Festival Edgy Women: Annie et ses femmes

Annie Sprinkle et Elizabeth Stephens sont ensemble sur... (Photo fournie par le Festival Edgy Women)

Agrandir

Annie Sprinkle et Elizabeth Stephens sont ensemble sur scène et dans la vie.

Photo fournie par le Festival Edgy Women

Marie-Christine Blais
La Presse

Dix ans déjà que le festival féministe Edgy Women et ses événements artistiques originaux, irrévérencieux et humoristiques tiennent la route. Cette année, du 19 mars au 2 avril, nous aurons notamment droit à une «performance sur glace», qui mêle joueuses de hockey et de roller derby, à un strip-tease à l'envers et engagé, à un photomaton dérangeant... et au retour d'Annie Sprinkle, ex-star du porno, prostituée devenue performeuse, auteure et conférencière courue. Samedi prochain, à la Sala Rossa, Annie Sprinkle sera accompagnée de l'artiste et professeure d'art Elizabeth Stevens. Ensemble, elles ont accepté de répondre à toutes nos questions...

Q: Annie, bien des gens se souviennent de vous ou plutôt de votre vagin, que l'on pouvait observer de près, lors de vos premières performances ici, dans les années 90. Pensiez-vous alors que ce geste aurait une telle portée?

R: Annie Sprinkle: C'était dans le cadre d'une pièce appelée Post Porn Modernist, où je faisais une «annonce de cervix public» ! J'insérais un spéculum et invitais le public à venir regarder mon cervix (le col de l'utérus) avec une lampe de poche. C'était drôle et intéressant, je suis fière d'avoir conçu une telle performance historique, présentée dans 17 pays, pendant cinq ans, notamment à Montréal, en 1992, où je suis passée plusieurs fois grâce à Claude Chamberlan. Dans les 15 dernières années, je l'ai reprise seulement trois fois, mais c'était toujours aussi intéressant. Oui, je savais que c'était un acte controversé et marquant. Mais ce que j'ai fait après me semble encore plus intéressant: cela s'appelait Legend of The Ancient Sacred Prostitute (présenté à Montréal en 1993) et c'était un rituel magique de masturbation. Je crois que c'était encore plus provocant et puissant.

Q: Au festival Edgy Women, vous allez présenter cette fois Love Art Lab, qu'est-ce que c'est exactement?

R: Elizabeth Stevens: Nous allons faire une conférence performative, avec des extraits de notre pièce Dirty Sexecology: 25 Ways to Make Love to the Earth (La sexécologie grivoise: 25 façons de faire l'amour à la Terre).

R: Annie Sprinkle: Nous allons présenter un peu de notre défilé de mode chimiothérapie, montrer des obscénités aux plantes, raconter nos dix mariages «écosexuels»... Ce sera intime, informel et, on l'espère, drôle et provocant. On en profite d'ailleurs pour inviter tout le monde à notre prochain mariage «écosexuel», le 11e, à Ottawa, le 26 mars, pendant lequel nous prononçons des voeux d'amour et de respect avec la Terre, et particulièrement avec la neige! Jusqu'ici, nous nous sommes mariées avec la lune, le ciel, la mer, les montagnes Appalaches... Cela fait 38 ans que j'explore la sexualité sous différentes formes. Et je pense que le sexe n'est pas tant la réunion d'organes génitaux qu'un échange d'énergie, d'intention, d'états... L'écosexualité explore les points de rencontre entre l'écologie et la sexologie. Nous essayons de convaincre les gens de changer leur façon de percevoir la Terre, d'abandonner la métaphore de la Terre Mère pour choisir celle de Terre Amante.

Q: Un des tabous de notre société est le vieillissement, traitez-vous de cette question?

R: Elizabeth Stevens: Nous ne sommes plus jeunes et c'est évident. Simplement en nous montrant et en nous produisant en spectacle, nous abordons la question. Dans nos spectacles, il y a souvent de la nudité et notre corps a toujours été au coeur de notre recherche artistique.

R: Annie Sprinkle: Par le passé, j'ai travaillé dans la prostitution et la pornographie, j'ai exploré toutes les sortes de fétichismes et de fantasmes pendant 20 ans, mais rien, absolument rien n'est un plus gros tabou que de faire un spectacle nue après l'âge de 50 ans. Cela choque profondément bien des gens. Nous n'abordons pas cette question directement, mais nous brisons le tabou social, c'est évident.

Q: Le mariage aussi est un tabou, comment ne pas être cyniques quand on multiplie les relations au cours d'une vie?

R: Annie Sprinkle: C'est vrai que, quand on a été élevé avec la notion «d'amour libre», l'engagement envers une seule personne est un tabou. J'ai longtemps vécu dans la promiscuité sexuelle, j'ai eu des relations avec plus de 3000 personnes, je suis bisexuelle. Alors, à un moment, less est devenu more. Je suis devenue monogame, je n'ai pas eu de relation sexuelle avec plus d'une personne à la fois depuis 18 ans. Je me suis mariée avec Elizabeth, à Calgary, en 2007. J'appelle ça être radicalement traditionnelle! Mais je ne suis pas cynique parce que je crois que tout fait partie de notre évolution sexuelle.

Q: Annie, lors de votre première conférence de presse à Montréal il y a 20 ans, vous parliez d'un de vos clients, rencontré quand vous étiez prostituée et que vous voyiez encore. Qu'est-il arrivé à cette relation?

R: Elizabeth Stevens: Je l'ai tué!

R: Annie Sprinkle: Ah, ah, elle est drôle! En fait, j'ai cessé de le voir quand j'ai quitté New York. Mais je l'ai rencontré pendant 22 ans, c'était le client parfait. Je suis toujours très fière de mon travail comme prostituée. Et je suis la première star du porno à avoir obtenu un doctorat. Mais ma plus grande réussite, c'est d'avoir une relation amoureuse intéressante, intègre et forte avec Elizabeth. Je ne pensais jamais que je pourrais être heureuse dans une relation à long terme. Beth et moi sommes ensemble depuis 10 ans, et j'espère que cela va continuer jusqu'à ma mort. Cela étant dit, si jamais je rencontrais mon ancien client par hasard, j'adorerais le voir encore!

Annie Sprinkle: anniesprinkle.org Elizabeth Stevens: elizabethstephens.org.




publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer