Les États-Unis sous l'oeil de photographes étrangers à Arles

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H+ du photographe suisse Matthieu Gafsou

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Beatrix BACONNIER MARTIN
Agence France-Presse
Arles

Soixante ans après sa publication, Les Américains, livre culte du Suisse Robert Frank, est à l'honneur des Rencontres de la photographie d'Arles, où les travaux sur les États-Unis de quatre autres photographes, dont Raymond Depardon et Paul Graham, sont aussi exposés.

La vision d'une Amérique ordinaire photographiée par Robert Frank, déplait au moment de sa sortie au grand public mais marque des générations de photographes. Après le maître de «l'instant décisif» Henri Cartier-Bresson, Robert Frank invente le cliché pris sur le vif, la photo volée, «le road trip photographique», résume le directeur des Rencontres Sam Stourdzé. Et pour ce faire, «il impose le décadrage comme une construction choisie».

Un pan de l'exposition qui lui est consacrée, intitulée Sidelines, s'intéresse à ses débuts, en Suisse, en France, et en Grande-Bretagne où, il ambitionne, en vain, de devenir photo-journaliste.

Il obtiendra finalement, au début des années 50, une bourse pour faire une série sur les États-Unis. «Il a fait à peu près 30 000 photos», précise Martin Gasser, codirecteur de la Fondation suisse pour la photographie et commissaire de l'exposition. Robert Frank en fera 1000 tirages, dont 83 pour le livre.

Certains clichés montrés à Arles sont inédits et d'autres ont été pris après la publication du livre, dans les années 1960, au cours d'autres voyages à travers les États-Unis, où il s'installe définitivement et dont il a obtenu la nationalité.

«L'image que Robert Frank montrait de l'Amérique n'était pas très flatteuse, les gens n'aimaient pas ce qu'ils voyaient (...) c'était du racisme et une division entre les Noirs et les Blancs», analyse Martin Gasser.

Les photos, en noir et blanc, souvent sombres, ce qui renforce la tristesse des regards, sont ancrées dans les années 50, et «aucune ne pourrait être prise aujourd'hui, c'est définitivement une époque différente. Mais le même antagonisme, la même peur, la même colère que les gens ont pu ressentir peut se retrouver dans les photos prises aujourd'hui», dans l'Amérique de Donald Trump, affirme le commissaire.

«L'étranger a façonné le pays»

Pour revenir sur les 60 ans de ce «livre mythique», le directeur des Rencontres, Sam Stourdzé, a aussi fait le choix d'ouvrir «une séquence» américaine avec cinq photographes en tout: Robert Frank, bien sûr, qui a aujourd'hui 93 ans, Raymond Depardon, 75 ans, Paul Graham, 60 ans, Taysir Batniji, 50 ans, et Laura Henno, 42 ans.

«Ils sont Suisse, Français, Anglais, Palestinien et Française (...), chacun a porté son regard sur l'Amérique», pointe Sam Stourdzé: «Dans cette période de repli sur soi, c'est pas mal de montrer que l'étranger a aussi façonné le pays».

C'est à Chicago, en 1968, que Raymond Depardon effectue son premier reportage aux États-Unis: la convention démocrate puis la campagne électorale de Richard Nixon. Il y reviendra à plusieurs reprises, notamment en 1981 pour le quotidien Libération auquel , depuis New York, il envoie une photo et une légende par jour. Son travail le plus original, montré dans le cadre des rencontres, ce sont de grandes photos hauteur des déserts américains qu'il traverse en 1999.

Adepte des grands formats couleur, le Britannique Paul Graham, installé lui aussi aux États-Unis, expose en trois volets des vues des rues de New York, des instantanés de banlieues américaines, où s'opposent riches et déclassés, ceux qui ont réussi face aux laissés pour compte du rêve américain.

Dans l'exposition Home Away From Home, le Palestinien Taysir Batniji, suit sa famille palestinienne immigrée aux États-Unis.

La cinquième photographe, la Française Laura Henno, s'est quant à elle installée dans un campement de marginaux, dans un désert californien dont elle conte la vie.

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America great again, Rencontres de la photographie d'Arles, jusqu'au 23 septembre.




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