Laurie Anderson, Lou Reed et John Zorn: sons stridents (et autres huées)

Laurie Anderson, John Zorn et Lou Reed: beaucoup... (Photo fournie par le FIJM)

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Laurie Anderson, John Zorn et Lou Reed: beaucoup de changementsde guitares, peu d'échanges musicaux.

Photo fournie par le FIJM

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Philippe Renaud
La Presse

Attendue, la rencontre sur scène de Laurie Anderson, son compagnon Lou Reed et le saxophoniste John Zorn le temps d'une performance «100% improvisée» aura effectivement été un événement, mais sans doute pas pour les bonnes raisons. Exploratoire, bruyante et occasionnellement inspirée, cette soirée est loin d'avoir fait l'unanimité auprès des festivaliers, plusieurs quittant la salle Wilfrid-Pelletier pendant le spectacle en criant leur dégoût.

Ça avait si bien commencé, lorsque les trois monstres de la musique contemporaine américaine sont arrivés sur scène et qu'un fan leur criait «Bienvenue à Montréal!». Qu'est-ce qui a flanché, alors? D'abord, les communications: les festivaliers ne savaient visiblement pas à quoi s'attendre de ce concert, qui n'avait été donné que trois fois auparavant.

Non, Laurie n'allait pas interpréter Oh Superman, comme l'a vainement demandé un fan coriace, avant l'unique rappel de la soirée. Pas plus que Reed n'allait se fendre d'un Perfect Day, d'un Walk on the Wild Side. Les amateurs de musique expérimentale et de free jazz - le public du Festival de musique actuelle de Victoriaville ou de Suoni il Popolo - avaient acheté leur billet en connaissance de cause. On peut supposer qu'ils n'étaient pas majoritaires dans ce Wilfrid-Pelletier affichant complet...

Avec quelques minutes de retard, passé 19h30, le trio new-yorkais est arrivé sur scène. Lou Reed, le dernier à se faire voir, a pris place du côté droit. Assis sur une chaise de bureau, entouré d'amplis, de guitares et d'un arsenal de pédales d'effets et de synthétiseurs. À gauche complètement, Laurie Andersson, son violon électrique, ses synthétiseurs. Au centre, le pied sur une chaise, John Zorn et son fidèle saxophone.

Symphonie pour vuvuzelas

C'est Reed qui met la table en extirpant une plainte de sa guitare électrique. Sa compagne le retrouve, fait couler les notes de son violon tout en jouant quelques autres notes au clavier (le violon est retenu à son épaule). Zorn renchérit; cette première pièce improvisée hypnotise. On est loin du rock promis par Reed plus tôt en journée.

Pendant une quinzaine de minutes, les trois s'appliquent à élaborer une boucle musicale diffuse, un long et dense drone sur lequel s'appuie la violoniste pour risquer quelques phrases plus mélodiques. Fin de la pièce, applaudissements polis.

C'est Zorn qui sonne la charge pour le deuxième exercice, en faisant hurler son saxophone, peut-être pour stimuler la guitare électrique de Lou Reed, franchement peu vigoureux. Au milieu du morceau, l'illustre Velvet fait signe à son technicien qu'il désire qu'on lui apporte une nouvelle guitare, et fera de même sur les prochains morceaux. Le reste du temps, il joue une note et ajuste subtilement un bouton, parmi tous ceux qui l'entourent.

Cette deuxième improvisation est nettement plus abrasive, avec ses abruptes interruptions. Anderson, créative, libère des sons électroniques, manipule les notes de son violon. Tiens! Reed se rend utile en jouant des notes basses pour occuper l'espace sonore... Le tout se termine avec Anderson, Zorn et Reed sur le même ton, le son dans le tapis, on dirait une symphonie pour vuvuzelas.

Or, cette deuxième improvisation vient à bout de la patience de plusieurs spectateurs, qui crient «Boooouh!» et quittent sur-le-champ. À l'un d'eux leur intimant de «jouer de la musique», Zorn rétorque: «Si vous ne pensez pas que c'est de la musique, get the f... out!» Bonjour l'ambiance. Les trois musiciens reprendront ensuite sur une improvisation plus pesante encore.

D'un point de vue strictement musical, dire que cette performance était mauvaise serait malhonnête. Bien que Lou Reed ne fût d'aucune utilité dans le trio, le jeu de Zorn et Anderson était souvent captivant. Il y avait un véritable échange entre ces deux instrumentistes, par exemple en milieu de soirée lorsque le saxophoniste soutenait des sons percussifs pour que la violoniste y accroche des embryons de mélodies. Reed, lui, redemandait qu'on lui passe une autre guitare...

Ajoutez à cela la courte durée du spectacle - moins de 1h15 -, on pouvait comprendre la complainte des fans déçus qui s'étaient néanmoins résignés à rester jusqu'à la fin. Les férus de musique actuelle/expérimentale/free-jazz, eux, ont applaudi les ébauches sonores improvisées et le goût du risque de ces trois monstres qui, à leur manière, auront marqué ce 31e Festival de jazz.

 




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