St-Pierre, Bloom et Coutant: un heureux mariage arrangé

Le trio Fanny Bloom, Delphine Coutant et Ingrid St-Pierre... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

Agrandir

Le trio Fanny Bloom, Delphine Coutant et Ingrid St-Pierre

PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les Québécoises Ingrid St-Pierre, Fanny Bloom et la Française Delphine Coutant présentent un spectacle inédit aux FrancoFolies. Une aventure qui se poursuivra au printemps 2018, en France. Lors de notre rencontre avec ces trois pianistes, il a notamment été question du sujet de l'heure chez les musiciennes: le sexisme dans le milieu de la chanson.

En arrivant au restaurant sur l'avenue du Mont-Royal, Ingrid St-Pierre se commande un verre de vin blanc.

Delphine Coutant: Ah, c'est génial! Je croyais qu'il était trop tôt pour en prendre un. Moi aussi, je veux bien boire du vin.

Véronique Lauzon: Il est 17 h tapant, tu n'as pas à te sentir mal. Et en plus, tu es en décalage horaire. Viens-tu d'arriver à Montréal, Delphine?

Delphine: Oui, j'arrive de l'aéroport. J'ai même eu peur d'arriver en retard à l'entrevue... c'était vraiment long à la douane!

Ingrid: Ah, ne me parle pas de ça! C'est toujours long à notre douane, c'est gênant!

Fanny Bloom entre dans le restaurant. Les trois filles sont visiblement très heureuses de se retrouver. Elles passeront la semaine à répéter leur spectacle.

Véronique: C'est ta première fois à Montréal?

Delphine: C'est ma deuxième fois dans votre ville. La première fois était en février pour rencontrer Fanny et Ingrid; il fallait voir si cette idée d'un spectacle avec nous trois était possible. On ne se connaissait pas humainement, donc tout ça était de l'inconnu.

Fanny Bloom: Nous avions vraiment zéro attente. Finalement, nous avons passé trois jours à essayer des choses et nous avons réalisé que c'était pas mal joli. Alors, pourquoi pas? Et c'est beaucoup une question de personnalité aussi. Tu le sens tout de suite si tu vas être capable de chanter ou jouer avec quelqu'un.

Ingrid: Nous sommes capables de jouer avec n'importe qui. Mais est-ce que la magie va se passer? Ça, tu ne le sais jamais.

Delphine: Dès le début, j'ai aimé l'honnêteté des filles. Nous ne nous sommes pas choisies et nous l'avons dit. Les bases étaient honnêtes, je trouvais. Si ça ne faisait pas, on laissait tomber l'idée. Et finalement, j'ai eu beaucoup de plaisir à chanter avec les filles. Leurs chansons me touchent, c'est important, ça aussi.

Véronique: Dans le spectacle, vous serez sur scène avec chacune votre piano et vous chanterez les chansons des unes et des autres. C'est bien ça?

Ingrid St-Pierre:  Ce n'est pas trois filles qui font leurs chansons, l'une après l'autre. Nous sommes vraiment au service de la chanson, peu importe à qui appartient la chanson. Nous sommes là pour enjoliver la chanson de l'autre.»

Fanny: Il y a quelque chose qui nous unit beaucoup dans nos voix, notre manière d'écrire nos textes, et même dans nos mélodies. Et vos chansons m'habitent depuis février! Je me réveille souvent la nuit avec cette phrase de Noces d'hiver de Delphine: «Découvrant dans la neige le mot "éternité". Découvrant dans la neige un homme allongé». Ça me hante!

Delphine: Je trouve que nous avons beaucoup envie de belles mélodies. En France, c'est le texte qui est important et on l'accompagne avec la musique, mais ce n'est pas grave si la mélodie n'est pas super. Ce n'est pas le cas avec vous, et ça, ça me plaît beaucoup.

Véronique: Il y a une seule représentation prévue de ce spectacle. Pensez-vous le présenter de nouveau?

Delphine: Oui, nous allons faire une mini-tournée en France en mars prochain.

Un show de filles?

Véronique: J'ai envie de vous demander: est-ce qu'il s'agit d'un show de filles?

Fanny: Oh boy! Laisse-moi me commander un verre de vin si tu veux aller là. (La serveuse lui en apporte un.)

Ingrid: Non, je ne dirais pas que c'est un show de filles. En même temps, il faudrait définir ce qu'est un show de filles.

Delphine: Je pense qu'il ne faut pas dire que nous sommes un show de filles. On ne dit jamais à des hommes qu'ils font un spectacle d'hommes. On fait un spectacle d'artistes et on est des femmes. Le «et» est important.

Véronique: Il y a quelques jours, une centaine de femmes dans le milieu de la musique, dont Ingrid et Fanny, ont fait une sortie publique en disant qu'il y avait beaucoup de sexisme et d'injustices dans le milieu de la musique.

Ingrid: C'est parti d'une conversation Messenger sur Facebook et il y avait 135 femmes qui participaient. Toutes les filles ont raconté des événements sexistes qu'elles avaient vécus et des constats comme «tel festival n'a aucune fille dans sa programmation». Personnellement, ça m'a chamboulée.

Fanny: Moi aussi, j'ai vécu beaucoup d'anxiété en lisant tout ça. Mon cellulaire sonnait toutes les deux secondes et il y avait tellement d'informations. Ingrid, as-tu lu ce qu'a écrit Audrey-Michèle Simard [une auteure-compositrice-interprète et choriste pour de nombreux artistes dont Michel Rivard, Patrice Michaud, Patrick Watson, Galaxie et Louis-Jean Cormier]?

Fanny Bloom: «Audrey-Michèle Simard s'est rendu compte qu'elle pouvait être payée 1000 $ de moins que les autres membres du band. Maintenant, elle dit qu'elle ne monte plus sur un stage sans avoir vu les contrats des autres.»

Ingrid: C'est enrageant! En lisant tous les commentaires, je me suis trouvée naïve, parce que je ne m'étais jamais rendu compte de cette situation. La musique n'a pas de sexe pour moi.

Fanny: L'équité salariale... c'est tout un débat. Les profs ne sont pas payés de façon égale. C'est con rare et ce n'est pas compliqué, changer ça. C'est bien beau de penser que l'art n'a pas de sexe... Mais oui, mesdames et messieurs!

Ingrid: De là à dire qu'il faut exiger la parité... je ne suis pas à l'aise avec ça.

Fanny: Je ne suis pas d'accord avec ça non plus. Ce serait de nous prendre en pitié.

Delphine: Il y en a qui disent qu'il faut passer par la parité pour habituer. Il ne faut pas le voir comme une fin en soi. C'est pour habituer les gens à voir autant d'hommes que de femmes ensemble, par exemple en politique. Et après, ça devient quelque chose de normal pour tout le monde.

Véronique: Et des injustices et du sexisme, en ressens-tu en France?

Delphine: Ah, moi aussi, j'en vis! Bien sûr. Comme vous, je me suis posé ce genre de questions. Jusqu'à 35 ans, j'étais souvent en colère parce que lorsque je lisais des articles sur mes disques, il y avait toujours quelque chose sur mon physique. J'avais envie de dire: «Je suis une artiste. Je ne veux pas que vous me regardiez, je veux que vous regardiez mon oeuvre.» C'est très récent, les articles où on parle vraiment de mes chansons.

Ingrid: Je me suis aperçue que tout ce que j'avais vécu d'anormal, comme des remarques sexistes ou du harcèlement, était vécu par toutes les filles. Je gardais ça sous silence, parce que je me disais que j'étais une petite chanteuse et que je commençais à faire de la musique. Je me disais que je méritais ces mots-là et ce harcèlement, parce que je n'avais pas encore prouvé que j'avais ma place. Mais maintenant, je me rends compte que toutes ces choses n'auraient jamais été dites si j'avais été un garçon. Ce n'est pas juste en musique, nous le savons bien. C'est dans toutes les sphères de la société. Et plus nous en parlerons, plus les choses changeront. J'ose imaginer.

_______________________________________________________________________________

Ingrid St-Pierre, Delphine Coutant et Fanny Bloom à la Cinquième salle de la Place des Arts, ce soir à 20 h 30.




publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer