Clôture du 37e Festival de jazz: petit train va loin...

Malgré une météo incertaine, soit un plafond bas... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Malgré une météo incertaine, soit un plafond bas et une température au-dessous de la normale, la place des Festivals s'est progressivement remplie.

Photo Bernard Brault, La Presse

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L'événement spécial de clôture du 37e Festival international de jazz de Montréal était de nature ferroviaire. Le bassiste et compositeur montréalais Érik West peaufine son West Trainz depuis plusieurs années, il n'a cessé d'y greffer de nouveaux itinéraires travers le globe et, il va sans dire, des musiques inspirées de tous ces territoires parcourus sur rail. Voilà, grosso modo, le concept.

L'événement spécial de clôture du 37e Festival international... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 1.0

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Photo Bernard Brault, La Presse

Qui plus est, Erik West a inventé des instruments afin d'étoffer sa lutherie et ainsi construire un spectacle très ambitieux, à géométrie et configuration variables. On en a vu et entendu la version ambulante pendant tout le FIJM, la boucle était bouclée hier par un vaste spectacle multi-média, avec enregistrements audio et projections s'ajoutant à la performance des artistes en chair et en os. 

Malgré une météo incertaine, soit un plafond bas et une température au-dessous de la normale, la place des Festivals s'est progressivement remplie mais est restée clairsemée vers la rue Sainte-Catherine. On imagine qu'il fallait être assez près de la scène principale pour bien saisir ce spectacle touffu, complexe, pas facile à faire décoller. La foule fut néanmoins attentive, respectueuse, elle s'est laissée gagner sans que l'on puisse conclure à l'euphorie.

Au programme de West Trainz, des musiques simplement conçues, mais très diversifiées stylistiquement. On imagine la charge de travail énorme exigée pour que tout se tienne! Autour du bassiste et concepteur de ce vaste chantier, on a entendu le trompettiste Charles Imbeau (aussi au melodica), le guitariste, harmoniciste et chanteur Olaf Gundel, le percussionniste Pascal Racine-Vennes la clavéiériste et bidouilleuse Martine Crispo, noyau auquel se sont joints des « invités de première classe ».

Jordan Officer est venu jouer un blues des faubourgs, le saxophoniste baryton Charles Papasof a été le soliste d'un zydeco blues à la Clifton Chénier, assisté du bouillonnant Charles Imbeau au cornet. On a enchaîné avec une musique instrumentale inspirée du continent noir, sorte d'afrobeat saharien. Après quoi Emilie-Claire Barlow est venue interpréter Nuages de Django Reinhardt, son chant fut ponctué d'un solo de guitare signé Jordan Officer. Un peu plus tard, c'était l'évocation du trans-sibérien, puis du train japonais à haute vitesse.

Lorsque l'Afro-Louisianais Willie West s'est amené sur scène et a interprété Night Train et Waiting at the Station, l'atmosphère a gagné quelques degrés. Aguerrie dans le répertoire québécois, notre Brésilienne Bïa nous a fait monter dans le Train du Nord, et ce fut finalement l'incontournable Locomotion, entonnée par Annick Brémault. 

Petit train va loin...

L'... (PHOTO Benoît Rousseau pour le Festival international de jazz de Montréal) - image 2.0

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PHOTO Benoît Rousseau pour le Festival international de jazz de Montréal

Bellflower, le jazz au service de l'indie

Sans les arrangements, sans cette instrumentation, sans ces musiciens, que seraient les chansons de Bellflower? Ces chansons seraient considérées comme faisant partie du vaste corpus indie pop, tel qu'on l'observe depuis une quinzaine d'années. Et on passerait au prochain sujet.

Mais voilà, c'est l'environnement sonore qui fait toute la différence entre une chanson bien construite et une chanson qui se démarque de la mouvance générale - sauf pour un air portant un grand texte. Et c'est ce qu'a pigé Émilie Pompa, auteure d'expression anglaise, compositrice et chanteuse de Bellflower,  une artiste sur laquelle il faudra désormais compter.

À l'écoute de cette prestation de Bellflower donnée dimanche au Savoy du Métropolis, on pourrait qualifier ce corpus d'indie, mais traversé par le folk, le prog, le space rock et... le jazz. Et c'est l'argument jazz qui fait la différence dans le cas qui nous occupe. La voix douce et cendrée de la chanteuse se déploie dans un cadre orchestral riche, étoffé, assez spécial : claviers du jazzman Jérôme Beaulieu, batterie de William Côté, saxophones d'Alex Dodier et Félix Petit, trompette de Nicolas Boulay, basse et synth basse de Jérémie Roy, choeurs et percussions de Kathryn Samman, guitare acoustique et percussions d'Em Pompa.

À l'évidence, le jazz est au service de l'indie.

Les mélodies sont belles et incarnées,  les arrangements vocaux carrément magnifiques et c'est idem pour l'amalgame des claviers, électronique, anches et cuivres. Ne manque pas grand-chose pour que l'on puisse conclure à un cas d'exception. En attendant que cela se produise, on peut écouter les albums The Season Spell et The Lotus Factor, signés Bellflower.

Aaron Parks et ses aînés, calme et volupté

En trio acoustique, l'excellent pianiste Aaron Parks, 32 ans, semblait s'adapter à l'expérience et la sagesse jazzistique de ses aînés : le quinquagénaire Ben Street, contrebassiste, et le septuagénaire Billy Hart, batteur. Impressionniste, elliptique, il semblait rechercher hier le calme et la volupté plutôt que la fougue et la passion dont on le sait capable.

Était-ce l'ambiance de fin de festival?

Les compositions et standards au programme concouraient à cet état d'esprit introspectif, bien-être sonore magnifié par des harmonies ouvertes, des phrasés subtils et délicats, des tempos lents ou moyens. Quelques salves pianistiques pouvaient parfois être déclenchées au milieu de ces étendues introspectives où même le swing de la section rythmique semblait vachement zen.

Tout ça était très beau, mais quelque peu monochrome.

Où en est Emie R Roussel?

Le trio de la pianiste Emie R Roussel rentrait à peine du Japon qu'il se retrouvait hier sous les feux du 37e FIJM, plus précisément à L'Astral pour ainsi clore la série Jazz d'ici.

Assez rapidement, faut-il le rappeler, elle s'était imposée parmi les Révélations Radio-Canada, pour ensuite remporter un Félix de l'album jazz de l'année à l'ADISQ en 2015, c'est-à-dire l'opus Quantum dont elle a interprété hier une part congrue de la matière en plus de puiser dans ses enregistrements précédents et de jouer des inédites.

Où en est la jazzwoman en 2016?

Si l'on s'en tient à la qualité du jeu individuel, à la cohésion des interprétations, à la qualité du dialogue, et à de l'esprit jazz qui se dégage de tout ça, on peut dire que ce trio ne cesse de gagner en maturité, sans pour autant s'approcher des plus hauts standards de la profession. On parle ici des standards internationaux que vise certainement Emie R Roussel, jeune professionnelle qui a de très hautes aspirations. 

Côté jazz keb, elle n'en demeure pas moins l'une des meilleures musiciennes de sa génération. Belle attaque au piano, belle articulation, beau sens rythmique. Se dégage de son clavier un son puissant lorsqu'il est question de faire monter les enchères. Ses interlocuteurs sont de même niveau : le bassiste et contrebassiste Nicolas Bédard et le batteur Dominic Cloutier assurent un impeccable soutien à la pianiste. On note d'ailleurs avec plaisir que la batteur a ajouté de nouveaux rythmes inspirés des batteurs tels Kendrick Scott, Chris Dave et autres Marcus Gilmore.

Quant aux choix stylistiques, ils se situent dans une mouvance qui part d'Esbjorn Svensson Trio et qui se rend immanquablement à Robert Glasper, encore considéré aujourd'hui comme LA référence  du piano jazz mâtiné de R&B et de hip hop. Que faire ensuite? Élever le jeu encore plus hait , élever l'écriture, trouver des angles encore plus personnels, ceux qui font la différence.

Tout est encore possible pour le trio d'Emie R Roussel. Ces très bons musiciens on toute la vie devant eux mais... qu'ils gardent à l'esprit que la vie se passe beaucoup plus vite que prévu.

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