La twittosphère féministe contre Carla Bruni

Entre maladresse, candeur étourdie et franche caricature, Carla Bruni-Sarkozy... (Illustration: Charlotte Demers-Labrecque, La Presse)

Agrandir

Illustration: Charlotte Demers-Labrecque, La Presse

Partager

Entre maladresse, candeur étourdie et franche caricature, Carla Bruni-Sarkozy déclare dans le prochain Vogue Paris «qu'on n'a pas besoin d'être féministe dans (sa) génération.»

«Il y a des pionnières qui ont ouvert la brèche. Je ne suis pas du tout militante féministe. En revanche, je suis bourgeoise.» En moins de temps qu'il le faut pour tweeter «qu'ils mangent de la brioche!» l'ex-première dame et ex-mannequin a été gratifiée d'un mot-clic (hashtag) en son honneur: #ChèreCarlaBruni.

Ses nouvelles correspondantes ne lui envoient pas que des missives fleuries... Au hasard, voici quelques réflexions et coups de gueule lus sur cet hashtag créé par le mouvement français «Osez le féminisme!»:

> @GaelleLenfant: ChereCarlaBruni Tant qu'on dira d'un mec qu'il baise et d'une nana qu'elle se fait baiser on aura besoin de féminisme

> @ClaireS_C: cherecarlabruni, tant que des femmes devront aller à l'étranger pour avorter, ma génération aura besoin du féminisme!

> @Dame_Moustache: ChèreCarlaBruni, tant que des hommes se permettront de juger les femmes dans la rue à voix haute, ma génération aura besoin du féminisme.

«Le phénomène cristallise à mon avis une sorte de ras-le-bol de la fameuse phrase «je ne suis pas féministe, mais...», comme on pouvait dire «je ne suis pas raciste, mais...», partage la sexologue Jocelyne Robert, dont les propos sur #ChèreCarlaBruni (@ on aura besoin du féminisme tant qu'il faudra écrire à chère Carla Bruni) ont été repris sur Rue89. Inspiré par «l'affaire Carla Bruni», le site du Nouvel Observateur a fait un condensé du mot-clic «ChèreCarlaBruni afin de décliner en 10 points pourquoi on a besoin du féminisme. «Les femmes sont moins payées que les hommes» (raison #1), les femmes se tapent seules le ménage (raison # 8.)

«On est à un tournant, après plusieurs années où les femmes étaient gênées de dire qu'elles étaient féministes. Dans un contexte où on a accès à beaucoup d'informations, plusieurs femmes deviennent sensibilisée au viol comme arme de guerre, aux mutilations faites aux femmes. Cela ajoute une acuité à notre conscience», poursuit Jocelyne Robert, qui sur son compte Twitter, se décrit comme une «jongleuse d'idées.»

Renouveau féminisme créatif

«Vous connaissez le site Who needs feminism?», nous demande la (jeune) adjointe de Julie Miville-Dechènes, avant de céder la ligne téléphonique à la présidente du Conseil du statut de la femme.

Dans le même esprit créatif et un brin «baveux» que #ChèreCarlaBruni, ce site est un florilège visuel drôle et cru où gars et filles s'expriment en photos et affiches, sur leurs propres motivations féministes, souvent à partir d'expériences personnelles.

Julie Miville-Dechènes est ravie par les possibilités d'expression et l'espace de liberté des réseaux sociaux. Si elle cause et débat souvent avec des jeunes qui associent le féminisme avec des luttes d'une autre époque, elle constate avec plaisir l'émergence d'une nouvelle relève qui s'approprie de manière créative les médias sociaux pour revendiquer l'égalité homme-femme.

«Des lieux comme Who needs feminism? ou #ChèreCarlaBruni donnent une voix à des femmes de la troisième vague féministe, qui analysent les choses différemment que le faisaient les féministes «traditionnelles», dit Mme Miville-Dechênes, qui a beaucoup aimé #ChèreCarlaBruni, son ton «pas du tout cinglant» et sa façon de mobiliser des jeunes femmes sur des enjeux toujours significatifs.

Quant aux déclarations de l'ex-première dame de France, Julie Miville-Deschênes les trouve carrément caricaturales et déconnectées. «Comme il s'agit de la femme d'un ex-président, les gens perçoivent d'autant plus la distance entre l'existence bourgeoise de cette femme et leur réalité.»

«Ouvrez les yeux Carla! Le chantier de l'égalité femmes-hommes est là, et il nous attend toutes et tous, quels que soient nos âges, professions, milieux sociaux. Allons Carla... Avouez que vous êtes féministe mais... que vous ne le savez pas encore!», peut-on lire sur le blog du quotidien français Libération.

Le magazine Elle a donné droit de réplique hier à l'ex-top modèle qui, dans l'entrevue qui a enflammé la twittosphère, se prononçait aussi en faveur du mariage «pour tous». Je le suis si être féministe c'est revendiquer la liberté. Mais je ne le suis pas si cela veut dire être engagée de façon active dans le combat que certaines mènent encore aujourd'hui.»

La Carla, emblème bien malgré elle d'un renouveau féministe?

Partager

lapresse.ca vous suggère

  • Rima Elkouri | Merci, Carla Bruni

    Rima Elkouri

    Merci, Carla Bruni

    Une déclaration a priori inutile peut parfois être très utile. C'est ce que je retiens de la controverse qu'a suscitée cette semaine une déclaration... »

publicité

publicité

publicité

la boite:1600147:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer