Le dixieland post-industriel de Too Many Zooz

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Nos articles sur le Festival de jazz de Montréal. »

Too Many Zooz propose une sorte de dixieland post-industriel, en ce sens que ses trois praticiens retrouvent la candeur et la spontanéité du jazz primitif, ce plaisir de jouer dans la rue, dans les parcs ou sur les quais de métro. À la manière des fanfares et des amuseurs publics, ils peuvent aussi retrouver ce plaisir sur scène, et c'est ce qui risque fort de se produire à leur première escale montréalaise.

Matt Doe, trompette, Leo Pellegrino, saxophone baryton, et David «King of Sludge» Parks, percussions, se plaisent à nommer leur musique brass house.

«Nous avons choisi cette étiquette parce que nous ne nous sentions proches d'aucune. Ce brass house est notre affaire, et cette affaire désigne davantage une approche du jeu qu'un style en tant que tel. Cette approche est démocratique: tous y ont une voix égale, ces voix se trouvent ensemble dans la musique, la conversation est vraiment collective», explique Matt Doe, joint aux États-Unis il y a quelques jours.

Ainsi donc, Too Many Zooz déroge des pratiques courantes de la musique instrumentale.

«Les ensembles de jazz moderne, soutient le trompettiste, prévoient depuis longtemps introduction, pont et conclusion entre lesquels chaque solo dure plusieurs minutes. Ce que nous essayons plutôt de faire renvoie au jazz primitif, même à l'époque où les solistes avaient pris de l'expansion - à commencer par Louis Armstrong. Les improvisations individuelles duraient alors moins d'une minute et le jeu de chaque interprète était lié intrinsèquement au thème mélodique.»

Musique d'aujourd'hui

Un siècle plus tard, ce que préconise Too Many Zooz consiste à improviser une chanson explosive, éruptive, de laquelle se dégage une grande énergie. Il y a aussi ce désir de déserter la sphère académique.

«David a étudié la percussion ouest-africaine, aux États-Unis comme en Afrique. Il a ensuite créé sa propre batterie: grosse caisse de fanfare, cloches, bloc de bois, petite cymbale, etc. Leo et moi nous connaissons depuis l'adolescence, nous avons tous deux étudié le jeu de nos instruments à la Manhattan School of Music. Or, nous n'y avons jamais appris comment la musique se vit aujourd'hui.» 

«Tant de musiciens des années 70 et 80 enseignent dans ces facultés universitaires et sont déconnectés de la réalité d'aujourd'hui. Ils ne savent évidemment pas ce que les jeunes écoutent sur Instagram, Facebook ou YouTube», explique Matt Doe.

On comprendra que les musiques populaires actuelles ont aussi traversé ce brass house. «Leo et moi avons passé le plus clair de nos vies étudiantes dans les conservatoires, nous avons été immergés de jazz moderne et de musique classique, mais... hors de l'école, nous écoutions du hip-hop et du rock. Personnellement, je suis fan fini de tout le répertoire du producteur Rick Rubin, le hip-hop des années 90, Tupak et Notorious B.I.G. J'aime aussi la musique électronique depuis les années 90 et 2000, le UK garage, le dub et le dubstep. J'ai moi-même créé de la musique sur mon ordi, je crois que cette ambiance festive du plancher de danse rejaillit dans la musique de Too Many Zooz.»

Plus précisément, notre interviewé décrit l'instrumentation. «Nous sommes essentiellement acoustiques, mais nous utilisons des pédales d'effet et il arrive que je greffe des sons électroniques avec mon ordi. David peut aussi augmenter la puissance des rythmes avec quelques compléments électros. Mais il ne s'agit aucunement de l'imitation acoustique d'un style électronique ; nous avons notre propre langage avec nos propres règles formelles, notamment la montée d'intensité ou la baisse de tension.»

Genèse

Avant d'émerger dans le circuit international, Too Many Zooz a été un band absolument souterrain Matt en refait courtoisement la genèse.

«David et Leo jouaient dans le même groupe. Ils ont sympathisé et se sont mis à faire des duos dans le métro. Leo était alors mon coloc, il m'a suggéré de me joindre à eux un matin et... nous y avons joué ensemble quotidiennement pendant deux ans, soit à la station Union Square, dans Manhattan. À force de jouer en improvisant, des chansons ont pris forme, notre langage s'est précisé, nous avons trouvé des stratégies de création. Notre carrière a ainsi démarré.»

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Ce soir, à 21 h, sur le quai de la station L'Astral.




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