Herman Kolgen: marquer le territoire

Pour l'artiste en arts numériques Herman Kolgen, «l'art... (Photo: David Boily, archives La Presse)

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Pour l'artiste en arts numériques Herman Kolgen, «l'art existe s'il y a un spectateur».

Photo: David Boily, archives La Presse

Mario Cloutier

Le Printemps numérique atteint son zénith ces jours-ci avec la Biennale qui se poursuit et EM15 qui commence mardi. S'il est un artiste qui représente les deux événements, autant ici que partout où il se produit, c'est bien le Montréalais Herman Kolgen.

Quand Isaac Newton s'est pris la pomme sur la tête, il en a déduit la loi de la gravitation universelle. Près de 300 ans plus tard, un pic métallique a déchiré la cabosse d'Herman Kolgen. Voilà l'étincelle de départ pour sa prochaine oeuvre numérique. Les scientifiques, comme les artistes, puisent leur inspiration dans la nature. Herman Kolgen est un peu des deux.

Sa palette est infinie puisque sa source se trouve dans le nuage numérique, mais sa démarche ne diffère pas de celle du peintre ou du musicien.

«Avec les mêmes données informatiques, dit-il, deux artistes vont créer des oeuvres totalement différentes, au même titre que deux peintres avec un rouge identique. Je souhaite qu'une personne qui connaît moins l'univers numérique soit happée par mon travail. Je veux toucher l'humain, ne pas devenir une bibitte qui ne se soucie pas de savoir si son travail intéresse ou non. L'art existe s'il y a un spectateur.»

Son travail actuel procède d'une extrapolation technopoétique des éléments de la nature qui, à l'aide du son et des images, connecte littéralement le spectateur à la planète, autant dans ses manifestations ultravisibles que microscopiques.

«En faisant mes recherches récemment, j'ai découvert que la fréquence de l'ADN du corps humain est exactement la même que celle de la terre!», laisse-t-il savoir.

Son ADN d'artiste est indissociable des événements que sont la Biennale d'art numérique, Elektra et Mutek. Il présente donc deux oeuvres en ce moment à Montréal pour célébrer le 15e anniversaire des festivals réunis sous EM15.

Vents et secousses

À la Biennale d'art numérique, les visiteurs ont droit à une première mondiale, Eotone, coproduction avec la France et l'artiste David Letellier. L'installation monumentale utilise quatre «cors» géants qui «écoutent» le vent en temps réel à Montréal, Québec, Rennes et Nantes, et le traduisent en mouvements et en sons sur la place des Festivals.

«Eotone vient d'une oeuvre, Urban Wind, que j'ai réalisée au Japon où le vent créait de la musique à travers des accordéons suspendus dans une salle, explique-t-il. La force du vent et la tension que cela crée m'intéressent beaucoup.»

Par ailleurs, samedi prochain, Herman Kolgen donnera une performance de 35 à 45 minutes dans le cadre d'EM15. Il présentera en première nord-américaine Seismik, qui, comme l'indique son nom, tire sa substantifique moelle des forces telluriques, là aussi traduites en sons et en images.

«Le territoire, c'est à la fois ce qui est loin et proche, dit-il. C'est l'extérieur et comment on le vit à l'intérieur. Seismik fait donc vivre aux gens, aussi en temps réel, les mouvements de la terre. En musique, je vais improviser plus que jamais. Je me mouille un peu plus.»

C'est dire que le territoire, pour ne pas dire la planète entière, passionne l'artiste. C'est à la mesure de son talent qui est reconnu internationalement dans le milieu des arts numériques depuis 20 ans. Les prix se succèdent, les commandes aussi.

Herman Kolgen a fortement marqué le territoire numérique avec des oeuvres réfléchies et percutantes. En laissant un homme dans un réservoir d'eau plusieurs heures par jour pendant six jours, par exemple, ou en filmant la poussière. Oui, le numérique peut être organique.

Parcours patenté

Même si la reconnaissance locale de l'art numérique tarde à se manifester, cet artiste, en particulier, possède un parcours atypique fascinant. Passionné de cinéma, il a été propriétaire de vidéoclubs, designer graphique, réalisateur publicitaire...

À chaque tournant de carrière, l'appel de la création le poussait toujours plus loin afin qu'il s'éloigne des «clients» et se rapproche de lui, de ce qu'il avait à dire.

«Quand j'étais jeune, je dessinais et je jouais de la batterie. Mon père n'aimait pas l'idée d'un fils artiste. Il voulait au moins que je choisisse entre les deux. Je ne l'ai jamais fait. Au contraire, j'ai compris avec mon premier ordinateur que je pouvais marier les deux.»

Aujourd'hui, cela s'appelle la multidisciplinarité. Quand on voit son studio, ses instruments de musique, ses ordinateurs... on se demande s'il n'y aurait pas un bon vieux patenteux en lui. À ce qualificatif tout ce qu'il y a de plus québécois, il ajoute une précision.

«Oui, avoue-t-il, nous sommes débrouillards et ingénieux, mais deux facteurs l'expliquent: le peu de ressources dont on dispose souvent ici et qui nous pousse au dépassement, ainsi que les quatre saisons, une énergie incroyable qui nous appartient en propre.»

On sent déjà l'inspiration le tarauder dans ces quelques mots qui l'amèneront à se laisser marquer par le territoire à nouveau. Et d'une façon moins saugrenue, certes, qu'un pic métallique lui déchirant le crâne pendant qu'il jardinait...

Eotone, sur la place des Festivals jusqu'au 30 mai; Seismik, le 31 mai au cinéma Impérial.




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