on est musulman. «Mais t'inquiète pas, papa, je vais bientôt porter le hidjab!», a-t-il lancé.

Il a abordé la question de la gifle, disant mi-figue, mi-raisin être favorable à cette pratique. «Une gifle, c'est applaudir d'une main l'imbécillité de quelqu'un, a-t-il dit avec finesse. On devrait adopter la gifle comme thérapie alternative et faire une charte de la gifle pour savoir quand et comment gifler!»

Il s'est ensuite moqué des jeunes qui louent des limousines pour frimer. «Aussi stupide que le jeune prince saoudien qui a fait écrire son nom en grosses lettres dans le désert pour que ça se voie du ciel, mais personne ne lui a dit que le vent allait vite effacer les lettres!»

Puis, il a parlé d'analphabétisme et de la difficulté de bien interpréter des textes. Feignant la mauvaise foi, il s'est moqué de Charles Baudelaire en décortiquant son poème À une dame créole de telle sorte que le poète français passe pour un raciste.

Il est d'ailleurs revenu sur le cas des Français en affirmant qu'ils ont «un quotient intellectuel élevé, mais quand ils débattent, ils deviennent imbéciles», en donnant un exemple de débat entre Français pendant lequel les gens s'engueulent «alors qu'ils disent souvent la même chose». C'était très drôle. «Ici, ce genre d'engueulade, ça n'existe pas, car on n'aime pas la chicane et je ne parle pas que du groupe de musique!», a conclu habilement Reda Saoui.

Un spectacle finalement très bon. L'humoriste qui a failli devenir architecte construit l'attachement de son public numéro par numéro, tout en douceur, et en faisant parfois appel à un savant jeu de manipulation. Reda Saoui parle clairement, déclinant un texte bien travaillé, avec à peine quelques hésitations. Il bouge bien sur scène, sans nous étourdir, et quand il incarne un ou plusieurs personnages, il est franchement théâtral.

Un bon premier spectacle pour un artiste promis à un bel avenir.

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À l'Espace Zoofest (1564, rue Saint-Denis), ce soir et les 21, 22, 23, 25 et 29 juillet, à 20h. Info: zoofest.com

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