2Fik's Museum: transpositions impertinentes

L'artiste 2Fik entre deux de ses étonnantes photographies,... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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L'artiste 2Fik entre deux de ses étonnantes photographies, dans lesquelles il se met lui même en scène.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

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Artiste montréalais intéressé par les questions identitaires, 2Fik expose, jusqu'à demain à la galerie Espace, 20 photographies étonnantes de mises en scène reliées à des tableaux anciens. Une plongée originale dans l'art classique qui recrée un univers contemporain peuplé de personnages singuliers.

Le cri d'Edvard Munch reconstitué sur les pentes du mont Royal en plein hiver. L'Autoportrait à l'oreille bandée de Vincent Van Gogh qui devient l'Autoportrait à la rage de dents. Les Raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte qui évoquent le funeste 11 septembre 2001. La Grande odalisque de Jean-Auguste-Dominique Ingres qui change de sexe et surtout de métier! L'artiste 2Fik n'a pas eu peur de s'attaquer à des oeuvres majeures de l'histoire de l'art en en faisant une relecture contemporaine qui a, ma foi, beaucoup de charme.

«Je trouvais que les tableaux connus, notamment anciens, souffrent et jouissent d'un élitisme et d'une sacralisation qui m'ont toujours un peu troublé, dit 2Fik. Alors, réinterpréter des tableaux qui me paraissaient inaccessibles jusqu'à récemment pour les désacraliser, je trouvais ça intéressant.»

Artiste d'origine franco-marocaine, 2Fik a imaginé 2Fik's Museum en 2010. Mais vouloir faire revivre les scènes de tableaux anciens en les mettant au goût du jour lui a demandé une grande coordination. En effet, 2Fik met en scène des personnages qu'il joue lui-même et qu'il photographie les uns après les autres sur une scène donnée. Il assemble le tout ensuite grâce à Photoshop.

Quand trois personnages doivent se trouver sur la même photo et que l'un est barbu, le deuxième, moustachu et le troisième, imberbe, cela requiert un «calendrier de pilosité faciale» et une planification sur plus d'un an. «J'ai dû organiser ma barbe en fonction des oeuvres, dit-il. Par exemple, mon personnage de femme à barbe, Ludmilla-Mary, a une barbe de six mois, donc il faut que j'attende six mois avant de pouvoir shooter une photo avec elle. J'ai donc trouvé un ordre de réalisation des oeuvres.»

2Fik a créé au total 11 personnages dont celui qu'il incarne dans la vie, toujours représenté dans une moulante combinaison zentaï noire. Chaque personnage a une apparence et une histoire. Dans la galerie, un cahier présente une bio de ces Abdel, Fatima, Alice, Benjamin ou Francine qu'il personnalise. Pour les 20 photos prises à Paris, Montréal, New York et Regina, il a donc dû trouver des costumes qui ressemblent à des vêtements d'époque, apprendre ses rôles et les jouer devant son appareil-photo. Mis à part deux portraits pour lesquels l'aide d'un tiers était nécessaire afin d'éclairer les visages, il a travaillé seul, construisant la photo par de multiples aller-retour entre l'appareil-photo et son décor, chaque fois dans un costume différent.

Pour la relecture de La leçon d'anatomie du docteur Tulp de Rembrandt, on le voit incarner ses 11 personnages, avec plus ou moins de barbe! Il a donc commencé à se photographier jouant le personnage le plus barbu, puis s'est rasé un peu sur place, s'est changé, a pris une autre photo, etc. «Il vaut mieux ne pas rater la photo, sinon je ne peux la reprendre que des mois plus tard, quand la barbe a repoussé!»

Sa photo Le Sultan Abdel ne reproduit peut-être pas tout à fait la même prestance que le portrait original du sultan ottoman Mehmet II réalisé par Gentile Bellini. Mais le turban, la barbe, le nez généreux et le pourpre du vêtement donnent l'impression d'une même soif de conquête. Même chose pour Manon, «une mère de famille monoparentale québécoise stylée», qui apparaît dans Manon au rat blanc d'une grandeur semblable à l'original, La dame à l'hermine de Léonard de Vinci. Voici des oeuvres qui mêlent ainsi humour, histoire de l'art, recherche identitaire et plaisir dramaturgique avec une belle intelligence. Une transposition impertinente du passé dans la modernité avec un langage riche rempli de symboles et de messages.

Quelques-unes des photos de 2Fik seront exposées du 1er au 16 mars au complexe Guy-Favreau, à l'occasion du festival Art souterrain.

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2Fik's Museum, de 2Fik, jusqu'à demain à la galerie Espace (4844, boulevard Saint-Laurent).




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