Ce public français qui change la donne

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Feu! Chatterton

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Le public francophone d'ici n'est plus ce qu'il était avant que déferle une vague d'immigration française. Transplantée à Montréal, cette population hexagonale compte au-delà de 120 000 immigrés et ressortissants, selon les estimations les plus prudentes. Modifie-t-elle l'offre de spectacles? Assurément.

«Avant la vague d'immigration massive des jeunes Français à Montréal, soit depuis cinq ou six ans, notre clientèle française était relativement âgée, explique le vice-président, programmation et production aux FrancoFolies de Montréal, Laurent Saulnier. Aujourd'hui, ce public est beaucoup plus jeune et n'est pas décalé par rapport à l'actualité musicale européenne.»

Par exemple, la première fois que le collectif de hip-hop français Chinese Man a été programmé aux FrancoFolies, en 2012, il y avait 800 personnes au Club Soda dont 98 % de fans français, raconte Laurent Saulnier. «Si on refaisait Chinese Man cette année au Métropolis, on y trouverait environ 1900 Français et 100 Québécois... qui ont eux-mêmes passé de longs mois en France!»

Des labels proactifs

Force est d'observer que ces spectacles destinés exclusivement au public français de Montréal ne se limitent pas aux formes chansonnières et au rap: 

«Prenez Rone, un excellent artiste électronique. Lorsqu'il s'est produit récemment au Théâtre Fairmount, il se trouvait au moins 80 % de Français dans la salle. Idem pour Gesaffelstein lorsqu'il se produit à Montréal», fait observer Julien Manaud, gérant d'artistes et fondateur du label Lisbon Lux.

Débarqué au Québec en 2006, ce dernier est originaire de Poitiers où il a fait partie d'un groupe avec Jehnny Beth, chanteuse du fameux groupe londonien Savages. À Montréal, il a été guitariste pour le défunt groupe Chinatown. Aujourd'hui, son label compte entre autres Le Couleur, Paupière, Beat Market et Bronswick parmi ses protégés.

Julien Manaud a aussi signé Kid Francescoli, un groupe de Marseille dont la chanteuse est américaine. Développer ici un groupe de France est un investissement à risque, concède-t-il, puisque le financement public n'est pas envisageable. «Normalement, il faut la grosse machine derrière; il faut un Stromae soutenu par Universal.»

Attachée de presse pour les groupes français Grand... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE) - image 2.0

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Attachée de presse pour les groupes français Grand Blanc, Bagarre et Radio Elvis, imprésario en voie de fonder son propre label, Chloé Legrand est originaire du Mans et a vécu longtemps à Paris avant de s'installer à Montréal en tant que représentante de la promotion chez Universal.

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Percer le marché québécois

Attachée de presse pour les groupes français Grand Blanc, Bagarre et Radio Elvis, imprésario en voie de fonder son propre label, Chloé Legrand est originaire du Mans et a vécu longtemps à Paris avant de s'installer à Montréal en tant que représentante de la promotion chez Universal, où elle a travaillé de 2012 à 2014. Elle est aussi très conscience de la mutation de l'offre et de la demande dans le marché local.

«C'est gagnant d'y faire venir des artistes français dont on ne prévoyait pas de succès a priori. Il faut dire qu'il y a une très belle vague d'artistes français qui retrouvent leur langue depuis environ trois ans  - tous ces Grand Blanc, La Femme et autres Feu! Chatterton, c'est vraiment rafraîchissant.»

Certes rafraîchissant pour le renouveau francophone indie... Pour la grosse pop?

«Chez les majors françaises, signale Chloé Legrand, il y a des produits en priorité qui seront beaucoup plus difficiles à développer au Québec parce qu'ils sont parfois des concurrents directs - prenons les artistes français de The Voice et les artistes québécois de La voix. Par contre, certaines stars marchent très bien au Québec: Stromae, Louise Attaque, M, etc.»

La diffusion médiatique est bien sûr fondamentale dans le développement de cette offre française. Encore là, les priorités ne sont pas les mêmes ici qu'en France.

«Les artistes de là-bas peuvent rarement espérer une place de choix à la FM commerciale du Québec; l'avantage reste aux artistes québécois et canadiens, les Français arrivent derrière.» 

Un petit tour et puis s'en vont?

Pour sa part, Julien Manaud constate une présence accrue de la nouvelle mouvance française dans l'environnement numérique et les canaux parallèles: «Les radios alternatives et universitaires, la radio publique, les blogues et les médias sociaux la mettent plus en valeur. Elle y est nettement mieux diffusée que dans les médias traditionnels commerciaux.»

Tous les professionnels interrogés signalent qu'il est difficile de faire tourner des Français en région. «C'est déjà complexe d'y faire tourner des Québécois, à moins d'être dans la mouvance populaire ou dans les noms très connus de la scène indie comme Les Soeurs Boulay», déplore Julien Manaud.

Alexandre Auché, gérant de la Société des arts... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE) - image 3.0

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Alexandre Auché, gérant de la Société des arts technologiques.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Un petit tour et puis s'en vont? Tous genres et rayonnements confondus, les artistes français ont du mal à faire plus qu'une date lorsqu'ils viennent se produire chez nous!

«On s'entend que la majorité absolue des artistes français font une date ou deux au Québec alors qu'en Europe, ils peuvent envisager aisément un ou deux mois de tournée», souligne Alexandre Auché, gérant de la Société des arts technologiques, aussi à la barre de High Food, entreprise de management et de promotion de concerts, cofondateur de Fantôme Records - Le Matos, Country, etc. 

«Lorsque ça se passe bien, les groupes ou chanteurs français vont à Québec et parfois dans quelques petites villes ou même à Toronto et dans d'autres villes canadiennes où se trouvent des publics francophones.»

Originaire de Bordeaux, Alexandre Auché vit à Montréal depuis 11 ans et est régulièrement impliqué dans la présentation d'artistes français ici.

«Lorsqu'il y a une promotion et une diffusion adéquates dans les médias locaux, les Québécois accrochent à la musique française. Je pense à Noir Désir, Katerine, Sébastien Tellier, Arthur H, Charlotte Gainsbourg, La Femme, etc. Lorsque ce dernier groupe est venu au Ritz PDB [salle de spectacles de la rue Jean-Talon], c'était pas mal plein et il n'y avait pas que des Français.»

La persistance, gage de succès

Aucun des professionnels interrogés ne favorise le clivage entre Québécois francophones de souche et immigrés francophones de première génération. Au contraire, ils souhaitent et encouragent la fusion des publics, toutes origines confondues.

«Contrairement à certains, je ne crois pas que les Québécois de souche soient rébarbatifs aux artistes français, affirme Laurent Saulnier. Il est vrai que c'est difficile pour les Français de s'implanter ici, mais il leur faut venir, revenir... et revenir encore!»

Les FrancoFolies contribuent certes au succès des artistes hexagonaux, mais cela ne suffit pas. «Sauf les épiphénomènes à la Louise Attaque, la plupart des carrières françaises réussies au Québec sont celles d'artistes qui y tournent régulièrement: Francis Cabrel, Thomas Fersen, Arthur H et autres Zaz comptent sur des équipes locales qui les soutiennent et les font progresser dans notre marché. Le succès des Français est une question d'effort soutenu; je ne crois pas à la fermeture québécoise en ce sens.»

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Vianney 

Photo JM Lubrano, fournie par Spectra

Français en visite aux Francos

Vianney

«La chanson française, c'est ma culture. Du point de vue des textes, je ne lui ai jamais trouvé d'équivalent», affirme Vianney, consacré artiste interprète de l'année aux dernières Victoires de la musique. Encore petite en Amérique francophone, sa réputation pourrait atteindre sa taille européenne. Voilà pourquoi: faiseur de tubes archifédérateurs, mélodiste évident, parolier de la candeur, interprète de l'émotion sincère, mais aussi des bons sentiments, Vianney pourrait avoir le talent FM d'un Jean-Jacques Goldman.

Sur la scène Loto-Québec le 14 juin à 20h; sur la scène SiriusXM le 15 juin à 19h.

Radio Elvis

Un groupe de chanson rock de cette lignée francophone qui remonte à Noir Désir, avec des touches synthwave, post-punk et krautrock. Le trio parisien, fondé en 2013, est composé de Pierre Guénard (chant et guitare), Manu Ralambo (guitare, basse) et Colin Russeil (batterie-claviers). Après avoir fait dans le slam, le Poitevin Pierre Guénard en signe les textes substantiels. Les conquêtes, premier album de Radio Elvis, est sorti le 1er avril chez PIAS, deux maxis l'ayant précédé: Juste avant la ruée (2013) et Les moissons (2015).

Au Métropolis le 15 juin, en première partie de Louise Attaque; sur la scène Loto-Québec le 16 juin, à 22h.

MHD

Facile de prédire que MHD ne se produira plus gratuitement par la suite: son ascension est fulgurante depuis la sortie récente de son album homonyme. Le Vendéen Mohamed Sylla, fils d'immigrés guinéen et sénégalais, a intégré l'Afrique et l'Amérique noires tout en témoignant de cette culture française des banlieues. On applaudit d'emblée son alliage explosif de trap, de rap français, de styles ouest-africains, d'accroches contagieuses... et on ne s'étonne pas qu'Angélique Kidjo et Fally Ipupa y prennent le micro. Sait-on si ce garçon de 21 ans supportera la pression? Chose sûre, nous avons ici les germes d'une superstar.

Sur la scène La Presse+ le 16 juin, à 21h et le 17 juin, à 23h.

Bagarre

Sous étiquette Entreprise, Bagarre n'a pas encore sorti son premier album et fait jaser en masse depuis la sortie de deux maxis. Ce quintette parisien s'inscrit dans la tradition synthwave d'Europe dont on observe la résurgence depuis quelques années. Très fort dans les accroches et l'intégration des sous-genres musicaux, Bagarre combine les chants au masculin et au féminin, avec des influx de house, de ghetto tech, dancehall et touches orientales. Textes léchés et voix délicates nous rappellent que nous sommes à Paris et nulle part ailleurs.

Sur la scène Loto-Québec le 17 juin, à 22h à l'Astral le 18 juin, à 19h30, en première partie de La Femme.

Laura Cahen

Originaire de Nancy, cette fille de psychiatres n'a que 25 ans et parvient d'ores et déjà à créer un répertoire de haute volée. Sa voix est identifiable dès les premières mesures, ses textes sont soignés et formellement singuliers, les mélodies et harmonies de son premier maxi ont été bellement habillées par l'excellent réalisateur Samy Osta (Feu! Chatterton). D'un folk chansonnier, Laura Cahen a pu ainsi passer à une pop de création qui s'annonce remarquable. On sent chez elle ce mélange probant d'hypersensibilité et d'envergure intellectuelle, la marque des artistes qui... marquent.

Sur la scène SiriusXM le 18 juin, à 19h.

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