Invité d'honneur: Michel Tremblay

Michel Tremblay... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse)

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Michel Tremblay

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Sylvie Saint-Jacques
La Presse

Montréal s'anglicise, entend-on fréquemment. Malgré cela, on continue d'y vivre et surtout d'y écrire en français. Au coeur de la francophonie cosmopolite et globe-trotter, la métropole est-elle un lieu d'ouverture sur le monde qui abreuve l'imaginaire des auteurs? C'est ce que nous avons demandé aux neuf invités d'honneur du Salon du livre 2014.

S'il se passe de présentation, Michel Tremblay demeure une figure très présente de la littérature d'ici. Estimé de ses pairs comme l'écrivain phare de la francophonie montréalaise, le romancier et dramaturge publie ce mois-ci Survivre! Survivre!, huitième tome de la Diaspora des Desrosiers.En tant qu'écrivain, est-ce que vous considérez Montréal comme une ville qui nourrit l'inspiration?

Voilà une question bizarre! Simplement, parce que je trouve que c'est ce que l'on vit dans un endroit (et non l'endroit même), qui procure l'inspiration. Si j'avais vécu la même enfance, avec les mêmes parents, à Oran en Algérie, mes récits auraient été semblables, seulement les lieux n'auraient pas été les mêmes.

Pour moi, cette question est aussi un «catch-22», parce que je décris encore Montréal au passé, depuis que j'ai commencé mon nouveau cycle qui commence en 1912 pour s'échelonner jusqu'en 1941. C'est un carcan que je me suis imposé et dans lequel je suis pris! Si vous lisez Le coeur découvert, par exemple, le Montréal que je décris est très différent du Plateau des années 40 où j'ai passé mon enfance.

Sur le plan historique, toutes les villes sont intéressantes parce qu'en marge de leur histoire, il y a ce que les gens y ont vécu, qui est passionnant.

Décrivez votre appartenance à la francophonie.

Encore une fois, je ne sais pas trop quoi répondre! La francophonie est un mot qui est arrivé très tard dans la vie des gens de mon âge. Je suppose que l'on savait que ça existait, même si c'est seulement au cours des années 60-70 que les anciennes colonies ont conclu qu'elles avaient les mêmes besoins et peut-être le même rapport avec la mère patrie. Le mot «francophonie» a ainsi pris tout son sens il y a 30 ans. Mon appartenance au concept est donc arrivée très tard.

C'est à travers le parcours personnel, en lisant Dany Laferrière ou des romans d'Afrique du Nord, qu'on se rend compte que partout dans le monde, des gens vivent les mêmes problèmes que nous. Les Suisses et les Belges, qui sont collés sur la France, commencent à peine à comprendre qu'aux yeux des Français, la francophonie regroupe tous les pays francophones, sauf la France.

Pensez-vous que le français que l'on écrit et que l'on parle à Montréal évolue en s'ouvrant sur le monde?

Je ne sais pas. On a toujours dit que Montréal s'était ouvert sur le monde avec Expo 67, mais on n'a pas commencé à parler différemment après. Je suppose que cela dépend des milieux. Dans les milieux élitistes, il est possible que l'on parle mieux, alors que je n'ai pas l'impression que les choses ont changé dans le monde ouvrier. Cela est un peu dommage: le joual, inventé par les femmes au tournant du XIXe siècle, existait par nécessité. Mais il est dommage de continuer à l'utiliser, sachant que d'autres choses existent. Si on veut être de dignes représentants de la francophonie, il faut bien parler le français. Les «quand qu'on» ou les «ça l'a» n'ont pas leur place, en France, même un enfant de 8 ans ne fait pas de telles erreurs. Il faut bien apprendre le français, ce n'est pas une science infuse!

À votre avis, quels sont les auteurs «phares» de la littérature montréalaise, à l'heure actuelle?

J'étais récemment chez Serge Denoncourt, en Italie, et nous avons un peu «bûché» sur cette question. Je n'ai pas l'impression, chez les auteurs que je lis en ce moment, que la présence de la ville est aussi importante qu'elle l'a été pour ma génération. J'ai beaucoup aimé La déesse des mouches à feu [de Geneviève Pettersen], où la présence du Saguenay est aussi importante que celle de Montréal. Il y a aussi Simon Boulerice, moins pour la ville que pour les personnages. Et il y a Arvida [de Samuel Archibald], bien évidemment...

Qu'est-ce qui relie la littérature montréalaise à celle des autres lieux de la Francophonie?

L'universalité d'un texte et non pas l'endroit où il a été écrit. La pertinence est ce qui le relie et rassemble dans la différence. Sa possibilité de rendre compte du fait que les humains se ressemblent, malgré les villes, les sociétés dans lesquelles ils évoluent. Si le seul propos des Belles-soeurs avait été le collage de timbres, cette pièce ne serait jamais sortie du Québec. On se ressemble, même si on vit des choses différentes.

En terminant...

Ce n'est pas à moi d'avoir le dernier mot, sur l'importance que j'ai ou non dans le milieu de la francophonie montréalaise. Ce genre de chose fait prétentieux!

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Michel Tremblay participera à Confidence d'écrivain, dimanche à 14 h, à la Place Confort TD, à Duo Écrivain-libraire, jeudi à 18 h, à la Place Confort TD, et aux Libraires en coulisses, dimanche à 12 h, au stand 50.

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