Festival western: il était une fois les Soeurs Dessureault

Les Soeurs Dessureault: Carmen, Michèle et Francine.... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT)

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Les Soeurs Dessureault: Carmen, Michèle et Francine.

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Ce n'était pas des «poupounes» et leurs pochettes de disques étaient affreuses. Mais elles ont eu une maudite belle carrière... Vingt ans après la séparation des Soeurs Dessureault, anciennes vedettes du western québécois, au festival de Saint-Tite, La Presse les a retrouvées.

C'était le 17 septembre 1995, il y a 20 ans presque jour pour jour. Après 30 ans de carrière, 12 albums et plus de 6000 spectacles, les Soeurs Dessureault tiraient leur révérence au festival western de Saint-Tite, sous le chapiteau de la Countrythèque.

Sachant qu'elles ne rejoueraient sans doute jamais ensemble, Carmen, Michèle, Francine et Renée ont fini leur concert en larmes, en chantant à l'unisson avec le public. «On n'était plus capables, on braillait», se souvient Francine, la gorge nouée.

Deux décennies plus tard, la page semble bel et bien tournée. Retirées du circuit, les soeurs Dessureault vivent une petite vie tranquille en banlieue de Trois-Rivières. À l'exception de Carmen, qui se produit encore dans des fêtes privées, elles ont complètement arrêté de faire de la musique.

«Une semaine après le dernier show, on a vendu tous nos instruments», précise Michèle, 63 ans, qui nous reçoit à Trois-Rivières dans sa cuisine en compagnie de Francine, 59 ans, et de Carmen, 57 ans, mais sans Renée, 65 ans, clouée chez elle par la maladie, pour une entrevue destinée à souligner le 20e anniversaire de leur séparation.

Pour les pochettes

À moins d'être un grand fan de country québécois, leur nom ne vous dira sans doute pas grand-chose. Malgré leur feuille de route bien remplie, les Soeurs Dessureault ne figurent nulle part dans le grand livre de la chanson québécoise et semblent avoir été proprement oubliées par les historiens de la musique.

Leurs vieux albums, heureusement, sont là pour nous rappeler que ce quatuor féminin a déjà compté parmi les plus grandes vedettes western de la province. Non seulement on les trouve un peu partout dans les marchés aux puces et chez les marchands de vieux disques, mais leurs pochettes ultra-kitsch, rarement très jolies, font aujourd'hui l'objet d'un culte au 8e degré chez certains amateurs de culture psychotronique, qui ne se lassent pas d'en rire gentiment.

Il y a quelques années, l'animateur MC Gilles, grand spécialiste du country trash, les avait d'ailleurs ridiculisées en ondes, se gaussant de leurs costumes assortis et du fait que les filles n'étaient pas vraiment des sexes-symboles.

Bien qu'elle en parle avec le sourire, on sent que ces blagues ont un peu froissé Carmen, la plus jeune du clan.

«Il nous reprochait de ne pas être des poupounes. Mais ce n'est pas notre corps qu'on vendait! Nous, notre job, c'était de faire danser! À part de ça, on a la face qu'on a!»

Bon. Elles admettent que leurs pochettes n'étaient pas du meilleur goût. C'était la mode du temps, disent-elles, et elles n'avaient pas vraiment le pouvoir de décider. C'est leur producteur de l'époque, un marchand de téléviseurs de Victoriaville nommé Jacques Boissoneault, qui choisissait les photos et les chansons sur les albums.

«C'est lui qui nous a fait cataloguer comme country», explique Carmen, en évoquant le premier succès du groupe, une reprise de Quand le soleil dit bonjour aux montagnes.

Boissoneault, qui s'occupait à l'époque du chanteur Georges Hamel, fut un personnage important dans la carrière de la famille Dessureault. Ses contrats d'enregistrement n'étaient peut-être pas géniaux (un prix fixe pour la séance, sans ristourne sur les ventes, avec un voyage de deux semaines à Acapulco, selon ce que nous ont dit les soeurs), mais, sans lui, elles n'auraient probablement jamais fait d'albums.

«C'était un visionnaire» lance Michèle, sans une once d'acrimonie.

«De toute façon, on ne faisait pas ça pour l'argent. On se disait plutôt: ça va nous faire un souvenir. On nous donnait une boîte de disques, on était contentes...»

Comme la famille Von Trapp

Issues d'une famille musicienne, les soeurs Dessureault sont tombées dès l'enfance dans la marmite du spectacle. Leur père Clément, multi-instrumentiste de Trois-Rivières, a vite compris que ses filles avaient un intérêt pour la chose, et il les a progressivement intégrées à son circuit de tournées. Renée et Michèle l'ont rejoint sur scène au tournant des années 60, puis Francine, et enfin Carmen, en 1965, lorsqu'elle n'avait que 5 ans.

«On était comme la famille von Trapp!», se souvient Michèle, amusée.

Clément s'éteint en 1976 et les soeurs poursuivent à quatre, se produisant dans tout ce que la province compte de bars d'hôtel, de brasseries bavaroises et de festivals de région. Elles jouent à la Baie-James, dans des réserves amérindiennes, à des noces et dans tous les débits de boisson de Portneuf, de la Mauricie, de la région de Québec. Pendant sept ans, elles seront les artistes en résidence au bar Pépito de Victoriaville, à raison de 4 shows par semaine, 50 semaines par an.

Leurs spectacles, plutôt up-tempo, sont constitués de succès à la mode et de chansons western. Ils sont souvent prétexte à beuverie et les soeurs racontent qu'il fallait un grattoir pour nettoyer les planchers après leurs spectacles.

«Quand les gens nous reconnaissent dans la rue, ils nous disent toujours la même chose: qu'on leur a fait boire beaucoup de bière!»», affirme Michèle.

Encore aujourd'hui, elles s'étonnent d'être restées aussi pures dans un environnement aussi rock'n'roll. Elles en ont vu des vertes et des pas mûres, ont chanté pour des motards, se sont fait offrir toutes les drogues et tous les alcools, mais assurent qu'elles n'ont jamais succombé au chant des sirènes.

«Pour nous, c'était un travail, explique Francine. On était sérieuses.»

Pour le souvenir

Les problèmes de santé auront toutefois raison du groupe. Après une dizaine de pontages coronariens, Michèle n'a pas eu le choix de tirer la «plogue», signant du même coup la fin des Soeurs Dessureault comme entité musicale.

Au cours des années suivantes, Carmen a continué dans la musique (trois albums sous le nom de Carmen Dess) et trouvé un job de fonctionnaire au ministère des Transports. Francine est devenue couturière dans des usines et Michèle, serveuse dans une halte de motoneiges, en plus de se prendre d'une passion sans bornes pour les hot rods. Renée a pour sa part subi un grave AVC en 2000, dont elle ne s'est jamais complètement remise.

Des regrets? Aucun. À les entendre, elles ont aimé chaque minute de leur carrière. Elles n'ont pas fait fortune avec leurs ventes d'albums? Et alors? Elles refusent de se poser en victimes, car elles se sont largement rattrapées avec les concerts, qui leur ont permis de vivre très confortablement à l'époque où elles étaient actives.

«La seule chose qui nous manque, conclut Michèle, c'est l'amour du public.»

Leurs pochettes commentées

Costumes assortis, looks d'enfer, mises en scène audacieuses, couleurs criardes: voici les meilleures pochettes des Soeurs Dessureault, commentées par... elles-mêmes.

LA FAMILLE DESSUREAULT DE ST.TITE

Avec leur premier tube, Quand le soleil dit bonjour aux montagnes. Photo prise dans un champ à Saint-Valaire, près de Victoriaville.

EN VOULEZ-VOUS DU WESTERN?

«On était où donc, là? À Sainte-Sophie?»

DU SOLEIL ET DU BONHEUR

Devant la maison familiale, 130, rue de la Station, à Saint-Adelphe. «Mon père disait que c'était notre monument», explique Michèle. Jaquette arrière, avec un mémorable gros plan de Michèle en maillot de bain. «On n'a jamais compris!», lance Carmen. Jacques Boissoneault aimait tellement la photo qu'il la remettra à l'arrière du disque suivant.

CHANSONS À RÉPONDRE AVEC LES SOEURS DESSUREAULT

«On n'a jamais bu de bière de notre vie et là, on a toutes des bocks! C'était pour un disque de chansons à boire.»

AU FESTIVAL WESTERN DE ST-TITE

«Ça, c'est le petit train qu'il y avait au festival. On devait faire la photo dehors, mais il mouillait....»

BAR PEPITO ROYAL

«Elle, c'est la pire. On dirait un jeu de tir dans une foire.» Pour l'occasion, le photographe avait descendu l'enseigne du bar Pepito de Victoriaville, où les Soeurs se sont produites régulièrement, de 1973 à 1979.

LE PARTY DE LA VEILLÉE

Une des rares photos du groupe avec maman Pauline. Le disque a été enregistré à Montréal, en studio, devant public. «Jacques nous avait envoyé deux autobus avec des gens de Victoriaville. Il leur avait payé la traite en allant, pour que ce soit le party

À NOËL

Peut-être leur pire pochette. «On n'avait pas un mot à dire. On nous disait l'heure et la date, puis on y allait.»

15 GRANDS SUCCÈS WESTERN

«Les barils viennent d'un bar sur la route 116 à Warwick...»

LES SOEURS DESSUREAULT CHANTENT LE RÉTRO

«Dans ce temps-là, le rétro, c'était Donald Lautrec et Robert de Montigny.»

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