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Au bord de la faillite, la Biennale pourrait être reprise par le MAC

La performance Angst III, de l'Allemande Anne Imhof, présentée le 18 octobre... (Photo Éric Clément, La Presse)

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La performance Angst III, de l'Allemande Anne Imhof, présentée le 18 octobre dernier au MAC. La prise en charge des interprètes et de plusieurs faucons a coûté plus de 70 000 $.

Photo Éric Clément, La Presse

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Le déficit enregistré lors de la dernière Biennale d'art contemporain de Montréal, close en janvier, place l'organisme au bord de la faillite. Selon nos informations, le Musée d'art contemporain de Montréal (MAC) pourrait ainsi hériter de l'organisation de la prochaine biennale, en 2020, à l'issue des travaux de transformation du musée.

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« Je suis très fière des résultats artistiques. Il y a des erreurs, bien sûr, mais c'est plus facile de les réparer que de lancer une biennale de toutes pièces », affirme Sylvie Fortin, directrice générale et artistique des deux dernières biennales.

Photo Alain Roberge, Archives La Presse

John Zeppetelli dirige le Musée d'art contemporain de Montréal... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse) - image 1.1

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John Zeppetelli dirige le Musée d'art contemporain de Montréal depuis 2013.

Photo Alain Roberge, Archives La Presse

L'organisme Biennale de Montréal a annoncé il y a deux semaines que l'édition 2018 n'aurait pas lieu à cause d'un trou de plus de 200 000 $ dans son budget 2016. Ce déficit est dû à des frais d'hébergement et de transport des artistes et à des services de livraison et d'installation des oeuvres plus importants que prévu.

Partenaire principal de l'événement, le MAC a déjà assumé des dépenses considérables lors de la dernière édition et ne peut faire de chèques à une tierce partie pour venir en aide à l'organisme. Du coup, la Biennale cherche un moyen d'éviter d'être placée sous la protection de la Loi sur la faillite.

« Actuellement, on n'a pas de solution concrète pour régler le déficit », a reconnu, il y a quelques jours, le président du conseil d'administration de la Biennale, Cédric Bisson, conseiller en investissement chez Teralys Capital.

Selon M. Bisson, le déficit s'explique par plusieurs facteurs : des campagnes de financement et des dons d'entreprises insuffisants, un taux de change défavorable, des dépenses imprévues et la gestion administrative inappropriée de la directrice générale et artistique des deux dernières éditions, Sylvie Fortin, qui a quitté l'organisme en janvier.

Jointe par La Presse, Mme Fortin estime qu'il est normal qu'il y ait parfois des imprévus pour un événement de cette ampleur.

MANQUE DE MARKETING ?

Des présentations d'oeuvres ont coûté très cher, par exemple la performance Angst III, de l'Allemande Anne Imhof, présentée le 18 octobre dernier au MAC. La prise en charge des interprètes et de plusieurs faucons a coûté plus de 70 000 $.

L'idée de faire venir Anne Imhof était bonne. Sa performance a été un grand moment de la Biennale. L'artiste a d'ailleurs remporté, en mai dernier, le Lion d'or de la Biennale de Venise, récompense suprême pour un artiste contemporain. Mais le coût de sa venue à Montréal aurait dû être compensé par une popularité en hausse substantielle, ce qui n'a pas été le cas. Quelque 92 000 visiteurs ont fréquenté la 9e Biennale de Montréal, soit seulement 7000 personnes de plus qu'en 2014.

Un manque de commercialisation et de marketing est-il responsable de cette fréquentation stagnante, si on la compare à la Biennale d'Istanbul, qui a accueilli 91 000 visiteurs en 2007 et 545 000 en 2015 ? 

Selon Sylvie Fortin, la Biennale de Montréal a des moyens limités, et parvenir à une augmentation de fréquentation « de 10 à 15 % » par édition est acceptable.

«Je suis très fière des résultats artistiques. Il y a des erreurs, bien sûr, mais c'est plus facile de les réparer que de lancer une biennale de toutes pièces.»

Sylvie Fortin
directrice générale et artistique des deux dernières biennales

Le conseil d'administration de la Biennale 2016 a-t-il manqué de vigilance ? « La gouvernance a toujours été solide, dit Cédric Bisson. Le problème, c'était l'équipe de gestion. Le conseil a fait des suivis étroits et malgré ça, des faits nous étaient inconnus. On a découvert les problèmes après le départ de Sylvie Fortin. »

Sylvie Fortin dit que l'organisme a la capacité de se relever d'un tel déficit, dont la responsabilité doit être « partagée » avec le conseil d'administration. Mais pour M. Bisson, pas question de prendre le blâme. « Le conseil a agi de la manière la plus diligente possible », dit-il, ajoutant vouloir prendre part à une réflexion sur l'avenir de l'événement qui aura lieu cet automne.

LE MAC INCONTOURNABLE

C'est le MAC qui avait remis la Biennale en orbite en 2013 grâce à l'élan du nouveau président du conseil d'administration, Alexandre Taillefer. Le musée et l'organisme s'étaient associés pour organiser l'édition 2014. Si l'organisme Biennale de Montréal fait faillite, le MAC sera vraisemblablement la charnière de la future édition, soit à l'automne 2020, lors de la réouverture du musée, après ses travaux de transformation qui débuteront l'an prochain.

Ayant repris les rênes du musée en 2013, John Zeppetelli semble le mieux placé pour diriger la prochaine BNL-MTL. Ce serait logique - puisque l'événement est concentré au MAC - et moins coûteux, car l'organisation reposerait sur une seule entité. Du point de vue artistique, John Zeppetelli a démontré, avec des expositions d'artistes prestigieux (Sophie Calle, David Altmejd, Ragnar Kjartansson, Olafur Eliasson cet été et, bientôt, Leonard Cohen), qu'il sait présenter des sommités de l'art tout en élargissant la popularité du musée.

Sylvie Fortin rappelle toutefois que quand elle est entrée en fonction, « la crainte du milieu » des arts visuels était que le MAC ait la mainmise sur la Biennale. « Aucune option n'est bonne ou mauvaise, dit-elle. Il faut avoir une réflexion profonde. Il y a plusieurs modèles. »

DÉFI FINANCIER 

Si le MAC prend la Biennale en charge, il se trouvera néanmoins avec un défi financier. Étant une institution publique, il n'a pas droit à la subvention du Conseil des arts et des lettres du Québec. L'événement pourrait toutefois être financé directement par Québec et par des commanditaires privés, sans organisme intermédiaire.

Lors de la renaissance de la Biennale en 2013, Alexandre Taillefer souhaitait qu'elle acquière ses lettres de noblesse sur la scène planétaire « dès sa troisième ou quatrième édition ». L'objectif est toujours le même, malgré les ratés de 2016. 

« Qualitativement parlant, on a démontré qu'on était capable de produire un événement impeccable, dit-il au téléphone. On a eu un mauvais casting, une mauvaise personne à la mauvaise place, mais la Biennale a encore sa place à Montréal. C'est un événement important pour le rayonnement des artistes d'ici. Et la formule de mélanger artistes internationaux, canadiens et québécois est la bonne. Je ne reviendrai pas à la formule de la Triennale comme précédemment, même si on devra réfléchir à sa périodicité. »




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