Giacometti à Québec: l'art de la synthèse

Les oeuvres Homme qui marche I et Grande femme I et... (Photo Yan Doublet, Le Soleil)

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Les oeuvres Homme qui marche I et Grande femme I et II font partie de la rétrospective consacrée à Alberto Giacometti que présente actuellement le Musée national des beaux-arts du Québec.

Photo Yan Doublet, Le Soleil

Il aura fallu attendre un demi-siècle après la mort du sculpteur suisse Alberto Giacometti pour enfin jouir d'une rétrospective quasi complète de son travail. Avec 230 oeuvres, dont 110 sculptures, c'est une exposition exceptionnelle mise sur pied par la Fondation Giacometti que présente le Musée national des beaux-arts du Québec, après la Tate Modern de Londres et avant le Guggenheim de New York.

Mort en 1966, Alberto Giacometti est un cas dans l'histoire de l'art. Attiré par le classicisme archaïque et une forme immodérée d'expressionnisme, il a été influencé par le cubisme et le surréalisme, mais est parvenu à se créer une niche avec un art synthétique consacré à la représentation humaine.

De Giacometti, on connaît le célèbre Homme qui marche, ce personnage filiforme en bronze dont la silhouette, symbole d'humanité, a fait le tour du monde. L'exposition montée par la Fondation Giacometti de Paris (d'où proviennent 98 % des oeuvres) et sa directrice, Catherine Grenier, a le mérite de nous immerger dans l'univers d'un artiste qui a autant sculpté avec ses mains qu'avec sa tête. Il est un des plasticiens du XXe siècle qui ont eu le plus de relations intellectuelles avec d'autres artistes, tels que Samuel Beckett, Paul Éluard, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Picasso, Salvador Dalí ou encore André Breton.

Dimensions variables

Présenté parfois comme l'héritier de Rodin, Giacometti a peu travaillé le monumental, ayant varié les tailles et tenu compte de l'exiguïté de son atelier parisien. La première salle de l'exposition montre ses oeuvres de jeunesse. Avec des créations parfois rudimentaires dans lesquelles on subodore son désir de différenciation. Des esquisses d'étudiant, mais aussi Femme cuillère, une de ses plus élégantes sculptures, qui illustre son intérêt pour l'art africain, la figure féminine et l'érotisme.

Dans une scénographie aérée et très design (avec 23 socles splendides en érable), signée Jean Hazel, on découvre ses oeuvres abstraites de 1929 avec notamment Tête qui regarde. Puis la surréaliste Boule suspendue qui fait basculer sa carrière en 1930. Le jeune artiste d'avant-garde devient collectionné à l'âge de 29 ans.

La mort de son père en 1933 le plonge dans la mélancolie. De cette période sont nés Tête crâne et Cube, dont l'origine émane d'une gravure d'Albrecht Dürer.

À droite, on peut voir Femme cuillère, créée par... (Photo Idra Labrie, fournie par le MNBAQ) - image 2.0

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À droite, on peut voir Femme cuillère, créée par Giacometti en 1927.

Photo Idra Labrie, fournie par le MNBAQ

Figurines

Puis, Giacometti s'écarte du surréalisme et revient à la figuration. Pendant la Seconde Guerre mondiale et peu après, il crée des figurines miniatures posées sur de petits socles. Par exemple, un minuscule portrait de Simone de Beauvoir de 3 cm de haut dans lequel on reconnaît l'écrivaine à l'éternel bandeau qui retenait ses cheveux.

Une seule grande sculpture, Femme au chariot, date de cette période. Un personnage figé et d'un blanc éclatant qui rappelle une figure de l'Antiquité.

Plâtres et bronzes

Après la guerre, Giacometti reprend la peinture et ouvre la voie des grandes sculptures filiformes avec son énigmatique Homme qui pointe. Des oeuvres qui semblent inachevées, issues autant de sa vision de passants marchant au loin dans la rue que de son attirance pour la statuaire antique. Des plâtres rehaussés parfois de peinture qui leur donne un aspect dramatique. Des oeuvres animées, vivantes. Une des forces de Giacometti aura été de créer du vrai. Avec une grande exigence. «Il était déterminé et engagé dans son travail», dit Line Ouellet, directrice du musée.

Diffusé dans une salle, un documentaire tourné dans l'atelier de Giacometti en 1964 nous le montre d'ailleurs sculptant une tête dans l'argile. Il évoque son travail du visage, notamment ce regard qui l'a toujours fasciné.

Une salle présente ses portraits, notamment de son frère Diego et de sa femme Annette. Des dessins, des esquisses, des huiles et des sculptures, ses fameux corps-socles, quand le manteau de Diego sert de socle à la sculpture (Diego au manteau, 1954). Des oeuvres signées par les empreintes des doigts du sculpteur.

La dernière salle est très riche. Dessins exécutés en hommage à Éluard. Portraits de la maîtresse de Giacometti, Caroline. Grande femme I et II, les deux plus grandes oeuvres (2,70 m) qu'il ait créées en atelier. Et bien sûr, Homme qui marche I, de 1960, qui découle d'une commande de la Chase Manhattan Bank que l'artiste n'a pu honorer, estimant que son travail n'était pas à la hauteur...

«Il n'était jamais satisfait, dit Catherine Grenier. Il avait une haute idée de lui tout en étant très critique de lui-même. C'était un être complexe, paradoxal, curieux et très attachant.»

«L'Homme qui marche demeure l'expression de la condition humaine, de nos joies, nos peines, nos souffrances, nos drames, ajoute Line Ouellet. L'oeuvre de Giacometti est encore très emblématique aujourd'hui de cette expression. Dans 100 ans, son oeuvre résonnera encore.»

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Au Musée national des beaux-arts du Québec, à Québec, jusqu'au 13 mai




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