Tom à la ferme: le bonheur n'est pas dans le pré

Lise Roy, Alexandre Landry, Évelyne Brochu et Éric... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Lise Roy, Alexandre Landry, Évelyne Brochu et Éric Bruneau de Tom à la ferme.

Photo: André Pichette, La Presse

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Saison théâtrale 2010 et 2011

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Saison théâtrale 2010 et 2011

Notre dossier sur la saison théâtrale 2010-2011. »

Les nouvelles créations de Michel Marc Bouchard sont toujours très attendues. D'autant plus que son dernier texte, Le peintre des Madones, remonte à 2004, et que le précédent, Sous le regard des mouches, avait été créé en 2000. Avec Tom à la ferme, le dramaturge québécois renoue avec des thèmes qui lui sont chers: l'homophobie, la campagne, la présence de la mère et le deuil. Cette fois, il s'agit d'un récit sur le «vol d'un deuil», mis en scène par Claude Poissant.

Cette nouvelle création de Michel Marc Bouchard trouve sa source dans une pièce écrite à la fin des années 90, Les limbes, qui n'a finalement jamais vu le jour. «C'était une pièce composée de plusieurs fragments qui traitaient de l'état des séropositifs, explique l'auteur. Mais je trouvais que le thème l'emportait sur l'aventure théâtrale et que ça devenait un peu trop didactique. Alors je n'ai pas voulu poursuivre.»

En relisant la pièce il y a deux ans et demi, il a eu envie de reprendre un de ces fragments qui abordait le thème du deuil. «C'était l'histoire d'un jeune homme qui s'en allait aux funérailles de son amant, mais qui se retrouvait dans un milieu rural qu'il ne connaissait pas. Auprès de gens qui s'attendaient à rencontrer une veuve et non pas un veuf. Tom à la ferme part de là. De ce mensonge laissé en héritage par le défunt. J'ai retravaillé le texte avec le comédien François Arnaud il y a deux ans, tranquillement. La pièce a ensuite suivi le chemin de la création.»

Claude Poissant, qui depuis une dizaine d'années monte presque exclusivement des créations, connaît bien l'oeuvre de Michel Marc Bouchard. Il a produit Les feluettes lors de la création de la pièce en 1987 (dans une mise en scène d'André Brassard), et monté Les grandes chaleurs à Chicoutimi en 1993. Il y a quelque mois, l'auteur lui a donné le texte sans lui demander directement de faire la mise en scène... «Un exercice de désir», nous glisse-t-il.

«C'est drôle, se souvient Claude Poissant, parce que Michel Marc a souvent fait monter ses pièces par Denoncourt, René Richard Cyr, etc. mais il m'a dit un jour, Les limbes, c'est pour toi...» Drôle de hasard en effet, le metteur en scène, qui a monté deux spectacles importants en 2010 - Rouge gueule d'Étienne Lepage, et The Dragonfly de Chicoutimi, de Larry Tremblay - n'a finalement pas hésité à embarquer dans le projet.

«Il y a quelque chose dans l'écriture de Michel Marc qui me fascine, c'est qu'on se retrouve dans le réel, sans y être tout à fait. Nous sommes dans une fable, mais construite avec des matériaux authentiques, réels. Et puis chaque lecture nous révèle quelque chose de nouveau. Parce qu'il y a toujours un appel social. C'est très inspirant. On a l'impression de faire un travail d'artisan.»

Comme pour toute création, dès les premières répétitions avec les comédiens, il y a eu beaucoup d'allers-retours avec l'auteur depuis le mois de mai dernier. «C'est comme de la haute couture, précise Claude Poissant. On doit toujours faire de petits ajustements, être à l'écoute l'un de l'autre. Ce qui est bien, c'est que Michel Marc n'est pas quelqu'un qui protège son oeuvre. Il sait qu'il écrit pour le théâtre, que la force de la création se trouve dans ces petits changements.»

Michel Marc Bouchard acquiesce. «C'est vrai que c'est de la haute couture, dit-il. J'en suis rendu à coudre des boutons. À rajouter une syllabe pour que ça fonctionne. Lorsque j'assiste à des enchaînements, je sais que c'est réussi lorsque j'oublie que c'est moi qui ai écrit le texte. C'est important de faire ce travail-là parce que la création devient le repère de l'oeuvre. Après, on ne se réfère plus à l'auteur. Bizarrement, la mise en scène de Claude et l'interprétation des comédiens effacent toutes les références que j'avais en écrivant le texte.»

Pour camper le décor rural de Tom à la ferme, Claude Poissant a visité des fermes modernes dans le but de lui donner une résonnance métallique. «Peu à peu, explique le metteur en scène, je me suis rendu compte qu'il fallait revenir au bois pour bien décrire le lieu de la fable.» D'où ce décor avec un pan de mur de grange (à l'arrière-scène), peaufiné par le scénographe Romain Fabre, qui a cherché à créer un espace à mi-chemin entre un extérieur et un intérieur.

C'est Alexandre Landry qui interprétera le rôle de Tom, jeune publicitaire homosexuel qui se rend donc aux funérailles de son amant, mort à la suite d'un accident de voiture; Lise Roy se glissera dans la peau de la mère du défunt; Éric Bruneau interprétera le frère du défunt, homophobe extrêmement menaçant vis-à-vis de Tom pour que ce mensonge ne soit jamais révélé, tandis qu'Évelyne Brochu sera la fausse amoureuse du défunt, Sarah. Évidemment, on s'en doute, tout cet imbroglio éclatera au grand jour.

Pour Michel Marc Bouchard, le thème de l'homophobie est toujours aussi actuel: «Je dis souvent que les homosexuels apprennent à mentir avant d'apprendre à aimer. Les premiers pas pour atteindre l'être aimé sont bien souvent une fabrication mensongère.»

Tom à la ferme, du 11 janvier au 5 février au Théâtre d'Aujourd'hui

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