Invité d'honneur: Rémy Simard

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Sylvie Saint-Jacques
La Presse

Né à Roberval en 1959, Rémy Simard a publié ses premiers dessins dans le magazine Continuum de l'Université de Montréal, où il a fait ses études en science politique. Auteur de plusieurs romans et ouvrages de bandes dessinées et illustrateur pour d'autres auteurs, il a collaboré à différents magazines et revues et compte une trentaine de titres à son actif, dont Iceberg et Spoutnik (publiés aux Éditions de La Pastèque).

En tant qu'écrivain, est-ce que vous considérez Montréal comme une ville qui nourrit l'inspiration?

Tout à fait! J'ai fait mon bonhomme de chemin à travers le monde et je trouve toujours étonnant de revenir à Montréal. Les gens ont l'impression que c'est déprimant et gris ici, mais non, en réalité, Montréal est une ville qui bouge, qui est très inspirante et motivante. Il s'y passe tellement de choses agréables et intéressantes, que ce soit en ce qui concerne la bouffe, la musique et même au niveau de la littérature et de la BD.

On n'a à envier personne, même si sur le plan architectural, des villes comme Paris et Londres sont difficiles à battre. La musique aussi est très inspirante et il est étonnant de voir des artistes comme Groenland ou Arthur H. venir créer ici.

Tout récemment, j'ai écrit un livre illustré par Pierre Pratt, qui a été publié par White Raven, un organisme allemand. Par conséquent, sa diffusion est internationale. Et il y a des éditeurs comme La Pastèque, qui ont davantage un souci d'exportation et de vente de droits qu'avant. On n'a plus besoin de s'exiler pour créer. Cela dit, si je suis inspiré par ce que je vis ici, le voyage m'inspire aussi beaucoup. Il ne faut pas rester toujours dans ses petits souliers!

Décrivez votre appartenance à la francophonie.

Elle est assez forte, finalement! Mais je me considère surtout comme un Nord-Américain qui parle français. Je ne peux pas parler pour les Africains francophones, mais quand je discute avec des Français ou des Belges, je me demande si on a en commun autre chose que la langue. Je pense que nous, les Québécois, sommes plus timides, en comparaison des Parisiens. Mais cela change, on défend de mieux en mieux notre point de vue. Nous avons des choses à revendiquer dans notre langue et encore du chemin à faire, pour prendre une place en Europe, qui est déjà acquise en Amérique du Nord. La francophonie, au niveau mondial, nous permet de voyager, de nous faire comprendre.

Pensez-vous que le français que l'on écrit et que l'on parle à Montréal évolue en s'ouvrant sur le monde?

Je crois que oui, mais les opinions là-dessus sont partagées. J'en parlais récemment avec ma belle-mère haïtienne, qui trouve que le français est mieux parlé en France qu'au Québec. On a des tics de langage, bien sûr, mais qui n'en a pas? Le souci de protéger la langue est plus fort ici qu'ailleurs, peut-être en raison du bassin anglophone. On a tendance à faire évoluer la langue ici, ne serait-ce qu'avec de petits mots comme «courriels» ou «clavarder», qui ne passent pas du tout en France. C'est certain qu'il y a des expressions comme «vapoter» qu'on peut trouver cucul, mais bon, il y en a qui trouve cela charmant pareil...

À votre avis, quels sont les auteurs «phares» de la littérature montréalaise, à l'heure actuelle?

En bande dessinée, on ne peut pas passer à côté de Michel Rabagliati. Jamais, avant lui, un auteur de BD n'a eu autant de succès au Québec. J'admire aussi Fanny Britt, écrivaine, dramaturge et maintenant scénariste de la bande dessinée Jane, le renard et moi, qui est illustrée par la très talentueuse Isabelle Arsenault. Et il y a d'autres auteurs et illustratrices qui se démarquent, comme Élise Gravel et Marianne Dubuc.

Qu'est-ce qui relie la littérature montréalaise à celle des autres lieux de la francophonie?

Je pense qu'elle est désormais accessible à tous, ce qu'elle n'a pas toujours été. Même si elle aborde des sujets très régionaux, très locaux, elle rejoint tout de même un vaste territoire. Le décor reste quand même très exotique, mais la façon d'écrire, de penser, de raconter est très internationale. C'est une littérature «exportable», qui aborde des thèmes qui peuvent être vécus un peu partout.

En terminant...

Je viens du Lac-Saint-Jean et je me considère comme profondément montréalais. Au début des années 80, mon rêve était d'aller m'installer en Belgique, qui pour moi était la Mecque de la bédé. Mais je suis trop attaché aux gens ici et, surtout, je n'ai plus besoin de m'exiler pour faire mon travail, que je considère comme «international».

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Rémy Simard participera à Sophielit présente: Rémy Simard, samedi à 15 h 15, à l'Agora, et à la table ronde La bande dessinée, le papier ou l'écran?, dimanche à 13 h 30, à l'Espace Archambault.

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