Table ronde: Le nouveau tabou

Caroline Allard... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Caroline Allard

Photo: Robert Skinner, La Presse

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Josée Lapointe

on parlera de sexe cette année au Salon du livre, lors d'une table ronde où on se demandera comment on peut écrire sur la «chose» à l'ère de la porno virtuelle et du sadomasochisme pour tous dans la veine de Cinquante nuances de Grey. La présence des auteurs Mélissa Verreault (à l'animation), Caroline Allard, Guillaume Corbeil et Stéphane Dompierre, qui seront réunis pour l'occasion, est une promesse de franches discussions.

Stéphane Dompierre a dirigé cet automne un recueil de nouvelles érotiques auquel ont participé entre autres Marie Hélène Poitras, Patrick Senécal, Sophie Bienvenu et, justement, Guillaume Corbeil. Avec Nu, il veut redonner ses lettres de noblesse à ce genre littéraire, et surtout, ne pas dégoûter les gens de la sexualité...

«Comme on ne peut plus vraiment choquer personne de toute façon, j'ai voulu faire quelque chose de fun», explique-t-il. Les gens ont déjà pas mal tout vu, et la littérature érotique ne fait plus scandale depuis longtemps. Il n'était donc pas question de provoquer pour provoquer, de transgresser quoi que ce soit ou de sombrer dans le glauque. «J'ai voulu exposer le côté sain de la sexualité, celle qu'on voit de moins en moins. C'est peut-être ça, le nouveau tabou!»

D'ailleurs, si elles sont crues et osées, plusieurs des nouvelles du recueil parlent aussi de rencontre humaine, de chaleur, de montée du désir, voire d'une certaine tendresse. Une ligne directrice qui n'était pas prévue, admet Stéphane Dompierre, mais qui est probablement une sorte de réponse au côté désincarné du porno qu'on trouve sur le web. «Sur les sites pornos, on se sent souvent étranger à ce qu'on voit. Dans Nu, je voulais vraiment que les lecteurs puissent s'imaginer à la place des personnages.»

Place à l'imaginaire

Stéphane Dompierre n'aime pas beaucoup Cinquante nuances de Grey - «de la chick lit avec des scènes explicites» - , mais estime que le best-seller a eu une influence positive: celle de permettre ce retour en force de l'imaginaire. «Quand c'est juste les images sur un écran, il n'y a pas de travail à faire. Ce livre, aussi kitsch et mal fait qu'il puisse être, a ramené les images érotiques à la personne qui se les invente. Il nous a rappelé que la littérature érotique existe.»

Aux auteurs maintenant de trouver le ton et la manière pour en faire de la littérature de qualité. Étrangement, 10 des 16 personnes qui ont participé à Nu sont des femmes. «Peut-être qu'elles ont vu ce qu'elles pouvaient apporter au genre. Les gars ont été plus prompts à refuser mon invitation. Peut-être qu'ils ont plus peur d'être clichés...»

Pas facile non plus d'écrire des scènes de sexe, assure l'auteur. L'ellipse ne fonctionne pas vraiment, il faut être précis sans être clinique, donner des détails sans être maniaque. «Ça nous oblige à écrire d'une autre façon.» Les auteurs réunis dans Nu, en tout cas, font la preuve qu'on peut être vraiment littéraire, conserver son style et sa voix unique, tout en respectant les exigences du genre.

Pour en parler sans rougir et avec le sourire, rendez-vous au Salon.

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Écrire le sexe - Plaisirs et défis de l'érotisme en littérature, samedi à 17h, à la Place Confort TD.

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