Chez Stacey Kent, rien n'est forcé...

La chanteuse Stacey Kent a appris le français... (Photo Benoit Peverell, fournie par le FIJM)

Agrandir

La chanteuse Stacey Kent a appris le français grâce à son grand-père... d'origine russe, qui a longtemps vécu à Paris.

Photo Benoit Peverell, fournie par le FIJM

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Nouvelles et entrevues
Nouvelles et entrevues

Nos articles sur le Festival de jazz de Montréal. »

Il est permis de croire que l'Américaine Stacey Kent est la chanteuse de jazz la plus proche du public québécois francophone. Irrésistible frimousse, petite voix craquante, grande humanité, inclination pour la bossa-nova, amour sincère de la langue française, orthodoxie rassurante des propositions jazzistiques, capacité à créer une réelle intimité avec son public, voilà autant de facteurs expliquant sa réussite incontestable.

La facilité d'organiser une entrevue avec celle qui remplira le Théâtre Maisonneuve ce soir n'en est que plus déconcertante. Nous y voilà.

Stacey Kent décroche le combiné de son pied-à-terre londonien, qu'elle occupe parce que Londres est un meilleur point de départ pour rayonner vers l'Europe et d'autres marchés plus à l'est. La chanteuse ratisse infatigablement la planète lorsqu'elle ne va pas se perdre dans sa «vraie» maison, juchée dans les Rocheuses du Colorado.

«Oui, je suis venue plusieurs fois chez vous, rappelle-t-elle d'entrée de jeu. Cette fois, ce sera Montréal, Québec et Ottawa. Ce qu'on ressent chez vous est très beau. La dernière fois, nous avions fait une tournée entière. Nous nous étions fait beaucoup d'amis, car nous avions joué dans de très beaux théâtres dans plusieurs régions du Québec. C'était en mars il y a deux ans. À quelques jours de ce retour, j'ai reçu plein de messages des fans québécois sur ma page Facebook!»

On lui suggère candidement qu'une tournée des régions est le meilleur moyen pour elle d'asseoir une carrière au Québec et... on la sent un tantinet agacée.

«En toute honnêteté, je ne tourne pas dans les régions parce que c'est futé et stratégique. Je suis sur terre pour chanter et partager des histoires, et je me sens incroyablement privilégiée de pouvoir le faire. Aussi simple que ça! Je peux aller au Brésil, en Europe, au Canada, au Japon et je souhaite toujours cette connexion directe avec les gens. J'adore tourner pour cette raison, donc je tourne beaucoup. Au cours des neuf dernières semaines, par exemple, nous avons parcouru 15 pays.»

L'amour du français

Zéro calcul, donc. Il en va de même pour le français qu'elle adore et qu'elle choisit régulièrement pour ses interprétations.

«Mon ouverture au français n'est pas un choix de carrière, insiste-t-elle. J'ai grandi en apprenant le français avec mon grand-père, d'origine russe mais ayant longtemps vécu à Paris avant d'émigrer aux États-Unis. Pas très heureux d'être là, il ne fut jamais vraiment américain. C'est pourquoi il m'a enseigné la langue française. Il m'a fait lire beaucoup de poésie, il m'a donné l'envie du français, ce qui est un immense cadeau. Lorsque je chante un texte en français, je le comprends, je le ressens vraiment.

L'interprète n'a pas de grand-père brésilien, mais son inclination pour la música popular brasileira est encore plus considérable que pour la chanson française. Jazzifiée à la manière de Stan Getz et Paul Winter au tournant des années 60, la bossa-nova occupe une large part de son répertoire, ce qu'on constate une fois de plus dans The Changing Lights, paru l'an dernier chez Parlophone Music/Warner.

«J'ai découvert cette musique à l'âge de 14 ans, soit bien avant de choisir la carrière de chanteuse. J'ai immédiatement vécu une connexion très forte. Avec le temps, j'ai pu verbaliser cette affinité profonde: je suis prise par cette douceur, cette tristesse, cette mélancolie de la chanson brésilienne. Puis ce rythme t'emporte avec lui et finit immanquablement par inverser la donne, c'est-à-dire te procurer joie et espoir. Pour moi, cette mixture de sentiments est fascinante.»

On ne s'étonnera pas que Stacey Kent soit très proche du légendaire Marcos Valle, pour qui elle a interprété plusieurs classiques sur l'album Ao Vivo, paru chez Sony-BMG.

«Nous nous sommes rencontrés il y a cinq ans à Rio de Janeiro. Jim Tomlinson [son mari et saxophoniste] et moi avions été invités à participer à un concert avec Marcos. L'idée du producteur était de me faire chanter en duo avec Marcos son grand classique, Samba de Verão [connue en anglais sous le titre Summer Samba/So Nice]. Ce moment fut magique.

«Marcos devait prendre un avion pour le Japon quelques heures plus tard. Il m'a regardée avec de grands yeux et m'a dit qu'on devait remettre ça. Quelques mois plus tard, il m'a rappelée pour me proposer de chanter sur son album dont l'objet était de célébrer le 50e anniversaire de sa carrière - Ao Vivo. Nous avons beaucoup tourné ensemble depuis lors; nous sommes allés plusieurs fois au Brésil, au Japon, nous irons bientôt aux États-Unis. Ce album est très aimé, même si nous ne pouvons encore le trouver sur tous les marchés du monde.»

Quoi qu'il en soit, The Changing Lights, aussi gorgé de musique brésilienne, sera le plat de résistance des escales québécoises de Stacey Kent. Plusieurs chansons originales ont été composé par son mari et des textes ont été écrits par Kazuo Ishiguro, auteur nippo-britannique de renommée internationale et lauréat du fameux Booker Prize. «Invité à l'émission Desert Island Discs, il avait fait jouer ma musique, rappelle l'interprète. J'en ai été ravie, et j'ai pris contact avec lui. Une amitié est née, en découle cette collaboration depuis 2007.»

Chez Stacey Kent, tout arrive sans forcer, est-il besoin de le répéter...

Au Théâtre Maisonneuve samedi soir, 20h. Première partie: l'ensemble de la pianiste Émie R Roussel.




la boite:1600147:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer