La musique en mutation

La transformation d'oeuvres musicales existantes n'est pas un phénomène... (Photo: Getty Images)

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La transformation d'oeuvres musicales existantes n'est pas un phénomène nouveau. Déjà, à l'époque baroque, les plus grands compositeurs intégraient les oeuvres de leurs collègues. Ces derniers s'en trouvaient d'ailleurs honorés! Ainsi, le style de Vivaldi pouvait être cité dans une oeuvre originale de Bach, pour reprendre un exemple connu.

Bach: concerto en la mineur pour orgue bwv 593, d'après Vivaldi

Au XXe siècle, de telles pratiques ont été favorisées par le développement technologique, même si les défenseurs de la propriété intellectuelle les trouvaient suspectes, voire répréhensibles.

En 1956, la composition The Flying Saucer de Bill Buchanan et Dickie Goodman atteignit les sommets du palmarès en accolant de la musique aux paroles d'Orson Welles et de sa mythique émission La guerre des mondes.

Déjà dans les années 70, l'émission I'm Sorry, I Haven't a Clue, diffusée par la BBC, faisait place à des mélanges inusités lors d'un segment de l'émission.

Au cours de cette même décennie, des remix célèbres ont ajouté au rayonnement des tubes de l'époque. La vague disco a permis l'émergence de producteurs/réalisateurs spécialisés dans le remix - Disconet, DMC (Disco Mix Club), Hot Trax, etc.

Dans un contexte musical plus exigeant, des musiciens visionnaires comme Frank Zappa et John Zorn ont cité leurs influences dans le cadre de certaines de leurs compositions.

Culture du remix

L'arrivée des technologies numériques a radicalement modifié la donne, favorisant une croissance fulgurante de ces pratiques.

Au tournant des années 80, l'arrivée en force de magnétophones, magnétoscopes, échantillonneurs, tables de mixage et autres outils convertis aux technologies numériques a accéléré cette culture du remix. Les artistes hip-hop eurent tôt fait d'exploiter ces nouvelles technologies (bien au-delà des platines), pendant que ceux de la club culture et de la musique électronique s'apprêtaient à en décupler l'usage au tournant des années 90.

Le changement de paradigme est devenu plus qu'évident lorsque l'internet a libéré la circulation, le partage et l'hyperdiffusion des créations numérisables.

Au-delà du hip-hop, de l'electronic dance music (EDM) et de l'électro en général, le monde de la musique a été frappé de plein fouet par ces changements technologiques. Bien au-delà de la lutherie, la mutation se logeait au coeur de la création.

Démocratisation

Si le recyclage d'oeuvres musicales dans le cadre d'autres oeuvres composites n'est pas un phénomène nouveau, la généralisation et la mutation de ces pratiques le sont.

Depuis les années 90, décennie où l'internet est devenu accessible au grand public, l'arrivée massive des outils d'enregistrement, d'échantillonnage et de mixage de la musique a mené à une démocratisation sans précédent de la production musicale.

Plusieurs logiciels de mixage ont été offerts sur la Toile, dont plusieurs gratuitement. Quant aux instruments physiques, leur coût s'avérait nettement inférieur à celui des équipements professionnels utilisés au cours des décennies précédentes.

Depuis lors, amateurs et professionnels peuvent apprivoiser ces outils et procéder à tout le moins au remixage de matériaux sonores numérisés, très souvent en libre circulation sur l'internet ou encore numérisés à partir de banques partagées par les amateurs comme par les professionnels.

Voici quelques exemples:

> FL Studio (anciennement Fruity Loops, mis en ligne dès 1997): création en musique électronique

http://www.image-line.com/flstudio/

> Garage Band: mixage, enregistrement, manipulation et diffusion

https://itunes.apple.com/ca/app/garageband/id408709785?l=fr&mt=8

> Pro Tools: manipulation de données numériques, enregistrement et mixage

http://www.avid.com/US/products/family/Pro-Tools

> Adobe Audition: manipulation de données numériques, enregistrement et mixage

http://www.adobe.com/ca_fr/products/audition.html

> Audacity: manipulation de données numériques, enregistrement et mixage

http://audacity.sourceforge.net/

> Softonic: manipulation de données numériques, enregistrement et mixage

http://en.softonic.com/s/music-mixer

> Acid Pro: séquenceur musical

http://www.sonycreativesoftware.com/acidpro

L'arrivée du mashup

Au cours des 30 dernières années, les formes dérivées de la composition (prise au sens traditionnel) sont passées de la relecture légère à la reconstitution totale. Du remix au mashup multisource en passant par les formes hybrides (usages combinés de l'approche numérique et de l'instrumentation «normale»), les mutations sont profondes.

Déjà en 1994, le groupe Evolution Control Committee soudait les voix du groupe hip-hop Public Enemy et l'air Tijuana Brass du trompettiste Herp Albert, pour obtenir un rayonnement plus que probant.

Au tournant des années 2000, de futés remixeurs se sont appliqués à fusionner deux chansons populaires, c'est-à-dire à combiner la trame vocale ou mélodique de l'une à la progression harmonique ou réalisation de l'autre, avec des résultats aussi étonnants que spectaculaires.

Comment nommait-on cette pratique? Les appellations bootleg et bastard pop (pop bâtarde) ont fini par faire place à l'expression mashup.

Des pratiques devenues «normales»

Le «mashup A + B» (ou «mashup versus» comme on le dit parfois en France) a évolué vers le «mashup multisource», de plus en plus complexe. L'usage de plusieurs segments de musiques ou chansons a conduit les artisans du mashup à mettre au point une forme de création de plus en plus autonome. Et de la lier aux pratiques «normales» de la création sonore.

Aujourd'hui, le recyclage se veut à la fois pratique autonome (artistes mashup à part entière) et partie intégrante du processus de création. Ainsi, le recyclage de données musicales préexistantes peut être assorti de méthodes traditionnelles de composition et d'arrangement des instruments acoustiques ou électriques.

S'il ne garantit en rien la qualité des oeuvres, le recyclage numérique est désormais incontournable pour une part de plus en plus importante des créateurs en musique.

Cette pratique généralisée remet en question le caractère définitif de l'oeuvre, sa propriété intellectuelle comme celle de ses matériaux d'origine, sans compter l'économie de sa consommation et de sa diffusion.




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