Bobby Bazini et Booker T. Jones: les improbables complices

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Il est né à Memphis et, à 70 ans bien comptés, il peut se vanter d'avoir joué avec Otis Redding, Wilson Pickett, Neil Young et Willie Nelson. Son nouvel ami n'a que 26 ans, il vient de Mont-Laurier et, contre toute attente, il chante comme s'il était né lui aussi à Soulsville, USA. Booker T. Jones et Bobby Bazini proviennent de deux mondes fort différents, et pourtant ils se sont connus sur le terrain de la musique.

Dès que Booker T. Jones est arrivé à son hôtel montréalais hier soir, Bobby Bazini s'est levé pour aller serrer la pince du géant de la musique américaine qui a joué sur son deuxième album, Where I Belong, en 2013. En apercevant son jeune ami québécois, Booker T. s'est fendu d'un grand sourire et il l'a aussitôt présenté à sa femme, qui est également sa directrice de tournée. «Moi aussi, ma blonde est ma directrice de tournée», lui a dit Bobby en souriant.

Booker T. Jones, qui a joué avec les plus grands et qui a dans ses cartons des musiques bien à lui, créées avec les MGs, de véritables classiques, de Green Onions à Melting Pot, montera sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier ce soir avant de céder le plancher à Bazini. Il n'est pas impossible qu'ils jouent une chanson ensemble s'ils trouvent le temps de la répéter.

C'était hier la première fois qu'ils se revoyaient depuis qu'ils ont passé trois jours en studio à enregistrer une dizaine de chansons de Bazini à l'automne 2013. Booker T. Jones a été le premier musicien convoqué en studio par le réalisateur Larry Klein après qu'il eut entendu les chansons de Bazini jouées simplement à la guitare acoustique. Sans se douter que Bazini posait sa voix sur un orgue en spectacle, Klein a fait appel à celui dont le nom est indissociable de l'orgue Hammond 3.

«C'était rafraîchissant, Bobby avait de bonnes chansons RnB, uniques, originales comme je les aime. L'ambiance était très décontractée, se souvient Booker T., évoquant leur première rencontre. J'étais heureux de voir que Bobby s'inscrivait dans la tradition de plusieurs gens avec qui j'ai travaillé: de bonnes chansons, de la bonne musique et beaucoup de variété. C'est peut-être improbable, un chanteur soul qui vient du Canada, mais c'est cool. Bobby s'est évidemment fait lui-même. Peut-être tes parents écoutaient-ils de la musique?

- Oui. Papa était un grand fan de musique country, Hank Williams et tous les autres.

- Moi aussi.

- Quand mes parents se sont séparés, j'ai déménagé chez ma grand-mère qui avait des vinyles de Johnny Cash, de Motown et de Stax. C'est là que j'ai connu ça. »

Pour Booker T. Jones, s'inscrire dans la tradition soul n'empêche en rien Bobby Bazini de trouver sa propre voix. «Otis [Redding] a dû faire ça lui aussi. Il a dû se démarquer de Sam Cooke, de Little Richard et trouver Otis en lui.»

Bazini, dont Otis Redding est le chanteur préféré, demande à Booker T. comment il a fait sa connaissance.

«Il était le chauffeur et le roadie de Johnny Jenkins et de the Pinetoppers, le groupe de Macon, Georgie, répond Booker T. Un jour, en studio, il a demandé s'il pouvait chanter une de ses chansons. C'était These Arms of Mine, une grande chanson. C'est parti de là, mais il a continué à être leur roadie pendant un certain temps.»

De nouvelles collaborations

La conversation passe de l'histoire de l'orgue Hammond aux MGs, dont l'essence est disparue quand le bassiste Donald Duck Dunn est mort il y a quelques années, eux qui avaient déjà perdu leur batteur Al Jackson, assassiné par un cambrioleur dans les années 70. Le guitariste Steve Cropper et Booker T. se parlent au téléphone, mais ils ne feront plus de musique ensemble.

Qu'à cela ne tienne, Booker T. collabore avec des musiciens de toutes les générations. Il a enregistré ses derniers disques avec The Roots et les Drive-by Truckers et il a même joué sur une chanson du groupe heavy Rancid il y a quelques années.

Il racontera probablement toutes ces rencontres dans l'autobiographie à laquelle il travaillait justement sur le vol qui l'emmenait à Montréal hier: «J'écris maintenant parce que je me souviens de tout. Comme mon père était atteint de la maladie d'Alzheimer, je veux terminer ça pendant que je suis en pleine forme.»

Booker T. a également des projets d'avenir avec Bobby Bazini. 

«On va écrire des trucs ensemble. Je ne sais pas si je vais venir ici ou si ça va se faire ailleurs.»

Bazini ajoute: «J'ai également l'intention d'aller à Los Angeles. On en a parlé et je tiens à écrire avec lui.»

Bazini était certes impressionné de travailler avec Booker T., mais il n'était pas intimidé comme le sont parfois les jeunes musiciens qui le croisent. «Je dois leur dire de relaxer, dit Jones. Ils pensent que je suis quelqu'un de spécial, ce que je ne suis pas.»

Bazini éclate de rire. Si l'homme qui a composé à 17 ans le classique Green Onions - qui demeure sa chanson préférée à ce jour - n'est pas spécial, qui donc peut prétendre l'être? semble-t-il se dire.

«Tout le monde a du génie, c'est juste qu'on ne sait pas toujours comment le trouver, ajoute aussitôt Booker T. Parfois, il faut beaucoup répéter, mais ça varie d'une personne à l'autre. Stevie Wonder n'a pas besoin de répéter, c'est un génie.»

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À la salle Wilfrid-Pelletier ce soir, à 19 h 30.

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