Invité d'honneur: Marie-Jean Vinciguerra

Marie-Jean Vinciguerra... (Photo: fournie par le Salon du livre de Montréal)

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Marie-Jean Vinciguerra

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Sylvie Saint-Jacques
La Presse

Auteur de plusieurs romans, l'écrivain corse Marie-Jean Vinciguerra a poursuivi une carrière à la fois universitaire, diplomatique et politique. Son ouvrage Bastion sous le vent a été récompensé par le prix de l'Assemblée de Corse (CTC). Investi du sentiment que la littérature peut sauver la langue, il parle de son engagement envers la francophonie.

En tant qu'écrivain, est-ce que vous considérez Montréal comme une ville qui nourrit l'inspiration?

Je vous dirai que la seule évocation de Montréal, qui est une métamorphose du nom iroquois Tiohtià:ke, a quelque chose de somptueux. On dit qu'une ville doit se bâtir sur une colline et être traversée par un fleuve. C'est le cas de Montréal, tout comme Florence, Paris ou Rome. C'est une île archipel sur le Saint-Laurent, qui la relie aux Grands Lacs. Avec ses rues à angles droits, ces icônes modernes, son code géodésique, son Stade olympique, Montréal est une ville chaotique et fraternelle, qui procure aux écrivains l'inspiration, au gré de ses métamorphoses.

Je m'intéresse à l'écrivain qui investit la ville et tisse sa mémoire. Claude Arnaud a décrit des villes du Nouveau Monde comme New York, qui accueillent la mémoire du monde. Je citerai aussi Dany Laferrière, dans L'énigme du retour, qui tourne au coin d'une rue de Montréal et sans transition, tombe dans Port-au-Prince. Et Gaston Miron, qui dit «ouvre-moi tes bras que j'entre au port et mon corps d'amoureux viendra rouler sur les talus du mont Royal...»

Décrivez-nous votre appartenance à la francophonie.

Je suis né sur une terre, la Corse, que la géographie situe dans une aire culturelle italienne, et que les vicissitudes historiques relient à la France. La langue italienne s'y est effacée au profit du français, qui est devenu dominant. Même si je suis né dans un milieu de langue française, je n'ai pas renoncé à l'italien ni au corse. J'ai été conseiller culturel en Amérique latine et en Afrique, où j'ai oeuvré pour l'épanouissement du français dans le monde et pour la reconnaissance des écrivains étrangers. À titre de chef de la délégation française pour l'UNESCO, je me suis battu pour la langue française.

Pensez-vous que le français que l'on écrit et que l'on parle à Montréal évolue en s'ouvrant sur le monde?

Pour moi la langue a une double filiation: elle est à la fois fille du peuple qui la parle et consacrée par les écrivains. Le melting-pot linguistique canadien est un foyer de création pour la langue, avec tous les aspects positifs que cela suppose. Lire ces écrivains est un réel bain de jouvence.

À votre avis, quels sont les auteurs «phares» de la littérature montréalaise, à l'heure actuelle?

Comme l'a dit Baudelaire, les auteurs du passé sont aussi des phares. Je citerai d'abord Émile Nelligan, qui avec son délire symbolique dans Le vaisseau d'or, a non seulement traduit un drame personnel mais aussi la tristesse de l'improbable appartenance au Canada. Il y a aussi les poètes montréalais de la Révolution tranquille, de la Nuit de la poésie, Jacques Brault et son évocation du frère disparu. Le roman au Québec fait vivre les villes, donne à la ville ses couleurs, sa respiration, sa langue. Il y a Les chroniques du Plateau Mont-Royal, qui fait parler les villes en joual. Je pense aussi à Je suis Sébastien Chevalier, de Patrice Lessard, qui plonge au centre de la jet set mondaine. Ou encore, il y a ces écrivains tournés vers la littérature mondiale, comme Mylène Bouchard (La garçonnière) ou Alain Farah, qui sont de cette école moderne par laquelle l'inspiration vient d'ailleurs, mais qui ne renient pas leur identité.

Qu'est-ce qui relie la littérature montréalaise à celle des autres lieux de la francophonie?

Je pense que c'est la multiplicité et l'interpénétration des lieux de la francophonie. Au fond, qu'est-ce que le lieu, sinon une dialectique de l'ici et de l'ailleurs, un territoire d'écriture, une langue possédée d'un même génie qui n'est pas figé, un lieu mosaïque où se brassent l'héritage des capitales de la francophonie. Des réseaux d'échanges se créent entre Paris, Montréal, Beyrouth, où chaque créateur façonne le français et le fait chanter.

En terminant...

Le Québec s'est enrichi d'une mythologie forte, au contact de nouvelles expressions. Tout comme Gabriel García Márquez a donné des clés pour comprendre la Colombie, les écrivains montréalais ouvrent la porte des énigmes de cette grande ville culturelle. J'attends aussi beaucoup des rencontres avec les Montréalais!

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Marie-Jean Vinciguerra participera à Confidence d'écrivain, dimanche à 13 h, à la Place Confort TD. ainsi qu'à deux tables rondes à l'Espace Archambault: L'édition corse, vendredi à 19 h 30, et La bibliothèque des auteurs, samedi à 14 h 30.

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