Inconduites sexuelles: tolérance zéro dans les galeries et musées

Le galeriste Pierre-François Ouellette... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse)

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Le galeriste Pierre-François Ouellette

Photo Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse

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À la suite de la lettre ouverte publiée dans La Presse par une vingtaine de centres d'artistes du Québec qui dénoncent les abus de pouvoir et les inconduites sexuelles dans le milieu des arts visuels, des galeries et des musées ont pris position en ce sens, hier.

La Presse a contacté hier une quinzaine de galeries et de musées pour évoquer les suites à donner aux cas d'inconduites sexuelles qui ont fait la manchette ces dernières semaines. Les responsables de ces établissements tiennent à dire que si l'art fait partie de l'essence de la vie, rien n'est plus important que la santé et le respect des artistes et des employés des institutions artistiques.

«Ça m'a fait beaucoup de bien de lire la lettre des centres d'artistes, a confié le galeriste Hugues Charbonneau. C'est une preuve de la grande pertinence de ces institutions.»

«Il est important que la communauté artistique entière prenne position et se tienne derrière les victimes de ces abus, les artistes comme les autres. Il est temps qu'on travaille tous à y remédier.» 

Selon M. Charbonneau, il existe un code d'éthique que l'ensemble des membres de l'Association des galeries d'art contemporain (AGAC) a signé. «Ce code permet d'exclure de l'AGAC les galeries malhonnêtes au sens des affaires. Il y a des abuseurs dans le milieu de l'art. Mais il y a assez de gens balancés et honnêtes pour faire avancer la carrière des artistes. Il vaut mieux croître plus lentement, mais croître dans le respect de nos valeurs.»

Défendre ses convictions

Ex-présidente de l'AGAC, Émilie Grandmont Bérubé dit avoir pris ses responsabilités en tant que directrice-propriétaire de la galerie Trois Points. «Ma position sur la question est extrêmement claire, dit-elle. Elle s'est traduite en gestes concrets, voire risqués. Présenter dans le cadre d'une foire comme Papier un projet spécial qui aborde l'horreur, la vulnérabilité, mais aussi et surtout la force d'une victime d'agression sexuelle n'est pas un choix le moindrement commercial.»

Mme Grandmont Bérubé a en effet pris l'initiative de présenter une installation de Natalie Reis à l'Arsenal, là où a lieu la foire Papier, en avril dernier - et là où cette artiste visuelle dit avoir subi une agression sexuelle pour laquelle elle a porté plainte en 2013. 

«Évidemment, ça me plaçait dans une position délicate auprès de certains clients, mais je crois fermement que l'intégrité et l'humanité auront gain de cause, dit Émilie Grandmont Bérubé. Je revendique pour moi, pour mes artistes et pour mon milieu cette conviction, naïve peut-être, mais essentielle.» 

Le galeriste Pierre-François Ouellette dit ne s'être jamais trouvé, en 16 ans, dans une situation où un de ses clients présentait un profil éthiquement inacceptable. 

«On est conscients de ce genre de pressions et de harcèlement, mais on est vigilants. C'est certain que ce n'est pas acceptable.»

De son côté, le galeriste Louis Joncas a dit à La Presse que les cas de harcèlement ne concernent pas seulement les femmes. Le copropriétaire de la galerie Laroche/Joncas, André Laroche, a déjà été harcelé par un collectionneur. La galerie ne fait plus affaire avec lui.

Megan Bradley, de la galerie Parisian Laundry, estime qu'il est important de soutenir les artistes. «Si l'un ou l'une de nos artistes se retrouvait dans une situation comme celle-ci, nous prendrions les mesures nécessaires pour nous assurer qu'il ou elle se sente en sécurité et respecté(e)», dit-elle.

Les musées vigilants

Tous les musées étaient fermés au public hier, mais parmi ceux que La Presse a joints, trois ont pris position. «Nous condamnons évidemment les gestes déplacés et les abus de toutes sortes, a dit Nadia Martineau, porte-parole du musée McCord. Nous avons une politique de prévention du harcèlement psychologique qui s'applique à toutes sortes de harcèlements et nous l'appliquons avec rigueur, si nécessaire.»

Au Musée des beaux-arts de Montréal, le directeur de l'administration, Mathieu Laperle, a dit que le musée est en train d'élaborer une nouvelle politique qui comprendra des mesures contre le harcèlement. Qu'en est-il des relations que le musée établira à l'avenir avec des donateurs qui ne respecteraient pas une éthique de base? 

«Je ne peux répondre à cette question, a dit M. Laperle. Mais la politique interne s'appliquera aux sous-contractants. Et la provenance des oeuvres subit déjà un processus rigoureux par les comités d'acquisition.»

Enfin, au Musée d'art contemporain de Montréal, Anne-Marie Barnard, responsable des communications, fait savoir que le MAC ne tolère aucunement le type de comportements que La Presse a évoqués dans son article du 15 novembre dernier.

«Le MAC possède un code de déontologie et d'éthique qui préconise un milieu de travail positif et qui exige des comportements et des actions éthiques et professionnels, ainsi qu'une politique sur le harcèlement qui traduit de façon claire sa volonté d'offrir un environnement de travail qui protège l'intégrité physique et psychologique de ses employés», dit-elle.




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