Conférence de choses: l'étonnement en partage

Pierre Mifsud et François Gremaud, créateurs du spectacle Conférence... (Photo Robert Skinner, La Presse)

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Pierre Mifsud et François Gremaud, créateurs du spectacle Conférence de choses.

Photo Robert Skinner, La Presse

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Conférence de choses, c'est un peu l'éloge du coq-à-l'âne propre aux esprits curieux de tout, un amour de la digression et de la dispersion. Pierre Mifsud et François Gremaud invitent le public au partage de cette émotion essentielle au savoir: l'étonnement face à toute chose, sans hiérarchie et sans snobisme. Un spectacle inusité, où l'on apprend plein de trucs pêle-mêle qui sont transmis avec la touchante candeur d'un homme émerveillé.

Lundi soir, pour la première Conférence de choses présentée au Monument-National, Pierre Mifsud est arrivé sur une scène qui ne contenait qu'une table et un verre d'eau, qui n'ont finalement jamais servi. Parce que ce personnage de conférencier est trop occupé à digresser. Nous sommes ainsi passés d'une anecdote à propos de Sarah Bernhardt aux différents types de bisons, à la ville de Byzance, à Buffalo Bill, à l'histoire des loups, à la clarinette, à comment fonctionne une flèche, bref, à une foule de «choses», avant que la minuterie ne sonne à 53 minutes 33 secondes tapantes.

On a tendance à oublier cet événement marquant de l'histoire humaine: Wikipédia a réalisé le fantasme encyclopédique de réunir tout le savoir connu. C'est sur ce site que le metteur en scène suisse François Gremaud s'est perdu, un soir de page blanche, et a trouvé l'idée de Conférence de choses, un spectacle reproduisant la « circulation » éternelle de Wikipédia avec ses hyperliens. Et il a pensé au comédien Pierre Mifsud, qu'il admire, pour l'incarner. «Parce qu'il pourrait dire l'annuaire téléphonique et je pourrais l'entendre pendant des heures», explique-t-il.

«Ce spectacle est la rencontre de deux choses qui m'intéressaient: l'approche de l'infini du savoir humain et la possibilité de passer des heures avec un comédien formidable», indique François Gremaud, metteur en scène.

Il n'y a pas de blagues dans Conférence de choses, qui est vraiment une enfilade de faits et d'informations non-stop, agrémentée par des poussées inattendues et émotives du conférencier. Et pourtant, on rit. Cela tient à la candeur de l'interprète, également émerveillé par des choses évidentes ou complexes. Qu'apprend le spectateur? Plein d'affaires et rien en particulier.

«Ce qu'on avait surtout envie de mettre en partage, plus que le savoir lui-même, c'est l'émerveillement qui a été le nôtre en regardant Wikipédia, dit François Gremaud. Cette traversée horizontale du savoir qui nous montre que, pour chaque sujet, quelqu'un est susceptible d'avoir suffisamment d'intérêt pour y consacrer du temps et rédiger des articles. Qu'il y a des passionnés des pâquerettes, du café, de l'histoire, des poufs... Ce qu'on essaie de mettre en avant, c'est cette passion de l'humain pour le savoir.»

«Cet émerveillement, c'est la condition du philosophe et du poète, rappelle Pierre Mifsud. C'est elle qui va lui permettre de penser le monde et lui ouvrir les yeux pour voir tout ce qui se passe autour de lui. C'est là où le savoir rejoint la poésie et l'intime. Car dans ce flot de choses, il y a aussi un homme avec toute sa subjectivité.»

Cultiver «l'idiotie»

Alors qu'on vit dans un monde où tout le monde se veut «intelligent» (même le téléphone), François Gremaud dit cultiver «l'idiotie», tel que pensé par le philosophe Clément Rosset qui revient à sa définition première, «qui veut dire singulier et particulier», précise-t-il. «Il compare l'idiot à l'ivrogne, cette personne imbibée et désinhibée, qui parle par exemple de cette fleur qu'il voit et non de la fleur comme concept.»

«Notre conférencier, c'est un peu comme un proto-philosophe, qui est juste avant la philosophie, qui partage son étonnement. On est à l'orée de la pensée», affirme François Gremaud.

Dans les villes où est présentée Conférence de choses, les deux créateurs choisissent différents lieux pour des représentations de 53 minutes 33 secondes - juste pour faire joli, un hommage à la pièce silencieuse 4'33'' de John Cage. Mais la pièce de résistance dure huit heures (six à Montréal, le 4 juin), avec les entrées et sorties libres du public. Paraît-il que tous les cas de figure s'y trouvent, des spectateurs furtifs à ceux résolus à rester tout le long, en passant par ceux qui dorment ou se font un pique-nique! Pierre Mifsud nous entretient de choses sans arrêt, dans une sorte de happening qui tient plus de l'expérience que de la performance, dit-il avec humilité. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce n'est pas de l'improvisation.

«Ce qui est improvisé, c'est l'instant qui est partagé avec les gens, note le comédien. On découvre ces micro-événements qui font une représentation. Quelqu'un qui arrive en retard, un autre qui bouge, qui rit. Ici, on a un public très réactif, très vivant, je dirais même qu'il arrive avec un a priori joyeux, on sent ça dans l'air. Pour moi, c'est comme une conversation qui dure avec des amis, quand on ne voit pas le temps passer.»

Il reste quatre conférences de 53 minutes en différents lieux, et l'intégrale de six heures (entrée et sortie permises en tout temps) le 4 juin à midi à l'Auditorium de la Grande Bibliothèque.




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