Cathy Gauthier: une fille dans une équipe de gars

Rare femme parmi la horde d'humoristes québécois, Cathy... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Rare femme parmi la horde d'humoristes québécois, Cathy Gauthier tente de s'éloigner des blagues très crues de ses débuts pour être accessible à un plus large public.

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Juste pour rire
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L'humoriste Cathy Gauthier coanime mercredi (à 18h30 et 21h30) un gala Juste pour rire avec Laurent Paquin, sur le thème «Cérébral ou impulsif?». Entrevue sur le thème de la femme.

Marc Cassivi: Tu es la seule coanimatrice sur 14 humoristes à tenir la barre d'un gala Juste pour rire cette année. Comment ça te fait réagir d'être la seule femme en 2016?

Cathy Gauthier: Je n'ai pas vraiment eu le temps d'y réfléchir. Je suis tellement concentrée sur le gala. Je ne suis pas la seule femme en humour. C'est une question qui revient à chaque entrevue que je fais. «Il n'y a pas beaucoup de femmes en humour: pourquoi?» Honnêtement, je ne le sais pas.

Marc Cassivi: Il y a un peu plus de femmes en humour aujourd'hui...

Cathy Gauthier: Il y en a de plus en plus. Et des fortes, en plus. Parce qu'avant, on dirait qu'on laissait passer les filles parce que c'était des filles...

Marc Cassivi: Comme un quota?

Cathy Gauthier: Oui, un peu comme ça. On le sentait dans le milieu, même si le public ne le savait pas nécessairement.

Marc Cassivi: As-tu déjà eu l'impression d'être là grâce à une sorte de quota?

Cathy Gauthier: Je n'ai jamais senti ça parce que je faisais de l'humour très «gars». Je suis une fille, mais tout le monde pense que j'ai un pénis!

Marc Cassivi: Le milieu fait-il des efforts pour faire une plus grande place aux filles, selon toi?

Cathy Gauthier: Oui, mais en organisant des «shows de filles». Moi, ça m'énerve. On va mettre un paquet de filles ensemble pour mieux les montrer du doigt en disant «Vous êtes pas assez bonnes pour être avec les boys». Quand c'est un show d'humoristes [masculins], on ne dit pas que c'est un «show de gars». J'aimerais que les femmes soient considérées comme des humoristes au même titre que les hommes. Pas comme des «femmes humoristes». Mais je ne pense pas voir ça de mon vivant. Décider d'être une femme en humour, c'est un peu comme décider de jouer pour le Canadien. On nous donne une chance de jouer dans la game, mais c'est une game de gars.

Marc Cassivi: De jeunes femmes font leur place dans la game...

Cathy Gauthier: Elles sont très bonnes! Celles qui sont là ne font pas partie d'un quota. Elles ont mérité leur place. Je pense entre autres à Mariana Mazza, à Virginie Fortin, à Silvi Tourigny, qui fait ma première partie. Elle va devenir une star. J'aimerais ça, animer un gala avec Kat Levac. Mais c'est sûr que c'est un métier de gars. Cette semaine, un sondage [Léger] est sorti et il y avait seulement Lise Dion parmi les 15 humoristes les plus aimés du public.

Marc Cassivi: Donc le public associe toujours humour et hommes?

Cathy Gauthier: Les consommateurs d'humour, ce sont beaucoup des femmes. Comme à la maison, ce sont plutôt les femmes qui décident de ce qu'on achète...

Marc Cassivi: Ah oui? Tu as remarqué ça en humour aussi?

Cathy Gauthier: Oui. Ce sont beaucoup les femmes qui décident qu'elles vont aller voir en couple Jean-Michel Anctil ou Louis-José Houde, Martin Matte ou Stéphane Rousseau en bedaine. Moi, j'attire plus les chums de filles que deux gars qui se disent: «Heille, on va-tu voir Cathy Gauthier?» Ils vont plutôt aller voir Mike Ward. Dans la vie, on est plus enclin à choisir un PDG qui va être un homme. Les hommes ont encore beaucoup d'avance sur les femmes.

Marc Cassivi: C'est un cliché, mais on s'est tous adaptés, hommes et femmes, aux diktats de la société patriarcale. Sans trop envisager que les choses puissent être différentes. C'est comme ça parce que c'est de même...

Cathy Gauthier: L'égalité des sexes, ça non plus, je ne pense pas que je vais voir ça de mon vivant. Cela dit, je ne veux pas avoir l'air antiféministe, mais on essaie d'avoir un enfant, mon chum et moi, et je n'ai pas de problème pantoute avec l'idée de rester à la maison, de faire du ménage et de faire le souper. Mes amies sont outrées: «Franchement! Ta carrière!» Ma carrière va être encore là dans 10 ans. Je vais pouvoir écrire des jokes à 60 ans. La chance d'avoir un enfant, ça se passe là.

Marc Cassivi: C'est drôle parce que tu as déjà fait un numéro sur le fait que tu ne voulais pas d'enfant...

Cathy Gauthier: Il y a juste les fous qui ne changent pas d'idée, ç'a l'air! J'en veux tellement un que j'arrête ma tournée et que j'annule des supplémentaires. À 40 ans, si je veux un bébé, c'est maintenant. Last call, dernier service au bar.

Marc Cassivi: Pour revenir à ce qu'on disait au début, sur le fait qu'on te pose toujours la question sur la place des femmes en humour: es-tu tannée de l'entendre?

Cathy Gauthier: Je ne suis pas tannée de l'entendre: je n'ai pas de réponse. Je ne sais pas quoi répondre. D'une entrevue à l'autre, je ne réponds jamais la même affaire.

Marc Cassivi: As-tu eu à te battre plus que d'autres pour faire ta place parce que tu es une fille? Étais-tu consciente de ça?

Cathy Gauthier: Oui. Surtout au début. Mais pas auprès de mes collègues humoristes. Auprès des producteurs et des diffuseurs. Encore là, ce sont surtout des hommes qui décident. Ç'a été dur. D'autant que j'exploitais à ce moment-là un type d'humour qui était beaucoup plus vulgaire qu'aujourd'hui. Les gars avaient peur de moi. Ils avaient peur de m'inviter sur des plateaux, peur que je dise des choses qui ne se disent pas mais qui sont acceptables de la part d'un homme. Jean-François Mercier pète les plombs et se met à sacrer: tout le monde l'applaudit. Il y a des choses que les hommes peuvent se permettre et que les femmes ne peuvent pas se permettre.

Marc Cassivi: Comprendre que les gars pouvaient s'en permettre davantage, est-ce que ç'a été une source de motivation dans ta carrière? Est-ce pour ça que tu as été aussi crueà tes débuts?

Cathy Gauthier: Il faut s'assumer. Il est temps que les choses changent et qu'on ouvre les barrières et les horizons. Sinon, on va rester enfermées dans notre enclos à faire des jokes sur nos chums, nos menstruations et nos bébés qui pleurent. Il faut défoncer des portes si on veut aller plus loin. J'aime les choses qui dépeignent. Je n'aime pas quand c'est trop lisse ou trop blanc.

Marc Cassivi: Mais est-ce que tu l'as fait en réaction?

Cathy Gauthier: Non. Au début de ma carrière, je ne me posais pas de questions. J'y suis allée all in avec un personnage de grosse «colonne». Les gens ne faisaient pas la distinction entre le personnage et moi. Je me suis un peu peinturée dans le coin. Ç'a été mon erreur de jeunesse. J'ai mis beaucoup de temps à m'en défaire. Mon troisième show a mieux marché parce qu'il était beaucoup moins vulgaire. J'étais gênée que ma mère voie mes deux premiers shows, mais très fière qu'elle voie le dernier. Mes parents ont 80 ans. Ils n'ont pas compris pourquoi je faisais de l'humour aussi heavy.

Marc Cassivi: Tu parlais des jeunes femmes. Mariana Mazza exploite elle aussi ce filon de l'humour cru. Crois-tu qu'elle pourrait comme toi finir par se sentir piégée dans un carcan?

Cathy Gauthier: C'est sûr que c'est un danger. Mais elle le fait bien et elle l'assume beaucoup plus que moi. Elle s'assume à fond. Elle est super sweet dans la vie. C'est un petit ange. Mais elle parle haut et fort! Aux yeux de mes collègues, j'ai peut-être l'air de la fille qui ne s'assume plus et qui essaie d'élargir son public. C'est correct. C'est mon objectif. Mon prochain show sera sans doute encore plus grand public.

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