2013-06-06 14:11:57.000

Ainsi parlait... : drôle de posture

Ainsi parlait, le déroutant spectacle de Fredérick Gravel... (Photo: fournie par le FTA)

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Ainsi parlait, le déroutant spectacle de Fredérick Gravel et Étienne Lepage, créé au dernier FTA.

Photo: fournie par le FTA

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Luc Boulanger
La Presse

On le filme, le projette, le scrute, le fantasme, l'interpelle, l'insulte... Le spectateur est au coeur de cette 7e édition du Festival TransAmériques. De la pièce d'ouverture (Un ennemi du peuple) à la création d'Ainsi parlait..., en passant par les deux propositions du metteur en scène Christian Lapointe (Outrage au public, L'Homme Atlantique), VOUS, simple spectateur, êtes au centre des représentations ces jours-ci.

Et pas seulement au FTA. La revue de théâtre Jeu en fait le dossier principal de son plus récent numéro: Le spectateur en action. Mais soyons juste. Ce phénomène n'est guère nouveau. Les artistes de la performance des années 70 savaient fort bien bousculer leur public. «Hypocrite spectateur, - mon semblable, - mon frère!», pour paraphraser Baudelaire.

Toutefois, cette remise en question de la place du spectateur va de pair avec une autre; celle, plus préoccupante, du rôle de l'artiste dans la société. C'est l'impression ressentie, mercredi soir, à la sortie de la première d'Ainsi parlait.... Cet objet scénique hybride et intéressant, écrit à quatre mains par Étienne Lepage et Frédérick Gravel, affiche une drôle de posture, tant dans sa gestuelle maladroite, hésitante, que dans son discours politique, cynique.

Ludique et provocant

Cette collaboration entre l'auteur et le chorégraphe est née d'une affinité naturelle. Chacun propose des shows ludiques et provocants qui reflètent une attitude propre aux artistes québécois de la génération Y. Complices, Lepage et Gravel ont donc marié les mots de l'un aux mouvements de l'autre, en juxtaposition, voire en exagération. Ainsi parlait... effleure des thèmes sérieux, comme la surconsommation, la justice, la tolérance, la critique de la culture bourgeoise...  Mais sans jamais les aborder de front.

Les interprètes Éric Robidoux, Daniel Parent, Anne Thériault et Marilyn Perreault sont excellents. Ils maitrisent parfaitement, intelligemment, le sous texte de la pièce (plus probant ici que la dramaturgie). Ils évoluent dans un espace vide, sauf pour des consoles de projecteurs jonchant le sol. Tour à tour, les interprètes livrent au micro des monologues à la fois inoffensifs et provocants: l'un se demande combien ça coûte pour faire tuer Stephen Harper?; un autre se vante d'être «un trou de cul»; un troisième constate que la plupart des théâtres présentent des «shows de marde» (sic).

L'un des numéros les plus rigolos est celui dans lequel Éric Robidoux exécute une gestuelle à reculons, ses gestes cambrés, lents, comme si son corps s'élançait vers l'arrière. Comme «s'il pouvait se voir de dos». Puis, il demande aux spectateurs d'essayer l'exercice avec lui!

Si la posture est «la manière dont le corps affronte les stimulations du monde extérieur», pour y réagir; ici, la posture artistique semble, non pas reculer, mais tourner en rond.

En projetant ainsi le spectateur dans le processus de création, Gravel et Lepage (et un peu, d'une autre manière, Lapointe) se placent au dessus-la mêlée. Alors que l'artiste par définition doit se jeter dans le vide, mettre son âme sur la scène. Au lieu de présumer du public, ces artistes pourraient simplement lui proposer une oeuvre, en le laissant libre de la recevoir puis de l'apprécier, ou pas. 

«Étonnez-moi», disait Cocteau aux créateurs. Et non pas: Emmerdez-nous!

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Jusqu'au 8 juin, à L'Agora de la danse, dans le cadre du FTA.

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