Facebook promet de ne plus censurer les oeuvres d'art des musées

Femmes à la toilette, 1956, Pablo Picasso (1871-1973), huile... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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Femmes à la toilette, 1956, Pablo Picasso (1871-1973), huile sur toile

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

Éric Clément
La Presse

Indécente aux yeux de Facebook, une publicité du Musée des beaux-arts de Montréal montrant une toile de Picasso a été censurée récemment sur le réseau social. Mais les protestations de l'institution ont amené l'entreprise à promettre de changer sa politique concernant les oeuvres d'art.

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a vécu toute une aventure, cet été, en voulant faire la promotion sur Facebook de son exposition D'Afrique aux Amériques - Picasso en face-à-face, d'hier à aujourd'hui.

Dans sa publicité apparaissait la peinture cubiste Femmes à la toilette, de Pablo Picasso, peinte en 1956 et montrant deux femmes nues. Surveillant la teneur des pubs qu'il diffuse, le réseau social a envoyé une note au musée l'avisant qu'il avait retiré la pub à cause de l'oeuvre de Pablo Picasso, la jugeant indécente.

« Selon eux, ce chef-d'oeuvre d'art moderne - présenté à travers le monde dans de grandes institutions au fil du temps - ne sied pas au regard du public, car il est "trop osé" », a dit hier à La Presse Maude Béland, chargée des relations de presse au MBAM.

La publication de l'oeuvre était refusée par le système automatisé d'algorithmes de Facebook. Par conséquent, « nous avons changé la publicité en prenant l'image de la peinture de Picasso Nature morte au guéridon, mais après quelques jours, elle a aussi été refusée, car leurs algorithmes y avaient vu un sein », raconte Pascale Chassé, directrice des communications du MBAM.

Beau joueur, le musée a donc changé de nouveau le visuel en choisissant une vue de l'exposition. « Mais dans la photo de scénographie, on voyait au loin une oeuvre et, là encore, ils ont refusé la pub, car ils avaient détecté un sein », dit Mme Chassé.

« PRODUITS ET SERVICES RÉSERVÉS AUX ADULTES »

Le musée a alors contacté le réseau social pour obtenir des explications. Un comité de Facebook qui révise éventuellement les décisions en cas de contestation a alors confirmé au musée, le 16 juillet, l'interdit de publication. Dans le courriel que Facebook a fait parvenir au musée et dont La Presse a obtenu un extrait, on peut lire que l'oeuvre a été rejetée car elle fait « la promotion de la vente et de l'utilisation de produits et de services réservés aux adultes tels que les produits d'amélioration sexuelle, les techniques de séduction, les clubs pour adultes, les spectacles pour adultes et les jouets pour adultes ».

« C'est bien dommage que Facebook ne sache pas faire la différence entre de la pornographie et une oeuvre d'art, limitant ainsi la diffusion de la culture. » - Maude Béland, chargée des relations de presse au MBAM

Hier matin, le musée a eu une discussion avec une représentante torontoise de Facebook et, finalement, en après-midi, le réseau social a annoncé au musée avoir révisé sa décision et que l'institution pourrait dorénavant faire la promotion de l'expo Picasso avec la photo de son choix. 

« Il y a déjà eu plusieurs cas comme ça avec d'autres musées dans le monde, notamment en Belgique, mais je pense que maintenant, ils vont revoir leur façon de faire », dit Pascale Chassé. 

LES MUSÉES FONT RECULER FACEBOOK

En effet, une représentante de Facebook à Toronto a écrit un courriel à Mme Chassé pour s'excuser des désagréments subis et lui assurer que le musée pourrait dorénavant faire la promotion de son exposition comme il l'entend. La représentante ajoute : « En extra à cette bonne nouvelle, à cause de votre réaction et d'autres cas similaires, nous changerons notre politique sur les beaux-arts très prochainement, à l'échelle mondiale. Ainsi, vous ne revivrez pas une telle situation une autre fois dans le futur. »

« Nous voulons nous assurer que les musées et les autres institutions sont en mesure de diffuser leurs tableaux les plus emblématiques. Nous révisons actuellement notre approche relativement à la nudité dans les tableaux qui apparaissent dans les publicités sur Facebook », a par ailleurs indiqué un porte-parole de Facebook dans un courriel envoyé à La Presse.

Le mois dernier, en Belgique, la peinture La descente de croix, de Pierre Paul Rubens, qui figurait dans une vidéo faisant la promotion des peintres flamands, avait été jugée indécente par l'algorithme de Facebook et supprimée automatiquement. L'Office du tourisme de la Flandre a choisi l'humour pour répliquer au puritanisme du réseau social...




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