Ginger Baker: mal en point mais toujours vivant

En fin d'après-midi, lundi, un fan attendait patiemment que son idole se pointe... (Photo André Pichette, La Presse)

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Photo André Pichette, La Presse

En fin d'après-midi, lundi, un fan attendait patiemment que son idole se pointe à l'entrée des artistes de la Place des Arts pour lui faire dédicacer une vieille pochette de disque. L'idole arrive et envoie aussitôt promener le fan. Ginger Baker est en ville.

À 20 heures et des poussières, le musicien bourru s'amène sur la scène du Théâtre Maisonneuve côté jardin avec le percussionniste ghanéen Abass Dodoo qui l'aide à se hisser jusqu'à sa batterie. Dodoo, dont Baker dira qu'il est son garde du corps, est beaucoup plus que cela.  Pour employer une métaphore cycliste, un sport qui passionne toujours Baker, Abass Dodoo est son lièvre, celui qui l'accompagne dans ses montées et le tire dans ses solos.

À près de 75 ans, Baker est un homme diminué par l'ostéoporose et les problèmes respiratoires. Chaque fois qu'il prend le micro pour annoncer la prochaine pièce, il cherche son souffle. Et même s'il fait des blagues sur la possibilité de trépasser sur scène, on ne s'étonne pas de le voir retraiter en coulisses après quatre pièces musicales le temps d'un entracte qui n'était pas prévu au programme.

Pourtant, dans des pièces comme Ginger Spice et Aiko Biaye, on reconnaît le pionnier de la polyrythmie qui a été l'un des premiers en Occident à intégrer dans son jeu les rythmes africains. Dans ces moments-là, il donne presque l'impression de revivre et de ne plus sentir la douleur qui habite en permanence son corps usé.

Comme son nom l'indique, le Ginger Baker Jazz Confusion ne fait évidemment pas dans le blues lourd mais il redonne vie au répertoire post-rock de Baker et emprunte à Wayne Shorter et Thelonious Monk aussi bien qu'à Gershwin dont le saxophoniste Pee Wee Ellis glissera une citation de Summertime dans Ginger Spice. Si le batteur est toujours assis derrière la grosse caisse double à laquelle il est à jamais associé, c'est encore avec ses toms et sa caisse claire qu'il est le plus éloquent. Il n'a peut-être pas le style coulant d'autres jazzmen mais son attaque nous rappelle l'aplomb, l'énergie et l'inventivité qui l'ont fait se démarquer de la moyenne de ses contemporains.

Le public, lui, est évidemment venu acclamer le monstre sacré, mais il applaudit chaleureusement Dodoo, Ellis, bien en chair celui-là, qui se permet quelques fulgurances contrôlées, ainsi que le contrebassiste Alec Dankworth, aussi efficace que discret. Contrairement à un certain bassiste qui est entré dans la légende en faisant la paire avec Baker, Dankworth ne s'attirera sûrement jamais les foudres de son patron pour avoir osé lui voler la vedette ou jouer plus fort que lui.

Voilà qui nous rassure.




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