L'Histoire révélée du Canada français: gens du pays

L'Histoire révélée du Canada français, 1608-1998, est un... (Photo: fournie par le FTA)

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L'Histoire révélée du Canada français, 1608-1998, est un gros bouillon où se mélangent les anecdotes et les cultures, le mélo et le drame.

Photo: fournie par le FTA

Avec leur spectacle-fleuve, Alexis Martin et Daniel Brière, codirecteurs artistiques du Nouveau Théâtre Expérimental, abordent quatre siècles de l'histoire du Québec avec une belle folie. Si l'aventure vous intéresse.

Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est... beaucoup de choses pour Alexis Martin. L'hiver, la religion, le commerce, la nourriture, la politique, la langue, l'eau... Alors, il a écrit L'Histoire révélée du Canada français, 1608-1998, une trilogie couvrant 400 ans des hauts et des bas d'un peuple, mise en scène par Daniel Brière et présentée cette semaine au FTA.

Ce spectacle théâtral et musical, à la fois érudit et ludique, s'écoule durant sept petites heures; avec plusieurs moments forts, mais aussi des faiblesses. Sa principale qualité est de revisiter l'histoire «en oblique», sans illustrer uniquement les moments héroïques. On voit Cadillac, Champigny, Joliet et le père Marquette, pas Montcalm, Maisonneuve ou Jeanne Mance. Son défaut? La pièce ratisse trop large, pas tant dans le temps que dans les thèmes et les genres.

L'auteur et comédien résume, à sa manière, le parcours d'une nation en terre d'Amérique. De la fondation de la ville de Québec à la crise du verglas. Il multiplie les formes narratives et joue (habilement) avec les époques, les anachronismes. On passe de la comédie musicale à l'opérette, des sketchs comiques aux scènes tragiques, de l'exil du patriote Louis-Joseph Papineau aux événements d'Octobre 70... Un gros bouillon historique qui mélange les anecdotes et les cultures, le mélo et le drame, tout en faisant une bonne place aux prouesses et aux mythes des Amérindiens.

L'Histoire... est divisée en trois parties: Invention du chauffage en Nouvelle-France est le titre du premier volet. Il aborde notre climat rigoureux ou «la beauté aurifère du froid», pour citer Gaston Miron, poète auquel la pièce rend un bel hommage. Le deuxième volet, Les Chemins qui marchent, fait allusion au fleuve et aux rivières, sources de richesse ou d'exploitation, selon le point de vue. Enfin, Le pain et le vin porte sur le thème de l'alimentation au fil des siècles. C'est le plus faible. Il est constitué d'une conférence (jouée par Alexis Martin), interrompue par des vignettes historiques et des émissions de cuisine données par Jehane Benoit (pas l'idée du siècle...).

Ingénieux dispositif scénique

La mise en scène de Daniel Brière est efficace et astucieuse. Elle se déploie dans un dispositif scénique assez compact (une scénographie de Michel Ostaszewski), formé d'une cage ouverte et d'un plancher de bois qui dissimule des trappes d'où émergent les comédiens. Ces derniers arrivent munis d'éléments de décor ou d'accessoires pour nous transporter d'une scène et d'une époque à l'autre. Anthony Rozankovic signe la belle musique. Car plusieurs chansons pimentent cette trilogie, avec entre autres les prestations des Crystalettes (irrésistibles Danielle Proulx, Dominique Pétin et Marie-Ève Trudel), ou celles du solide (en jeu et en voix) et charismatique Carl Poliquin.

Du reste, l'ensemble de la distribution tire très bien son épingle du jeu. François Papineau, Benoit Drouin-Germain, Steve Laplante, Gary Boudreault, Pierre-Antoine Lasnier, en plus de Martin et des interprètes ci-dessus mentionnés, se partagent plusieurs personnages historiques ou fictifs. Avec brio, souplesse et créativité.

Cette superpièce avait pourtant tout pour séduire le critique...

Hélas, il manque une lecture claire qui aurait rehaussé le récit. Le point de vue de Martin est fuyant. Au début, on sent son amour du langage, l'importance de la mémoire pour défier l'oubli. Puis, le propos se dilue dans l'anecdotique, la farce.

Il faut attendre la fin. Lorsque arrive le monologue du client amer de la taverne, joué par Gary Boudreault, qui fait penser au Léopold dans Marie-Lou de Michel Tremblay, en plus hargneux. On devine l'auteur nostalgique d'une société plus homogène, qui veut en finir avec cette «fatigue culturelle» du Canadien français, pour paraphraser Hubert Aquin.

Puis après, dans le tableau final, tandis qu'une autre panne d'électricité plonge la scène dans l'obscurité (l'histoire du Québec, c'est aussi les pannes!), les protagonistes se regroupent, côté cour, devant un vieux poêle pour se réchauffer ensemble.

Mon pays, c'est une société frileuse... mais tricotée serré.

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Au Théâtre Espace Libre, les 30, 31 mai et 1er juin. Durée: 7 heures et demie, incluant deux pauses repas et deux entractes.




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