2Fik court la chasse-galerie: le diable en talons hauts

L'artiste d'origine marocaine 2Fik propose une relecture de La chasse-galerie... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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L'artiste d'origine marocaine 2Fik propose une relecture de La chasse-galerie dans le cadre du Festival TransAmériques.

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Luc Boulanger
La Presse

Le Festival TransAmériques a donné carte blanche à l'artiste multidisciplinaire 2Fik. Partant des thèmes de l'immigration et de l'identité culturelle, le performeur revisite - à sa manière « queer, trad et trash » - une légende canadienne, La chasse-galerie. Regard sur le travail d'un créateur d'origine marocaine unique et atypique.

Longue barbe camouflant son visage émacié, 2Fik (prononcez Toufik) est plongé dans la lecture de La chasse-galerie lorsque le journaliste de La Presse arrive à la course au Café Cherrier. Cette légende qui a entre autres inspiré une chanson à Claude Dubois et un film à Jean-Philippe Duval a plu dès la première lecture à l'artiste d'origine marocaine, né en France et installé à Montréal depuis 12 ans.

Tel un croisement entre Nan Goldin et Cindy Sherman, l'artiste se met en scène avec humour et théâtralité dans ses photos. « Dans ma démarche artistique, j'aime bien m'approprier des mythes et références d'autres cultures », explique 2Fik. Depuis samedi au FTA, 2Fik transforme, pour trois jours, la place des Festivals en un studio de photographie à ciel ouvert. En performance devant le public de curieux, il va donc incarner à sa manière tous les personnages de la légende, puis les photographier. 

La place des Festivals sera fermée pendant ces trois jours de 8 h à 20 h. L'artiste installé dans une tente sera filmé alors qu'il va créer son oeuvre en direct devant le public pour mieux « désacraliser le processus de création ».

LÉGENDE D'AUJOURD'HUI

2Fik court la chasse-galerie est donc une relecture de la légende à la lumière des questionnements identitaires de notre époque : intégration des néo-Québécois, valeurs de la société d'accueil, égalité hommes-femmes, droit des minorités, notion de territoire, etc.

« C'est un regard porté sur l'immigration, mais dans le canot d'écorce de la chasse-galerie. Le mythe québécois illustré avec tout ce que l'immigration comporte de préjugés, d'appréhensions, de peur », précise 2Fik.

Dans son cas personnel, le Québec a toujours été « une terre fertile pour la création ». « Je suis ravi de vivre au Québec, une province que j'aime avec ses qualités et ses défauts. Pour moi, le Québec est une excellente terre d'accueil. Je dis "pour moi", car c'est une question intime qui touche au vécu de chacun. »

Le rôle de l'artiste, selon 2Fik, est de pousser le public dans « un retranchement émotionnel ». Non pas provoquer pour provoquer, nuance-t-il, « mais pour créer des situations qui feront réfléchir les gens. Le Québec sera toujours insécure face à son avenir, à cause de sa peur de se faire assimiler ».

UN PACTE AVEC LE DIABLE

Dans La chasse-galerie, des bûcherons vont quitter leur chantier à Gatineau pour aller rejoindre leurs blondes à Lavaltrie, la nuit du Nouvel An. Pour y parvenir, ils vont faire un pacte avec le diable. Ce dernier les fera voler au-dessus des cours d'eau et des monts, à bord d'un canot d'écorce, afin de pouvoir se rendre plus vite à destination, puis revenir au chantier avant l'aube.

« Pour moi, les bûcherons, comme les immigrants, partagent ce désir de s'envoler pour un monde meilleur », souligne 2Fik.

Et comment incarnera-t-il le diable dans son installation ? « Mon diable est une femme voilée avec un hidjab en cuir, qui a une longue barbe et qui est juchée sur des talons hauts ! »

Le questionnement identitaire est au coeur des préoccupations de 2Fik depuis longtemps. « Lorsque je vivais en France, on me traitait de sale Arabe. Au Maroc, j'étais un maudit Français. Maintenant, à Montréal, je me retrouve en tant que minorité dans une société francophone minoritaire en Amérique. C'est assez jouissif ! » 

Selon lui, l'éternelle inquiétude identitaire a rendu les Québécois hypersensibles au jugement des autres.

« Je compare souvent le Québec à une jeune adolescente qui voit son corps changer, sa poitrine grossir et qui est prise de panique ! Cette fille est en train de devenir une belle femme, mais elle l'ignore à son âge. Pour moi, le Québec est en pleine crise de puberté ! » 

Après sa création à la place des Festivals, l'installation 2Fik court la chasse-galerie sera exposée au Quartier général du FTA, jusqu'au 8 juin.

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Les 28, 29 et 30 mai, place des Festivals, Quartier des spectacles, gratuit

Autre événement : Party 2Fik - Bûcherons et talons, mercredi 1er juin, 22 h 30, QG du Festival, gratuit

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