Antigone Sr.: public au bord de la crise de nerfs

À l'image des «bals» de voguing, les interprètes... (Photo: fournie par le FTA)

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À l'image des «bals» de voguing, les interprètes d'Antigone Sr. se promènent librement sur scène et dans les gradins.

Photo: fournie par le FTA

Provocante et jouant à fond sur la transgression des normes propres à la représentation, Antigone Sr. offre une rencontre improbable entre les «battles» propres à la culture voguing et la tragédie grecque Antigone. Attachez vos tuques, car ça décoiffe...

La prémisse, à elle seule, est déroutante: que se serait-il passé si, en 1963 à New York, la communauté transsexuelle et homosexuelle d'Harlem qui a donné naissance au voguing était descendue à Greenwich Village rencontrer la scène de la danse postmoderne?

De ce questionnement posé par le chorégraphe new-yorkais Trajal Harrell est née la série Twenty Looks or Paris is Burning at the Judson Church, qui se décline en huit «grandeurs», de XS à XL.

Le format large, Antigone Sr., ajoute à cette mixture un autre ingrédient: la tragédie grecque Antigone. Et, tout comme à l'époque de la Grèce antique, ce seront des hommes travestis en femme qui mèneront le bal de ce drame de deux heures et quart.

Bal-défilé tragique

À l'image des «bals» de voguing, les cinq interprètes (dont Harrell), se promènent librement sur scène et dans les gradins, font leurs changements de costumes à peine cachés par les rideaux et manipulent l'équipement technique - (fausses?) erreurs techniques incluses. La résistance face au décorum de la représentation est manifeste.

Les protagonistes défilent dans des costumes tarabiscotés, amalgames de bouts de tissus, foulards et pièces de vêtements utilisés de mille et une façons, commentaires décapants de Harrell inclus («Nouvelle collection... Vous avez vu ce morceau ici en premier!»).

On l'oublie parfois tellement ces moments s'éternisent, mais ces «tableaux» - qui incluent des passages scandés ainsi que du lipsync ou de l'interprétation live sur des musiques populaires - font écho aux cinq actes de la pièce. Les interprètes y incarnent tour à tour Antigone (Harrell), sa soeur Ismène, son fiancé Hémon, le roi Créon et la reine mère, Eurydice.

Macédoine culturelle

Étourdissante et déroutante, la pièce est une macédoine où est conviée toute la culture populaire et contemporaine, dans de longues énumérations au micro - «I am David & Goliath... Dr. Jekyll & Mr. Hyde... Sex and the City... Pride and Prejudice...»

Elle offre aussi, en filigrane, un reflet du rôle de la femme dans la société, sa rébellion («I am a woman taking control») ou sa soumission devant l'autorité, la femme «au bord de la crise de nerfs», désemparée comme la reine Eurydice.

Concentrant le meilleur et le pire, Antigone Sr. est par moments franchement hilarante, parfois même émouvante et prenante, mais épuise aussi avec ses passages cacophoniques et ses longueurs. Plusieurs spectateurs ne se sont d'ailleurs pas gênés pour partir en pleine représentation.

La démarche de Harrell est si unique qu'elle laisse à la fois admiratif et dubitatif. À l'apogée, alors que le spectateur prie pour qu'on en finisse, la pièce se transforme soudainement en un immense party dansant sur une musique techno endiablée, après que Harrell eut harangué le public afin qu'il sorte de sa léthargie.

On sort d'Antigone Sr. épuisé, hilare, sonné, pas encore sûr de ce qui vient de se passer et encore moins certain d'avoir aimé, mais assuré qu'on vient de vivre toute une expérience... N'est-ce pas là, finalement, le but ultime de toute représentation?

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Aujourd'hui et demain, à l'Usine C (en anglais).




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