Nicolas Grenier, le styliste du clivage

L'artiste visuel Nicolas Grenier pose avec sa sculpture The Keeper, présentée... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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L'artiste visuel Nicolas Grenier pose avec sa sculpture The Keeper, présentée dans le cadre de l'exposition Precarious Geographies à la galerie Antoine Ertaskiran, à Montréal.

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Éric Clément
La Presse

Premier solo - à la galerie Antoine Ertaskiran - pour Nicolas Grenier, qui distille dans ses peintures des éléments de sa réflexion sur la vie politique et sociale. Évoquant les divisions de la société américaine, son exposition Precarious Geographies illustre à quel point l'art peut inviter à penser sans pour autant déprimer.

L'exposition Precarious Geographies de Nicolas Grenier est présentée à... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 1.0

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L'exposition Precarious Geographies de Nicolas Grenier est présentée à la galerie Antoine Ertaskiran jusqu'au 11 novembre

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Going for it, 2017, Nicolas Grenier, huile et acrylique... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 1.1

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Going for it, 2017, Nicolas Grenier, huile et acrylique sur toile, 2,17 m x 2,70 m

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Même si elles sont conçues individuellement, les peintures de Nicolas Grenier se regroupent autour de ses préoccupations socio-environnementales. L'artiste de 35 ans, qui vit en partie à Los Angeles, a été marqué par l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis et par sa coïncidence avec la montée des partis d'extrême droite en Europe.

« On voit de la radicalisation de tous bords et une polarisation extrême des idées, dit-il. Aux États-Unis, on est plus loin en arrière que je ne l'aurais jamais pensé. Un ami noir me racontait qu'un Noir dans le sud des États-Unis se fait encore dire par sa mère ou sa tante, alors qu'il n'a même pas 11 ans, qu'il ne doit pas sortir avec une fille blanche, car elle a un père, des frères ou des oncles et que ça peut se terminer assez vite par une balle dans la tête. »

Nicolas Grenier a été marqué par le nombre de citoyens noirs tués par la police aux États-Unis ces dernières années et par le clivage grandissant entre les citoyens modérés et les extrêmes. Un clivage et des violences qui mènent à ce qu'il appelle des géographies précaires dans lesquelles l'idéal d'harmonie ne trouve guère de place.

TABLEAUX CONCEPTUELS

Il exprime son raisonnement par des tableaux conceptuels qui évoquent des avenues de situations sociales (changement-stagnation, pacification-affrontement, réaction-indifférence) au moyen de graphiques de type mathématique, avec de grandes lignes droites représentant les abscisses et les ordonnées.

La lourdeur de l'atmosphère politique dans le monde ne se traduit pas, chez Nicolas Grenier, par des tableaux sombres ou aux couleurs torturées. Au contraire, ses peintures sont éclatantes. Par contre, les mots inscrits dans ses graphiques révèlent la gravité du propos.

Les questions de la violence, de la vente et du port d'armes sont ainsi figurées par des mots et des axes linéaires qui indiquent le sujet traité. Ainsi, sa toile Willingness aborde les différences d'analyse que font les individus d'une situation donnée, par exemple au sein de la même famille.

Pour What We Want/What You Want, Nicolas Grenier a peint la coupe transversale d'un terrain aux couches géologiques plissées. La dynamique de la violence y est traitée avec des oppositions de mots (en anglais) comme « endurer » par rapport à « user de représailles ». Au-dessus de la coupe stratigraphique, l'artiste a dessiné les différentes phases d'un astre, évoquant que les sociétés humaines, comme la Terre, sont marquées par des cycles, des alternances, des variations. Le fameux retour du balancier...

UNE SCULPTURE

Première sculpture de Nicolas Grenier, The Keeper est impressionnante par sa taille et par ses huit têtes qui se succèdent et dont un seul oeil, chaque fois, vous regarde. Une sorte de Big Brother moderne, qui fait penser à la fois à un dieu ancien et à une divinité futuriste. Un personnage ambigu, sans expression, qui semble sage et omnipotent, légèrement inspiré du visage de la statue de la Liberté, de Bartholdi.

Influencé par les peintres de la Renaissance italienne autant que par Jeff Wall, Nicolas Grenier crée, à la manière d'un véritable styliste, des oeuvres à la finition exemplaire. La forme est impeccable, le dégradé des couleurs exceptionnel, les courbes harmonieuses, les droites parfaitement rectilignes et les lettrages dans des typographies reproduites avec une grande précision.

Sa toile What We Want/What You Want a ainsi requis quelque 150 heures de travail pendant quatre mois. Nicolas Grenier travaille « à l'ancienne ». Il prend son temps, la peinture se rapprochant chez lui d'une recherche aiguë proche de la méditation.

Titulaire d'une maîtrise en arts visuels du California Institute of the Arts, Nicolas Grenier a atteint maturité et constance dans la qualité et la diversité de son oeuvre. Les collectionneurs ne s'y trompent pas. Quand nous avons visité l'expo, presque toutes les oeuvres étaient déjà achetées, notamment par des établissements prestigieux.

Après cette exposition, il retournera cet hiver produire à Los Angeles, où il exposera ses nouvelles toiles au printemps prochain. D'autres représentations de clivages sont à prévoir...

À la galerie Antoine Ertaskiran (1892, rue Payette, Montréal), jusqu'au 11 novembre




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