2010-06-17 11:02:00.000

Vulgaires Machins? Solide machine

Vulgaires Machins en spectacle dans le cadre des... (Photo: François Roy, La Presse)

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Vulgaires Machins en spectacle dans le cadre des FrancoFolies.

Photo: François Roy, La Presse

Alain Brunet
La Presse

En ce mercredi, il fallait renouer avec les Vulgaires Machins. Sans vouloir faire dans le jeunisme, laissons-nous tenter par le meilleur punk rock de la francophonie d'Amérique.

Il est 22 h au Métropolis, on travaille sur les lignes de côté. Juste au-dessus du parquet, question de refaire une beauté à son sens critique. Balancées en rafale, les trois premières chansons permettent de constater que les Vulgaires Machins constituent une solide machine. On n'est plus en train de s'esbaudir dans le garage en rêvant au grand soir, nul doute là-dessus.

Toutes les composantes de la forme sont maîtrisées comme il se doit, toutes les règles de l'art sont respectées. Les beats rapides de Patrick ne flanchent pas, les guitares de Guillaume et Marie-Ève sont grattées avec l'aplomb nécessaire, la basse de Maxime assure. Les chanteurs font leur travail, trouvent leur vraie force lorsque leurs voix s'unissent. Joli couple de riffers que forment Guillaume Beauregard et Marie-Ève Roy.

Je sais qu'il se trouve encore une légion de fans québécois du genre ayant encore du mal à admettre qu'une formation locale, francophone de surcroît, ait acquis une telle compétence. Une telle stature. Il leur faudra réviser leur position, foi de quinqua.

Presque complet, Pointer l'orage, Être un comme, voilà qui donne le ton. Et les VM haussent le ton, passent en vitesse grand V. Un peu plus fort est effectivement... un peu plus fort. Et de tempo aussi rapide. On est en voiture pour un plaidoyer en faveur de la légalisation des drogues dures: Héroïne. S'ensuit La chasse est ouverte. Croyez-moi, ça rentre au poste.

Après s'être moqué de la chroniqueuse vedette Rebecca Makonnen (retour d'ascenseur, semble faire valoir le chanteur), après s'être enquis de l'humeur des fans au balcon, on incite l'auditoire à chanter a cappella Triple meurtre et suicide raté d'un père de famille décidément loser, le tout coiffé d'une séquence instrumentale.

Et puisqu'on ne peut «réformer le système» pourquoi pas détruire Le mythe de la démocratie et opposer en rimes Noam Chomsky, intello emblématique de la dissidence américaine, et Wayne Grestzky, précédé de Julie Snyder et de LCN? Et puisque, tant qu'à rocker à gauche du cadran, pourquoi pas une charge bien sentie contre les médias, entonnée de concert avec le chanteur des Sainte Catherines, qui assuraient la première partie? «Je suis abonné au Journal de Montréal/Je suis comme un puits sans fond...» Ne demandez surtout pas à La Presse de commenter!

Et voilà qu'on dégueule sur la cuisine post-industrielle, Texture qui s'mange est reprise avec ferveur par les fans du parterre. Tant qu'à y être voilà un «spécial dédicace, pour Molson, Vidéotron, Admission...», question d'annoncer Parasites, la chanson qui suit... et qui ne ménage pas l'économie de la pop culture «Nous sommes la crosse du siècle/Nous sommes l'industrie du disque/Ce qu'on a payé 3,07 $ /On vous le vend 30,58 $...» Idéal pour le prochain gala de l'ADISQ!

Après Longer les murs, Marie-Ève nous emmène en région, «entre Roberval et Trois-Pistoles», «à 500 kilomètres de glace noire», là où «ça sent le chômage et l'alcool.» Plus rock, moins punk dans la facture musicale, voilà une des très bonnes chansons de cet encore récent Requiem pour les sourds - dont le groupe aura interprété près d'une dizaine de titres.

Avant les rappels, les fans auront droit à une rafale de « vieux » titres des Vulgaires Machins, servis en toute vélocité - Dieu se pique, Pop Corn, Papotinage, Bad Piston, Un vote de moins, Mourir au bout d'une corde, etc.

Critiqué ouvertement par Marie-Ève (avec le sourire), Guillaume nous aura annoncé le programme exact du dernier droit, le groupe nous aura fait Mourir pour le système et se sera appliquée à Compter les morts. Les rappels s'ensuivront.

Ne comptez surtout pas sur le vieux chroniqueur pour suspecter quelque manichéisme chez les Vulgaires Machins. D'y voir une lucidité un peu carrée, une dissidence un peu juvénile qui a pourtant son lot de vérité et de sagesse. D'y lire une poésie chansonnière trop collée sur sa position éditoriale. D'estimer que cette pierre à l'édifice progressiste ne comble qu'une infime parcelle du vide actuel. Et, tout compte fait, qu'un tel sens critique, une telle punkitude manque cruellement à notre culture d'extrême-centre... qui penche dangereusement à droite par les temps qui courent.

Il va sans dire, autant de remarques paternalistes seraient vachement déplacées...

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