L'Europe de Phronesis et d'Enrico Rava, l'Amérique de Shara Worden

Shara Worden... (Photo Victor Diaz Lamich, pour le FIJM)

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Shara Worden

Photo Victor Diaz Lamich, pour le FIJM

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Après le concert aérien de la chanteuse montréalaise Emma Frank, la pression atmosphérique a changé radicalement chez Enrico Rava, dont le quintette sévissait samedi au Monument National. Le trompettiste et bugliste demeure la figure de proue du jazz italien, vigoureux et alerte malgré ses 75 ans. Il faut vraiment avoir la forme pour ainsi donner!

En première partie, on retient cette superbe mise en relief du tromboniste Gianluca Petrella, le même qui s'était produit la veille à la Maison symphonique, soit en tandem avec Paolo Fresu. Son brillant, étincelant, éloquent. Articulation exceptionnelle. Qualités évidentes d'un soliste innovant. La deuxième partie fut particulièrement généreuse. Hormis le tromboniste Petrella, accompagnaient Enrico Rava  le contrebassiste Gabriele Evangelista, le batteur Fabrizio Sferra et le pianiste Giovanni Guidi. Retenez aussi le nom de ce dernier : technique phénoménale au clavier, agilité extrême, précision en haute vélocité, maîtrise de tous les référents jazzistiques, du swing polyrythmique le plus rigoureux au free le plus sauvage.

Au-delà de ces prestations individuelles, la proposition collective s'avère brillante. Ce projet Tribe d'Enrico Rava exprime à la fois un jazz contemoporain aux exigences techniques très élevées, tant sur le plan individuel que dans l'amalgame orchestral véhiculé. Il y a aussi ces évocations de petits orchestres à pied, fanfares tziganes ou autres ménestrels inscrits dans l'inconscient collectif d'Europe. Il y a également ces pointes d'autodérision, ce lâcher-prise à l'italienne. Après avoir été profondément inspiré par le jazz américain, Enrico Rava a passé le plus clair de son existence à y insuffler les marques de l'Europe et de l'Italie. Voilà une grande contribution.

Les horaires étant surchargés samedi, un maximum de 40 minutes devait être consacré à My Brightest Diamond au Club Soda. Shara Worden, qui porte ce projet indie, est visiblement peu connue à Montréal puisque la salle n'était même pas remplie à moitié. Force est de constater que l'éclectisme du FIJM n'est pas illimité, du moins en salle; le public «naturel» de My Brightest Diamond se trouve plutôt à Osehaga ou à Pop Montréal. Au FIJM? Un samedi soir et si peu de monde pour l'artiste la plus talentueuse sous l'étiquette Asthmatic Kitty (en excluant Sufjan Stevens, propriétaire du label), il y a lieu en tout cas de se questionner...

Excellente chanteuse, multi-instrumentiste aguerrie à la guitare et aux claviers, auteure et compositrice de haut niveau,  Shara Worden  était accompagnée par le batteur Abraham Rounds, très solide. Quant au bassiste Christopher Bruce prévu au programme, il était remplacé par... MeShell Ndegeocello!! Ainsi, nous avions devant nous un authentique power trio dominé par la gent féminine.  L'économie du spectacle étant ce qu'elle est, Shara Worden ne peut tourner avec une formation au service de ses arrangements, remarquables entre autres dans son récent album This Is My Hand. Elle arrive néanmoins à résoudre l'équation à trois musiciens... assistés d'une instructrice de danse pour que s'amuse la croisière. Vivement son retour!

En dernier lieu au programme de samedi, il fallait voir et écouter Phronesis, ce trio anglo-scandinave dont on vante les vertus collectives, la cohésion, la soudure parfaite, les concepts. Au Gesù, nous avons eu droit à tout ça. Voilà l'exemple d'un groupe où l'inventivité et le travail d'équipe l'emportent sur les individualités. Ni le contrebassiste Jasper Høiby, ni le batteur Anton Eger ni le pianiste Ivo Neame sont des supravirtuoses. Ils sont certes d'excellents musiciens, mais leur technique sert d'abord et avant tout leurs compositions et leur vision singulière d'un trio acoustique. Les improvisations à un, à deux ou à trois y sont parfois remarquables, mais on est d'abord ébloui par ces formidables imbrications de motifs pianistiques, de percussions très fournies et de lignes très solides émanant de  la contrebasse. Ce qu'on avait déjà applaudi sur les albums Life to Everything, Walking Dark et Alive, ainsi que lors des concerts donnés précédemment à Montréal. Et ce qu'on applaudira encore, car la cote de Phronesis a de nouveau grimpé samedi.

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