Yes McCan: en franglais svp!

Pour Yes McCan, le nom d'artiste de Jean-François... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Pour Yes McCan, le nom d'artiste de Jean-François Ruel, la langue est d'abord et avant tout un véhicule de communication, et non la base première d'un projet de société.

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Le groupe post-rap Dead Obies a soulevé l'ire de commentateurs, l'an dernier à pareille date, en raison du franglais pleinement assumé de son album Montréal$ud. La bande à Jean-François Ruel, alias Yes McCan, sera en spectacle aux FrancoFolies lundi prochain, avant l'enregistrement devant public d'un nouvel album - inspiré par La société du spectacle de Guy Debord (!) - en octobre au Centre Phi.

J'avais envie de te parler de langue et de ce que ça signifie de chanter aux FrancoFolies. Un autre groupe de hip-hop montréalais, Loud Lary Ajust, a été écarté du gala de l'ADISQ parce que ses chansons ne comptent pas assez de mots en français. Tu réagis comment à ça?

Moi, l'ADISQ, je l'emmerde. Je ne lui reconnais pas de légitimité. Sa rengaine avec le rap québécois ne date pas d'hier. On parle de l'ADISQ, mais ça fonctionne comme ça partout. On a un membre qui s'exprime en anglais dans le groupe. S'il chante le refrain d'une chanson et que ce n'est pas en français, elle ne peut pas être subventionnée. S'il y a trop de chansons où il y a de l'anglais, l'album au complet ne peut pas être subventionné. Et s'il n'y a pas assez d'anglais pour que l'album soit considéré comme anglophone, c'est la même chose.

Trop anglais pour être considéré comme francophone, mais pas assez anglais pour être considéré comme anglophone...

Ça prend 51% de contenu anglophone pour être subventionné en anglais et 70% de contenu francophone pour être subventionné en français. Si tu entres dans la zone grise, tu n'as droit à rien, ni à l'ADISQ ni ailleurs. Quand tu constates tout ce qui est subventionné par l'État, du TV Hebdo aux chanteurs les plus populaires, tu te demandes pourquoi pas toi. Alors l'État est un peu en studio avec Dead Obies, en train de dicter ce qu'on a le droit et pas le droit de chanter. C'est une forme de censure. Ce sont des mesures que l'on a prises pour protéger notre culture qui deviennent un peu des barreaux.

Ce n'est pas seulement vous mais le hip-hop montréalais et québécois au complet qui se retrouve dans la zone grise des règles mathématiques...

C'est vraiment une mince partie du problème. Ça illustre à quel point des organismes comme l'ADISQ ne sont pas à jour et font douter de la mission qu'ils se donnent de soutenir la culture québécoise. On veut nous faire rentrer dans des petites cases.

Vous reprochez à l'ADISQ de ne pas bien jouer son rôle de vitrine. Mais vous n'en avez pas eu besoin. La controverse autour du franglais vous a fait connaître d'un plus large public. Davantage que votre participation à la finale des Francouvertes ou le succès de votre album, qui a été très bien reçu par la critique. Ç'a été un mal pour un bien, finalement. Ou il n'y a pas eu de mal?

Il n'y a pas vraiment eu de mal. On a eu la chance de faire valoir un point de vue dont on n'avait jamais vraiment discuté dans les médias. On a pu dire qui on était et d'où on venait. Après, l'opinion publique a parlé et ça nous a fait découvrir une nouvelle réalité que l'on ne soupçonnait pas. On n'est pas les premiers à utiliser le franglais. Il y a eu Muzion et Sans Pression bien avant nous. Peut-être que ça n'intéressait pas les médias parce que c'étaient des Haïtiens qui habitaient à Montréal-Nord? Un groupe de la banlieue à majorité blanche utilise aujourd'hui la même langue que Muzion dans les années 90 et, soudainement, ça choque...

C'est perçu par plusieurs comme une menace au français.

Les gars qui font les beats pour Loud Lary Ajust travaillent dans l'ombre pour de gros artistes américains. Si les gars rappaient en anglais, ils seraient au Brooklyn Fest cet été plutôt qu'au Festival de la poutine de Drummondville. On a une appartenance au Québec. Quand j'entends un «punchline» en québécois qui a la même musicalité, la même fluidité que Jay Z ou Kanye West mais qui parle d'une vedette locale ou d'un coin de rue de Montréal, ça me touche au coeur beaucoup plus.

Pourquoi Dead Obies a-t-il été au coeur de la controverse et pas un autre groupe?

Parce qu'on a décidé d'en parler et de répondre aux questions sur la langue, contrairement à d'autres. On a pris part au débat, donc il a pris de l'ampleur et on en est devenus les porte-parole.

Vous avez touché une corde sensible. L'anglais est considéré par certains, surtout chez les nationalistes conservateurs, comme la langue du Mal incarné. Tu restes conscient des risques d'assimilation, de la fragilité du français au Québec?

Pour certains, la nation passe d'abord par la langue. Pour moi, la langue est essentiellement un véhicule pour la pensée et la communication, même si c'est plus que ça. C'est empreint d'histoire et de culture. Mais de faire de cette langue-là ton projet de société, c'est se laisser avoir. Certains rêvent d'élire un grand sauveur qui fera du Québec un pays. Mais tu lui poses des questions sur ses politiques et il ne répond à rien. Que veut-il faire pour ceux qui n'ont pas d'argent? Créer des logements sociaux? Veut-il vendre nos ressources naturelles comme à l'époque de Duplessis? Ce sont ça, pour moi, les vrais problèmes. Ça me faisait plaisir dans ce débat de dire que la langue, ce n'est pas ma priorité...

Par volonté de provoquer?

Clairement. On connaît le pouvoir de la provocation. Eminem a lancé sa carrière comme ça.

J'ai écrit une chronique sur cette controverse qui m'a valu beaucoup de courrier de gens qui trouvaient que je minimisais la menace du franglais. Pour moi, la langue de Dead Obies, c'est une langue de création. Ce n'est pas une vraie langue. Le correspondant du Devoir à Paris, à l'origine de la controverse, prétend qu'il entend cette langue-là partout à Montréal. Je ne sais pas où il a entendu ça...

À Paris! J'ai essayé de commander un thé glacé à Paris. J'avais pas compris qu'il fallait dire «iced tea». Je vais te dire: il y a un franglais qui me choque et qui découle d'une forme d'assimilation. Quand j'entends des chansons pop québécoises avec des refrains en anglais plaqués juste pour vendre, ça me choque.

Parce que c'est une posture?

C'est une imposture! Tu le fais parce que tu as envie que des anglophones écoutent ta musique. Ce n'est pas du tout notre cas! On le fait par économie de mots, pour le style et l'esthétique, pour que la musique coule, pour le swag et pour le flow. Mais en français!

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