Yael Naïm: vivre à fond

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Entre deux engagements en France, où elle a été sacrée pour la deuxième fois artiste féminine de l'année aux Victoires de la musique, Yael Naïm revient au Québec en coup de vent le temps de deux concerts.

On a connu la chanteuse franco-israélienne par la chanson New Soul, assez accrocheuse pour être associée à une pub d'Apple, et pourtant extraite d'un album plutôt mélancolique. Son disque suivant, She Was a Boy, qui lui a valu une première fois la consécration suprême aux Victoires de la musique, était plus rythmé, plus libre.

Son plus récent album, Older, est encore plus éclaté, inspiré par la naissance de la petite fille qu'elle a eue avec son compagnon de vie et de musique, David Donatien. Ça s'entend dans presque toutes les chansons de ce disque, et pas uniquement dans l'entraînante Make a Child qui évoque les bouleversements dans la vie d'une nouvelle mère.

«Je me suis toujours juré de ne pas être de ceux qui écrivent "mon enfant, c'est merveilleux", dit en riant Yael Naïm, jointe en France. Tout le monde fait des enfants, il ne faut pas en faire une histoire! Mais de voir cette créature qui vient de naître, ça m'a fait prendre conscience du temps qui passe et des choix que j'ai faits dans la vie.»

Profiter de tout

Cet album, ajoute-t-elle, correspond à une période de transition marquée par cette naissance, mais aussi par la mort de sa grand-mère: le décor sonore de la très belle Meme Iren Song a été enregistré au cours de la réunion familiale un an après son décès.

«Tout est éphémère et ça m'a donné envie de vivre à fond et de profiter davantage de tout ce que j'ai», dit la chanteuse qu'on verra ce soir au Festival d'été de Québec et lundi au National dans le cadre de Nuits d'Afrique.

Cette volonté de profiter du moment présent s'est manifestée dans l'invitation qu'elle a lancée à Brad Mehldau de jouer avec elle une autre version de sa fort belle chanson Coward qui s'est retrouvée sur un mini-album paru l'an dernier. En lieu et place des choeurs élégiaques d'adultes et d'enfants de la version d'origine sur l'album Older, le piano du jazzman accompagne magnifiquement la voix de la chanteuse.

Quand elle a vu Mehldau en concert, Yael Naïm a craqué pour son talent d'improvisateur et a tout de suite eu le fantasme qu'il joue sur sa chanson.

«On s'est retrouvés dans un studio à Amsterdam à jouer ce morceau ensemble huit fois, raconte-t-elle. Je n'avais pas envie de m'arrêter parce que la première version était incroyable, la deuxième aussi, mais complètement différente. Chaque version ouvrait sur quelque chose d'autre. C'était vraiment une rencontre axée sur le jeu et l'émotion de partir ensemble quelque part.»

Libérer la voix

Sur son nouvel album, la chanteuse en elle libère sa voix encore plus qu'elle ne le faisait sur disque par le passé.

«Avant, j'enregistrais souvent seule dans mon studio et j'avais un rapport intime avec mes chansons, explique-t-elle. Mais quand on chante en tournée, il faut projeter vers les gens. Je pense que j'avais peur que ce ne soit pas parfait ou de lâcher le contrôle dans ma vie en général. David [Donatien] l'a remarqué et il me l'a dit plusieurs fois: "Laisse-toi aller, arrête d'essayer de tout contrôler". »

À la dernière cérémonie des Victoires, dédiée aux victimes des attentats parisiens du 13 novembre, l'émotion de Yael Naïm était palpable quand elle a chanté Dream In My Head en s'accompagnant au piano, entourée de ses musiciens et d'un orchestre.

Ce soir-là, elle a remercié la France qui l'avait accueillie 15 ans plus tôt et a exprimé le souhait «qu'on reste tous ouverts à l'autre».

«Affronter la différence, ça fait partie de mon quotidien. Quand tu es juif ou israélien, c'est une question qui se pose: qu'est-ce que tu fais face à la différence?»

«Le poids de l'histoire est tel que, très jeune, beaucoup grâce à la musique, j'ai eu envie d'embrasser la différence, de voyager, de connaître plein de cultures, affirme la chanteuse. J'étais curieuse - ­et je le suis toujours - de connaître ce qui existe à l'extérieur de moi-même, de comparer et de changer des choses chez moi en allant les prendre ailleurs pour en faire un mix.»

Il est également question dans Dream In My Head d'enfants qui jouent avec des fusils. Ce n'est pas uniquement la réalité des enfants-soldats qui a inspiré cette chanson à la nouvelle maman.

«Un gamin de 18 ans - l'âge auquel le service est obligatoire dans certains pays - n'a pas encore une conscience politique ou une conscience tout court assez développée, dit-elle. C'est incroyable qu'on lui demande d'aller à la guerre. Moi aussi j'ai dû passer par là [NDLR: le service militaire en Israël]. À l'époque, je me disais "tout le monde le fait", mais on me l'aurait demandé cinq ans plus tard et j'aurais fait autre chose. Heureusement, je n'ai rien fait de dangereux ni de méchant. J'ai été chanceuse, mais j'ai des copains qui ont eu un peu plus de contacts politiques et qui ne l'ont pas fait.»

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Sur la place d'Youville ce soir, 21h10, au Festival d'été de Québec; au National lundi, 21 h, dans le cadre du festival Nuits d'Afrique.

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