La virée d'Alain Brunet: Cory Henry déchaîné!

Cory Henry s'entoure de synthés, orgue et piano... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE )

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Cory Henry s'entoure de synthés, orgue et piano lors de ses concerts, comme hier au Gesù.

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Le Festival international de jazz de Montréal

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Le Festival international de jazz de Montréal

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Tout au long du Festival de jazz, notre journaliste parcourt les différentes scènes et nous offre un compte rendu des spectacles qui ont retenu son attention.

Il était 22h30 au Gesù, c'était à peu près plein pour The Revival Project de Cory Henry, dont la réputation de claviériste a gagné la taille extra large lorsqu'il s'est joint au groupe Snarky Puppy, il y a quelques années.

Or, cette fois, le New-Yorkais était devant ses fans pour y défendre son projet solo dont l'objet essentiel est d'exprimer l'ensemble de ses goûts musicaux, sa propre vision, son monde. Plus précisément, Cory Henry trippe funk, jazz, groove, hip-hop, blues, gospel, sans hiérarchie des genres. Il provient d'une tradition, d'une culture urbaines, d'une communauté afro-américaine typique des quartiers populaires new-yorkais. Ça se sent et ça s'entend.

Il restait moins d'une heure et demie avant the Fourth of July qu'il nous jouait Amazing Grace, une version qu'on n'entendra certes pas aujourd'hui dans les arénas et les stades au sud de la frontière. Son batteur TaRon Lockett a eu tôt fait de se joindre à lui, le party était pris dans la cabane. Les fans intervenaient, répliquaient aux propositions venues de la scène, se mettaient à chanter avant qu'on le leur suggère.

Cory Henry ne trébuche pas dans les fleurs du tapis, il peut partir sur un blues et bifurquer sur une version bien sentie de Sir Duke de Stevie Wonder pour ensuite se diriger vers D'Angelo et chanter « How does it feel... » à gorge déployée.

Lorsqu'il use de l'orgue Hammond B3, le musicien a tôt fait de sortir des phrasés typiques de cet instrument qu'il joue depuis la prématernelle. Fan de claviers, il s'entoure de synthés, orgue et piano, préconise une performance débridée, un tantinet hirsute mais ô combien efficace au bout du compte. On comprendra qu'il peut parfois abandonner toute réflexion et laisser parler son inconscient.

Déchaîné, je vous dis.

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Le pianiste Tord Gustavsen présentait hier son spectacle... (Photo Olivier Jean, La Presse) - image 2.0

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Le pianiste Tord Gustavsen présentait hier son spectacle au Monument-National avec la chanteuse Simin Tander.

Photo Olivier Jean, La Presse

Tord Gustavsen: recueillement d'un autre type

Le Norvégien Tord Gustavsen ne m'est jamais apparu comme un pianiste de la haute voltige, mais plutôt comme un musicien de très bon goût, imaginatif, de surcroît excellent directeur artistique. Son plus récent projet n'est pas le moindre: de concert avec la chanteuse Simin Tander et le batteur Jarle Vespestad, il a lancé en janvier dernier l'opus What Was Said, sous étiquette ECM.

Présenté au Monument-National, le répertoire de What Was Said - avec quelques ajouts inédits - se déploie lentement, doucement, dans une atmosphère de recueillement et d'introspection. Idéal pour une soirée dominicale.

Les mélodies vocales y sont empreintes d'une gravité mystique, les accompagnements du piano et de la batterie y sont très délicats, discrètement traversés par des vapeurs électroniques. Il faut bien sûr être prêt à se laisser porter par autre chose que la technique et la complexité instrumentale.

Le répertoire de What Was Said réunit des chants soufis, des chants traditionnels scandinaves et des musiques originales de Gustavsen, interprétés en langues pachtoune, anglaise et norvégienne. Fille d'un journaliste afghan et d'une enseignante allemande, Simin Tander y dévoile une expressivité très particulière, tant sur la variété des timbres, de l'usage de la respiration en tant que composante musicale ou encore des sons subtils qu'elle suggère en guise d'improvisations.

Voilà un projet fondé sur des musiques ancestrales, très chargées culturellement et mystiquement, auxquelles le pianiste et compositeur ajoute des compositions imaginées dans le même esprit. Pour certains, tout ça peut paraître nouvel-âgeux, mystico-pété, aux limites de la fumisterie... mais il n'en est rien: les arrangements, les environnements électros, les improvisations de chacun captivent l'esprit et investissent le corps entier.

Recueillement transculturel, recueillement d'un autre type...

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Le pianiste Kenny Barron se produisait avec le... (Photo Olivier Jean, La Presse) - image 3.0

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Le pianiste Kenny Barron se produisait avec le guitariste Lionel Loueke au Gesù, hier soir.

Photo Olivier Jean, La Presse

Kenny Barron et Lionel Loueke: duo... classique

Nous sommes arrivés à ce stade où les Prix Miles-Davis qui seront décernés à l'avenir par le FIJM n'honoreront plus des superstars du jazz, sauf exception. La décroissance du rayonnement de ses meilleurs artistes étant ce qu'elle est depuis les années 90, nous voilà en toute intimité au Gesù en ce dimanche soir, devant le lauréat de la plus prestigieuse récompense montréalaise accordée à un musicien pour sa contribution exceptionnelle au style.

«Nous voulions toujours écouter le prochain album de Miles», aura courtoisement confié Kenny Barron, visiblement honoré par cette attribution, avant de démarrer la deuxième partie de cette série Invitation destinée aux jazzophiles les plus fervents.

Le pianiste septuagénaire nous apprend alors qu'il a connu Lionel Loueke à l'institut Thelonious-Monk et, comme la plupart de ses collègues, il avait trouvé exceptionnellement doué ce guitariste et chanteur béninois. La rencontre entre les deux musiciens démarre avec Phantoms, ballade du pianiste via laquelle Loueke duplique vocalement une improvisation guitaristique assortie d'éléments percussifs. Très beau.

Grand spécialiste de Thelonious Monk (on se souvient de la formation Sphere à laquelle il participait et qui s'inspirait essentiellement du génial compositeur), Barron a conçu des arrangements sur mesure pour un dialogue substantiel avec Loueke, échelonné sur trois pièces: We See'Round Midnight et Blue Monk en fin de programme.

Féru de musiques afro-caribéennes, le pianiste a prévu avec rigueur une autre conversation sur un standard de Sonny Rollins, inspiré comme on le sait d'un chant traditionnel: St. Thomas.

Une magnifique improvisation jazzo-africaine précède Rain, une composition de Kenny Barron jouée en solo, puis les deux compères se retrouvent sur le standard Softly, As In A Morning Sunrise, et ainsi de suite jusqu'à Footprints de Wayne Shorter et Body & Soul de Johnny Green, bellement remodelées.

Une fois de plus, le pianiste vétéran se sera présenté comme le styliste de ce qui a été inventé par d'autres. L'invitation d'un guitariste plus singulier que lui, toutefois, aura équilibré la donne d'un programme... classique.

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