Il était une fois le père Noël

Le père Noël comme sujet d'étude? Pourquoi pas. Professeure de littérature... (Illustration: Charlotte Demers-Labrecque, La Presse)

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Illustration: Charlotte Demers-Labrecque, La Presse

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Le père Noël comme sujet d'étude? Pourquoi pas. Professeure de littérature médiévale à Rennes (France), Karin Ueltschi vient de publier un livre très sérieux sur ce personnage mythique qui ne vient pas seulement du ciel, mais de la nuit des temps. Explications.

Non, le père Noël n'a pas été créé par Coca-Cola.

Contrairement à cette rumeur persistante, le personnage trouve plutôt son origine dans des légendes très anciennes qui remontent au moins jusqu'au Moyen-Âge, sinon plus loin.

Au fil des siècles, il s'est successivement appelé saint Nicolas, Sire Noueus, Bonhomme Noël, Père janvier ou Santa Claus. Mais les circonstances de ses apparitions sont toujours restées les mêmes: on le voyait dans les 12 jours que l'on trouve entre Noël et le 6 janvier, lorsque les nuits sont longues et que rôde la peur de la mort. Son rôle était alors d'égayer les chaumières, en apportant un peu de vie et de lumière. «Le père Noël, c'est la victoire de la vie sur la mort, du chaud contre le froid», résume Karin Ueltschi, professeure de littérature médiévale à l'Université de Rennes, qui vient de publier l'Histoire véridique du Père Noël (Imago). Sa bonhomie souriante exorcisait efficacement la terreur de la nuit et la menace de l'hiver.»

Débonnaire donc, mais aussi inquiétant, car mystérieux. Certains disaient que le père Noël venait du royaume des morts. Dans certaines régions, il pouvait même débarquer avec son double négatif, le terrifiant père Fouettard, dont le rôle était de punir les enfants malcommodes et d'emporter avec lui l'âme des défunts. Ce tandem «bon cop, bad cop» va sévir pendant longtemps. Mais le père Fouettard se fera de plus en plus discret pour laisser toute la place au gros barbu jovial que nous connaissons.

«C'était au départ une histoire en rouge et noir, confirme Mme Ueltschi. Mais avec le temps, le père Noël a consumé le côté noir et, aujourd'hui, il ne reste que le rouge. C'est-à-dire le côté positif et gentil.»

Vous saviez cela, évidemment. Mais que saviez-vous de sa barbe, de ses clochettes et de son traîneau? Surgis de la nuit des temps, ces accessoires font aussi partie du mythe de Noël. Et ils ont leur raison d'être.

> Le manteau rouge

Rien à voir avec Coca-Cola. Le rouge renvoie plutôt aux couleurs cardinales. Un lien direct avec la religion chrétienne.

> La barbe, la capuche et la cape

Comme la plupart des grandes figures sacrées, le père Noël cherche à dissimuler son identité. La barbe lui sert donc de masque, tout comme la cape et la capuche, qui l'aident à se cacher. Le saint Nicolas barbu serait apparu au XIIIe siècle.

> Le traîneau

Comme le sac, la hotte ou le cheval, le traîneau est un accessoire «psychopompe», c'est-à-dire que sa fonction est de transporter les âmes d'un monde à l'autre. Avec le temps, les âmes ont été remplacées par des cadeaux.

> Les clochettes

Attention, il arrive! Signe d'avertissement, la clochette crée une attente de ce qui va arriver. «Ce qui va arriver est peut-être sacré, peut-être dangereux. On ne sait pas», explique Mme Uletschi. La clochette sert par ailleurs à chasser les mauvais esprits.»

> Les bottes

Un autre accessoire « psychopompe «. Avec les bottes, on peut aller plus loin que les autres. On peut aller ailleurs. Ça renforce l'idée que le père Noël vient d'un autre monde. Possiblement de l'au-delà.

> La bûche

Au départ, c'est une vraie bûche qu'on mettait dans la cheminée. Cet éclairage chaleureux servait à éloigner les esprits, parce qu'à Noël, les morts visitent généralement les maisons. Ironique: ce symbole d'incandescence va peu à peu se transformer en dessert glacé qu'on met sur nos tables.

> Les rennes

Dans la mythologie de Noël, il y a des choses qui volent. L'air est peuplé d'anges et de morts qui vont et viennent. Il y a aussi des chevaux, qui servent à transporter les âmes d'un monde à l'autre. «Mais comme on a très rapidement associé Noël à l'hiver et à la neige, les chevaux ont été remplacés par les rennes», explique Mme Ueltschi.

Qui a inventé Noël?

«Alors ça, c'est impossible à dire», lance Karin Ueltschi. Chrétienne à la base, la fête de Noël s'est inspirée de plusieurs traditions ancestrales pour devenir celle qu'on connaît aujourd'hui.

On sait que saint François d'Assise a créé la première crèche au XIIe siècle et que les premières descriptions de banquets, de bûches ou de sapins n'apparaissent qu'à la Renaissance. Le rituel des cadeaux est tout aussi ancien: au Moyen-Âge, Saint-Nicolas est celui qui apportait l'abondance alimentaire. Au XIIIe siècle, ce sont les enfants qui allaient de maison en maison afin de récolter des denrées pour les pauvres. Quant au cadeau «moderne», il n'apparaît pas avant le XIXe siècle, dans les maisons bourgeoises.

Que reste-t-il de saint Nicolas dans le père Noël actuel? Plus qu'on pense, conclut Mme Ueltschi. «Même si le personnage a été détourné à des fins commerciales, il reste un personnage sacré dans le sens profond du terme. Il cristallise nos émotions d'enfance. Et ça, c'est universel.»

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