Bill Viola: réactiver nos âmes engourdies

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Un des premiers à avoir greffé la vidéo à l'expression artistique, le grand Bill Viola est de retour à Montréal avec une expo réconfortante à DHC/ART. Au total, 80 minutes d'immersion dans l'existence humaine, de la vie à la mort, avec nos rencontres, nos peines, nos doutes et notre fragilité...

Décrire l'âme humaine et galvaniser les consciences. Bill Viola accomplit cela depuis plus de 40 ans - en fait, depuis que sa quête spirituelle s'est hybridée à la technologie vidéo et à l'électronique. Avec un langage universel, sans paroles, et un visuel à la fois percutant et sensible. 

On n'avait pas bénéficié d'un tel déploiement créatif de la part de l'artiste américain de 66 ans depuis une expo de six vidéos au Musée d'art contemporain de Montréal en 1993. Alors, profitons-en, cela fait beaucoup de bien.

DHC/ART a obtenu six vidéos créées de 2000 à 2014. Dans une salle sont présentées trois réalisations de 2012 de sa série Mirage. Dans The Encounter (La rencontre), deux femmes marchent en parallèle sur un lit de rivière asséché, dans le désert de Mojave, en Californie. Il fait chaud. On les voit progresser au ralenti à travers une brume de chaleur qui irradie l'atmosphère.

Elles se rejoignent, se touchent les mains. La plus âgée donne à l'autre un cadeau qu'on ne distingue pas. Puis elles se séparent et repartent, au même rythme, l'une empruntant le chemin de l'autre. Une vidéo sur le passage d'une jeune femme à l'âge adulte, le partage des connaissances et la solitude de l'existence.

Les pas de ces femmes attestent du continuum de la vie. Un cheminement à sens unique illustré dans Ancestors par un homme et une femme déambulant côte à côte dans un environnement similaire. Et aussi dans Walking on the Edge, où un jeune et un homme mûr marchent ensemble, tels un fils et son père.

L'écart entre eux se réduit (le fils grandit). Le père regarde son fils. Le fils fait de même. Ils se touchent du bras. Puis le fils passe devant le père, prend sa place à gauche. Ils poursuivent leur route jusqu'à disparaître. Oui, le temps passe et change les rapports humains au fur et à mesure que l'on vieillit...

« L'art est une manière de réveiller l'âme », dit... (Photo Kira Petrov, fournie par DHC/ART) - image 2.0

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« L'art est une manière de réveiller l'âme », dit Bill Viola, artiste américain pionnier dans l'art de la vidéo qu'il exploite en présentant des installations qui abordent les thèmes de la condition humaine.

Photo Kira Petrov, fournie par DHC/ART

Vulnérabilité

Achetée par la collection Giverny Capital de François Rochon, la vidéo The Return, présentée à Venise en 2007, est saisissante. Cela est attribuable à l'usage du noir et blanc, de même qu'à l'allure spectrale de cette femme (Weba Garretson) qui avance lentement dans une touffeur évanescente avant de franchir un rideau d'eau et d'apparaître soudain en couleurs.

«Il y a dans cette oeuvre quelque chose sur la communication avec l'au-delà, dit François Rochon. La femme est comme un fantôme, puis elle devient humaine et en même temps vulnérable. Une belle réflexion sur la condition humaine.» 

Ascension

Avec Ascension, Viola nous immerge dans le monde aquatique. Un homme (interprété par l'acteur américain Josh Coxx), en t-shirt et pantalon, plonge dans l'eau dans un concert de sons aquatiques et de lumières diffuses. Au ralenti et les bras en croix, il s'enfonce doucement, poussé par son poids et l'élan initial, puis remonte lentement à la surface, sans bouger, le visage éclairé par la lumière solaire. Après un instant, il redescend dans l'océan noirâtre, sombrant dans les abysses.

Vie et mort sont aussi évoquées dans Inverted Birth (Naissance à rebours), de 2014, oeuvre de 8 minutes projetée sur un grand écran vertical et qui donne son titre à l'exposition. Dans une pièce sombre, un homme, torse nu, se tient debout. Il est couvert d'un liquide noir qui ne tombe pas en cascade sur lui, mais qui remonte vers le ciel (les images sont diffusées à l'envers).

Le liquide qui le recouvre prend une couleur sang (la cascade ressemble à un moment donné à un placenta). La substance remonte le long de son corps puis se transforme en lait puis en eau. Le corps de l'homme ne bouge pas. Il subit les éclaboussures. Ses mains s'écartent soudain. Il semble implorer, la tête tournée vers le ciel. Le débit diminue puis cesse. L'homme demeure en position, la tête illuminée dans une posture christique, puis baisse la tête, les mains jointes. 

Inverted Birth montre la vie à rebours. La mort d'abord, les souffrances, la croissance puis la naissance. Une installation spectaculaire qui illustre l'intensité théâtrale des vidéos de Viola, une mise en scène d'où surgit l'émotion. Un style qui ramène à l'essentiel, à ce qui est profond dans la vie.

«L'art est une manière de réveiller l'âme», dit Bill Viola, un artiste qui avertit et suggère sans sonner le tocsin.

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À DHC/ART (465, rue Saint-Jean, Montréal), jusqu'au 11 mars




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