Le cerveau a-t-il un sexe?

Les femmes sont plus empathiques et douées pour le multitâche, les hommes... (Illustration: Marie Leviel, La Presse)

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Illustration: Marie Leviel, La Presse

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Josée Lapointe

Les femmes sont plus empathiques et douées pour le multitâche, les hommes lisent mieux les cartes routières et sont plus agressifs. Faux, répondent les auteures de Cerveau, hormones et sexe, essai qui déboulonne les stéréotypes sexuels en se basant sur l'ensemble des recherches faites sur le cerveau.

On ne naît pas femme, on le devient, disait Simone de Beauvoir. «C'est vrai, croit Louise Cossette, professeure au département de psychologie de l'UQAM. Et on peut dire la même chose pour les hommes.»

Né d'un ras-le-bol devant les clichés véhiculés comme des évidences sur les différences «innées» entre les sexes, cet essai qui aborde le sujet sous plusieurs angles - neurobiologie, sociologie, psychologie, politique - veut simplement remettre les pendules à l'heure. «Il y a toujours une ou deux recherches qui peuvent aller dans le sens de ce qui est rapporté dans les grands médias, affirme Louise Cossette, qui a dirigé la rédaction de ce livre. Mais si on regarde l'ensemble des études, la théorie sur les différences neurologiques et comportementales entre les sexes ne tient pas la route. C'est n'importe quoi.»

Louise Cossette et ses collègues en ont marre de cette croyance populaire selon laquelle les hommes viendraient de Mars et les femmes de Vénus. Nous sommes tous nés sur la même planète, nous rappellent-elles, mais, dès notre plus jeune âge, nous avons appris à nous conformer aux rôles dévolus à notre sexe.

«Il y a beaucoup plus de différences entre les individus d'un même sexe qu'entre les hommes et les femmes en général. Par exemple, on dit que les femmes au pouvoir font les choses différemment. Mais est-ce que Margaret Thatcher était différente? Et est-ce que tous les hommes PDG ont un style autoritaire? Moi, c'est cette grande variabilité qui me frappe, et c'est ça la vraie révélation des recherches.»

C'est ce que démontre de manière très claire la neurobiologiste française Catherine Vidal, qui travaille sur le sujet depuis une quinzaine d'années. Le cerveau possède une grande plasticité, explique-t-elle dans l'introduction du livre, et «fabrique sans cesse de nouveaux circuits de neurones en fonction de l'apprentissage et de l'expérience vécue». Des recherches portant sur l'apprentissage des mathématiques le prouvent et ces découvertes sur le cerveau, faites il y a une vingtaine d'années, viennent confirmer la phrase de Simone de Beauvoir. Pourtant l'adage populaire et les livres de psycho pop continuent à véhiculer le contraire.

Louise Cossette, professeure au département de psychologie de... (Photo: Robert Skinner, La Presse) - image 2.0

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Louise Cossette, professeure au département de psychologie de l'UQAM.

Photo: Robert Skinner, La Presse

Question de perception

Mais pourquoi ces préjugés persistent-ils? «C'est souvent une question de perception. Même lorsque les filles performent aussi bien que les garçons en mathématiques, elles continuent à se considérer moins bonnes.» Et quand Louise Cossette se fait raconter, pour la millième fois, qu'un petit garçon s'intéresse spontanément aux camions, elle soupire. «On observe ce qu'on veut bien observer. Et il y a aussi le fait que, sans même qu'on s'en rende compte, les enfants reçoivent des messages différents selon leur sexe. On ne leur offre pas les mêmes jouets, on ne se comporte pas de la même manière. Même si on pense que oui.»

On n'a qu'à voir la section «rose» du Toys'R'Us pour s'en convaincre. «Même les couleurs, c'est une construction sociale, souligne Louise Cossette. Aujourd'hui, on dit que le rose est presque dans l'ADN des petites filles. Pourtant, cette couleur a longtemps été masculine. Le rouge était la couleur des hommes, et le rose en était une déclinaison. La couleur féminine, c'était le bleu pâle.»

L'anecdote est amusante, mais Louise Cossette rigole moins lorsqu'elle entend que «l'école n'est pas faite pour les garçons», qui sont «naturellement» plus grouillants. «L'école a été pensée pour les garçons et, pendant des siècles, on a dit qu'elle n'était pas faite pour les filles, que leur cerveau était incapable d'abstraction. Maintenant, les garçons seraient plus concrets, et les filles plus fortes dans l'abstraction? Voyons. Il y a des filles qui échouent, des garçons qui réussissent, tous les cas sont possibles. Et tous les enfants ont besoin de bouger!»

Message caché

Longtemps, l'espérance de vie a été courte et l'existence des femmes a tourné autour de la maternité et de l'intérieur de la maison, pendant que les hommes investissaient l'extérieur. Mais dans une société devenue supposément égalitaire où la fécondité est contrôlée, il n'y a plus de raison de faire perdurer cette séparation des rôles. Surtout en se basant sur des raisons biologiques qui vont à l'encontre de toute preuve scientifique.

«On pense que c'est charmant, mais il y a tout le message qu'on passe. On continue de préparer les petites filles à être mères, et les garçons à aller dans la sphère publique. Il faut être vigilant, pour donner à son enfant une éducation qui lui permet de s'épanouir dans toutes ses qualités.»

L'universitaire ne blâme pas les parents: on ne change pas une vision millénaire en l'espace de quelques décennies. Et «personne n'a envie de faire de son enfant un mésadapté social». C'est ainsi que les stéréotypes ont la vie dure. Et qu'il est nécessaire, parfois, de sonner des cloches.

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Cerveau, hormones et sexe. Sous la direction de Louise Cossette. Éditions du Remue-ménage, 113 pages.

Dépression postnatale : les hormones ont le dos large

Une autre livre publié cet automne propose une déconstruction du discours populaire. Sur un sujet précis - la dépression postnatale-, les auteures analysent les paradoxes entre la gravité de la situation et les solutions proposées dans les articles et livres de «self help». Lorsqu'on suggère aux mères dépressives d'aller magasiner, de se confier à leur conjoint et de fonder un groupe d'entraide (!), on oublie qu'elles sont déprimées justement parce qu'elles sont isolées et sans ressource.

«Il y a un côté absurde qui est probablement lié à l'image idéalisée qu'on se fait de la maternité», juge Catherine des Rivières-Pigeon, coauteure du livre et professeure de sociologie à l'UQAM. Le résultat est potentiellement dangereux pour les femmes qui sont dans cette situation. «En lisant ces recommandations qui ne sont pas en phase avec ce qu'elles vivent, elles risquent de se sentir encore plus coupables.»

La psycho pop explique souvent ce type de dépression par un dérèglement hormonal. Une image véhiculée dans la fiction, où des femmes qui jouissent d'excellentes conditions de vie craquent sans raison apparente. Les hormones ont souvent le dos large. «C'est une manière de décontextualiser le problème. Mais toutes les études montrent que la dépression postnatale n'est jamais liée qu'à un seul facteur.»

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Les paradoxes de l'information sur la dépression postnatale. Collectif, éditions Nota bene, 158 pages.

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