Glasper brillant et cabotin, The Bad Plus et Redman à la hauteur

Robert Glasper n'est pas là pour se prendre... (PHOTO DENIS ALIX, FOURNIE PAR LE FIJM)

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Robert Glasper n'est pas là pour se prendre la tête ni pour nous la faire prendre à deux mains. Il préconise un concert débridé à l'intérieur duquel émerge sa science, c'est-à-dire sa vision inédite du clavier, son jeu mirobolant et les référents stylistiques qui animent son formidable trio.

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Dimanche soir, les 75 minutes passées au Monument National devant le trio acoustique de Robert Glasper pouvaient laisser perplexe. Il faut néanmoins souligner le soutien massif des fans présents au concert, très majoritairement conquis par tout ce que le surdoué a joué... et dit. Car il en a dit des choses, le mec. De cet humour typiquement afro-américain, de ces caricatures de l'hôte démesurément sensuel et autre pans de désinvolture, on a bouffé des tranches épaisses.

Pour détendre l'atmosphère? À l'évidence, Robert Glasper n'est pas là pour se prendre la tête ni pour nous la faire prendre à deux mains. Il préconise un concert débridé à l'intérieur duquel émerge sa science, c'est-à-dire sa vision inédite du clavier, son jeu mirobolant et les référents stylistiques qui animent son formidable trio.

Depuis les débuts de sa carrière, d'ailleurs, il en est ainsi. Glasper peut cabotiner, se permettre tous les brouillons, laisser l'impression d'un artiste mal préparé, au-dessus de ses affaires. Paradoxalement, le présent et l'avenir du clavier jazz finissent immanquablement par émerger de ces sparages parfois incohérents, apparemment trop légers pour ce qu'ils nous réservent. Inutile de répéter qu'une minorité de mélomanes s'en formalise. Les autres s'amusent ferme, y voient l'expression d'un bon vivant excluant toute prétention.

Ainsi on aura droit à un flot de reprises comme le suggère l'album Covered, paru récemment sous étiquette Blue Note. Robert Glasper aura même débordé du corpus initial, suggérant d'abord une jazzification de Sign O' The Times, grand cru de Prince comme on le sait, suivi de plusieurs pièces de son nouvel opus dont Got Over, assortie de commentaires autobiographiques du grand Harry Belafonte. On aura goûté de nouveau son style pianistique pour le moins fabuleux, ces grappes de phrases ultra-rapides qu'il couche sur des rythmes jazzo-hip-hop que déploie sa section rythmique - le batteur Damion Reid et le contrebassiste Vicente Archer.

Allongée devant public, la pièce In Case You Forgot illustrait bien le paradoxe Glasper: pendant une longue improvisation, le pianiste a cité une pléthore de thèmes et mélodies apparemment disparates. Y ont été évoqués Thelonious Monk, Duke Ellington, John Coltrane, Coleman Hawkins mais aussi Bonnie Raitt et Cyndi Lauper. Enfin... Peut-être fut-ce mieux ramassé pendant le reste de ce concert qu'il fallut rater pour se rendre au Théâtre Maisonneuve, afin d'assister au décollage de The Bad Plus et Joshua Redman.

Et le vol fut idéal! Sans perturbations, sans irritants, sans anicroches. Pur ravissement que le répertoire de ce nouvel album (The Bad Plus Joshua Redman, étiquette Nonesuch), gracieuseté d'un trio acoustique toujours spécial après une quinzaine d'années d'activités et plus encore: meilleur avec la collaboration du saxophoniste vedette.

Tant sur le plan de l'exécution que de la conception, ces quatre musiciens ont créé un véritable quartette, ce qui dépasse les attentes normalement créées par la réunion d'un tel assortiment de pointures. Dans ce contexte, l'écriture et le jeu de Josua Redman (The Mending, notamment) s'inscrivent dans l'esthétique de The Bad Plus tout en maintenant intacte son identité de compositeur. Celle de ses collègues s'en trouve étoffée, qu'il s'agisse du contrebassiste Reid Anderson (As this Moment Slips Away, Lack the Faith But Not The Wine, Dirty Blonde), du pianiste Ethan Iverson (Countyt Seat, Faith Through Error) ou du batteur David King (Beauty Has It Hard).  Wow et re-wow.

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Tant sur le plan de l'exécution que de la conception, les quatre musiciens de The Bad Plus et Joshua Redman ont créé un véritable quartette, ce qui dépasse les attentes normalement créées par la réunion d'un tel assortiment de pointures.

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Nouveau cycle de Christian Scott à l'Upstairs

La virée de cette soirée dominicale avait commencé à l'Upstairs: Christian Scott y sévissait carrément. Depuis la sortie de son double CD, Christian aTunde Adjuah, paru en 2012, ce musicien flamboyant et déterminé a complété un cycle un cycle de création et en a amorcé un nouveau.  Et c'est ce à quoi il nous conviait hier et aussi ce soir.

Le trompettiste compte d'abord sur un nouveau groupe: la flûtiste Elena Pinderhughes, saxophoniste alto Braxton Cook, le contrebassiste Luques Curtis, le batteur Joe Dyson, tous d'excellent niveau. Ainsi, le leader ne compte plus sur le guitariste et compositeur Matthew Stevens, qui fut important pour lui dans la construction de son identité musicale.

Alors? Le premier et présenté à l'Upstairs laissait peut-être croire que le nouveau son de Christian Scott est plus... ancien. Jazz latin, jazz modal, hard bop, jazz noir en vogue au tournant des années 60, free-bop des années 70-80... le tout laqué à la manière d'aujourd'hui. La ferveur et l'impétuosité du jeu des musiciens actualisent ce classicisme, ce qui nous mène à passer un très bon moment avec de superbes interprètes et improvisateurs.

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