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Leonard Cohen - Une brèche en toute chose: immortaliser une «présence»

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En 2015, le Musée d'art contemporain de Montréal (MAC) réfléchissait à une façon de célébrer en grand les 375 ans de la métropole avec une exposition qui profiterait, du coup, d'un budget plus substantiel.

«J'ai constaté que le MAC n'avait jamais célébré de musicien, dit John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef du MAC. Victor Shiffman, qui était mon collègue à la Fondation DHC/ART, et moi-même, on parlait depuis toujours de Cohen. On s'échangeait ses biographies. Un soir, Victor m'a rappelé qu'on avait déjà parlé d'un projet Cohen. Dès qu'il a dit ça, j'ai su que ce serait notre projet.»

John Zeppetelli et Victor Shiffman ont écrit à l'agent du chanteur, Robert Kory, pour l'informer de l'intention du musée.

«Il nous a répondu que Leonard était très occupé avec ses activités créatives, qu'il ne pourrait pas s'intéresser au projet, mais qu'il était très touché par l'idée, dit John Zeppetelli. On avait toutefois besoin du matériel, des droits sur la musique et les paroles. On est donc allés rencontrer Robert Kory à Los Angeles.»

«On était dans un restaurant. Il y avait une quatrième chaise. On s'est dit : "Oh my God, Cohen va venir!" Mais il n'est pas venu, car il était à l'hôpital...»

L'agent avait alors expliqué que Leonard Cohen s'était blessé au dos et qu'il s'excusait. Mais John Zeppetelli a compris que l'artiste était vraiment malade quand il a lu un article dans le New Yorker avant la sortie de son ultime album studio, You Want It Darker.

Je me suis dit que ce disque serait peut-être le dernier de Cohen, affirme John Zeppetelli. Mais on disait ça depuis trois ou quatre albums! La mort a été un grand projet de sa vie!»

Pas une expo biographique

À partir de cette rencontre, Robert Kory a beaucoup aidé le musée, débloquant les droits d'auteur et donnant carte blanche aux deux commissaires. 

«Il nous a dit que Cohen ne participerait pas lui-même à sa propre glorification, mais qu'il était prêt à offrir sa production artistique», ajoute M. Zeppetelli. 

Les deux commissaires ne voulaient pas monter une expo biographique sur Cohen, «avec ses costumes et ses chapeaux». L'artiste n'aurait guère apprécié.

«On a plutôt voulu déterminer la présence que Leonard Cohen a eue et continue d'avoir dans la culture et dans la conversation culturelle. Quand il a sorti, à 82 ans, You Want It Darker, on s'est sentis confirmés dans notre propos, tellement c'est pertinent et actuel.» 

La pertinence de Cohen, Zeppetelli et Shiffman ont voulu l'illustrer en passant des commandes à des artistes contemporains du monde entier. «Parce que Cohen occupe l'espace artistique depuis cinq décennies et de façon parfois paradoxale», dit John Zeppetelli.

«Il a été le poète à l'intérieur du monde louche et rock'n'roll, le musicien populaire dans le monde littéraire, le bouddhiste dans la synagogue, le juif dans le centre zen. Il a trouvé la prière dans le charnel, mêlant le profane et le sacré. Il y a chez lui quelque chose de religieux, d'exalté et en même temps quelque chose de terrestre, comme le désir et la sexualité.»

John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef... (PHOTO HUGO-SéBASTIEN AUBERT, archives LA PRESSE) - image 2.0

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John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef du MAC

PHOTO HUGO-SéBASTIEN AUBERT, archives LA PRESSE

Le MAC a ainsi conçu une expo immersive dans l'univers de Cohen, avec des moments où le visiteur participera réellement à cette célébration de l'artiste. Une visite de six à sept heures dans six salles et dans les deux langues officielles partout! 

«L'exposition va débuter avec Leonard Cohen en concert sur quatre murs, un travail d'archives qui comprend 350 clips provenant de partout. On y voit Cohen sur scène à différentes étapes de sa carrière. Un moment très immersif avec 15 enceintes! Et très émouvant...» 

Candice Breitz

Candice Breitz a été parmi les premiers artistes contactés par les deux commissaires. L'artiste sud-africaine est venue travailler avec 18 admirateurs montréalais de Leonard Cohen, qui rendent hommage au chanteur en jouant ou chantant des extraits de l'album I'm Your Man.

«On a beaucoup travaillé sur ce projet, dit John Zeppetelli. Les enregistrements des interprétations des fans ont été réalisés dans un contexte professionnel au Centre Phi. Les interprètes de 65 ans et plus ont l'occasion de rendre publiquement hommage à leur idole.» 

Parmi les autres artistes de l'expo, citons Jon Rafman, Janet Cardiff & George Bures Miller, Thomas Demand, Tacita Dean, Michael Rakowitz, Ari Folman, Taryn Simon, Kota Ezawa, The Sanchez Brothers, Chassol, Kara Blake, Daily tous les jours, Clara Furey, Zach Richter et toute une série de musiciens, de groupes et d'interprètes de la chanson tels que l'OSM, Ariane Moffatt, Jean Leloup, Lou Doillon, The National, etc. 

«Pour rendre hommage à Cohen, on ne voulait pas présenter une série de génuflexions devant lui, mais faire une célébration critique», vu que les artistes sont aussi des penseurs, dit John Zeppetelli. 

«J'ai beaucoup de respect pour les artistes. Pour moi, ils ont la même autorité que les philosophes, les juges ou les journalistes d'enquête. Les artistes sont des personnes qu'il faut écouter pour ce qu'ils nous donnent.» 

En montant l'exposition, John Zeppetelli et Victor Shiffman ont pris conscience que Leonard Cohen, un anglophone très attaché à ses racines juives, fait l'unanimité au Québec.

«J'ai testé auprès de plein de gens et Cohen crée un consensus total, dit John Zeppetelli. Tout le monde l'admirait, car il touche tout le monde. Et il est identifié à Montréal, même s'il a passé la plus grande partie de sa vie à l'extérieur. Il est d'ailleurs enterré à Montréal, à côté de ses parents, dans un modeste cercueil de pin.»

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Leonard Cohen - Une brèche en toute chose, au Musée d'art contemporain de Montréal (185, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal), du 9 novembre au 9 avril




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